Le bruit des arbres

Le bruit des arbres ou les relations père-fils au bord de la rupture ♥♥♥½

Jérémie rêve d’une vie normale. D’un quotidien où il pourrait écouter, dans sa voiture, ses Loud Lary Ajust ou Dead Obies, seul ou en compagnie de ses chums, à faire le fou et à se péter la fraise, à l’occasion. Mais sa réalité est tout autre puisqu’il travaille à la scierie familiale aux côtés d’un père monoparental sensible mais exaspéré qui a visiblement d’autres ambitions pour son benjamin.

Les chiens ne font pas des chats…Mais ils se dissocient parfois… c’est avec une certaine suspicion que l’on découvre le premier long métrage de François Péloquin. Ce film, passé à deux doigts d’une sélection à la quinzaine des réalisateurs à Cannes, sera-t-il une filiation évidente du Démantèlement de Sébastien Pilote ?

La réponse est moins évidente qu’elle n’y parait…car si la thématique est proche (difficulté d’adaptation du monde rural à la modernité, incommunicabilité entre parents et enfants), il convient d’annoncer que la réalisation de François Péloquin est beaucoup moins facile d’accès. Parce que peu d’explications, peu de narration générale et un spectateur laissé à lui-même.

Lorsqu’il arrive à l’âge adulte, le personnage de Jérémie (Antoine L’Ecuyer) est autant insouciant que son père (si ce n’est plus) mais il acquière également la conscience du devoir de grandir. Donc plutôt que de suivre des traces prédestinées, il se rebelle à sa façon dans le négatif comme dans le positif.

L’écriture de François Péloquin et Sarah Lévesque apporte suffisamment de zones d’ombre pour capter l’attention mais peut-être insuffisamment de réponses pour créer l’empathie finale…

La direction photo est somptueuse, surtout en extérieur (l’intérieur étant, par choix, sous éclairé). Jumelée à la trame sonore, le spectateur peut se laisser bercer par une émotion à la fois étrange et mélancolique.

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Le bruit des arbres ou l’odeur des rapports masculins ?

Et puis, il y a Antoine L’Ecuyer, qui n’a ni la folie d’Antoine Olivier Pilon, ni la fragilité de Marc-André Grondin mais qui éclate devant la caméra du réalisateur : Masculinité d’un jeune adulte insouciant…à la manière de son père interprété par Roy Dupuis.  Entre eux deux, beaucoup doit se faire, se dire et peu arrivera…mais il sera facile de comprendre combien ces deux-là se vivent.

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Au-delà du film, le premier long de François Péloquin est une tambouille de tout ce qui compose déjà le cinéma québécois …de Marécages au Démantèlement en passant par Jo pour Jonathan.

Ces films ont le mérite de présenter une production québécoise moins autocentrée, qui s’encrent complètement dans un environnement et tombent rarement dans le sentimentalisme ou la surenchère. On suit de très près le documentaire sans jamais forcer à une interprétation.

Le bruit des arbres est un film énigmatique, terrien donc, dur et brut à la fois, comme on n’en fera sans doute plus dans dix ans.

Ouvoir.ca

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