Le démantelement

On reproche bien souvent aux critiques québécoises d’être complaisantes avec leur propre production, comme si ces dernières nécessitaient des circonstances atténuantes en comparaison d’autres productions déjà suffisamment mise en avant… Avec Le démantèlement, le cinéma québécois aura de quoi être fier d’obtenir une nouvelle fois une proposition artistique de très bonne facture ! ♥♥♥½

Gaby a une ferme sur laquelle il élève des agneaux : la ferme Gagnon et fils. Il a deux filles qu’il a élevées comme des princesses et qui habitent loin dans la grande ville. Un jour, l’aînée lui demande de l’aider financièrement pour éviter de perdre sa maison. Gaby, chez qui le sentiment de paternité s’est développé jusqu’à la déraison, décide de démanteler la ferme. Il vend tout – la maison, le troupeau et la terre familiale – pour s’en aller vivre dans la petite ville d’à côté dans un petit appartement.

Sébastien Pilote avait déjà jeté un premier pavé dans la marre il y a de cela trois ans avec son vendeur dont l’aspect glacial et le piano de Pierre Lapointe venait vous chercher et vous restait au corps pendant longtemps. Il était donc venu le temps de la confirmation en réalisant son second long métrage, démantèlement d’une ferme agricole…

Comme il le dit lui-même, ce second opus est en fait la prolongation de son premier, à savoir une mise en exergue de la solitude d’un homme façonné par la famille qu’il a fondé, ses enfants… Le rapport à la paternité y est donc énorme pour un homme qui ne peut s’arrêter de travailler et se construire une nouvelle vie (car hormis sa famille, sa vie c’est son travail !)

Avec ce décors quasi identique (les fonctions et le lieu changeant), la problématique devient différente et le jeune réalisateur québécois s’intéresse aux conséquences du filial… Il pose un regard bienveillant et fortement empathique sur son personnage principal car même si le spectateur ne peut cautionner ses actes, il les comprend grandement, aisément…

Certes il faut s’habituer au rythme, lent voir très lent…Mais c’est un genre contemplatif qui n’est pas non plus inaccessible. A titre de comparaison, Le torrent, sorti l’an dernier, était bien plus difficile d’accès.

Ici le lyrisme descriptif est subtilement dosé avec le passé qui ressurgit par trois fois dans la vie de Gaby.

A la chaleur de la photo et de la musique s’opposent la « descente » du fermier et Sébastien Pilote choisit surtout la contemplation à l’action. Grâce à ses acteurs mais également à ses actrices, il réussit à transmettre un temps de vie familial (ou non)…au chaud dans la campagne québécoise…

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