Entrevue avec Jean-Sébastien Lord pour l’Ange gardien

Jean-Sébastien Lord nous parle de la sortie en salles de son nouveau film, L’ange gardien, le 7 mars 2014, de son goût pour l’humanité des personnages, de son jeu avec le regard du spectateur et de l’étincelle qu’il recherche chez ses acteurs.

BR (Benoît Rey) : Vous avez présenté l’Ange gardien en avant-première dans le cadre des Rencontres du Cinéma Québécois, le 24 février dernier, où vous avez reçu une belle standing ovation à la fin de la projection. J’imagine que ça fait du bien ?

 JSL (Jean-Sébastien Lord) : Oh oui, c’était vraiment un beau moment pour moi et pour toute l’équipe qui avait travaillé sur le film aussi.

BR : L’ange gardien est votre deuxième film, 14 ans après Le petit ciel. Pouvez-vous nous parler de ce que vous avez-vous fait, entre ces deux réalisations ?

 JSL : J’ai beaucoup écrit. Ces 14 années là m’ont servi d’école d’écriture probablement. J’ai écrit plusieurs scénarios de longs-métrages qui malheureusement n’ont pas réussi à se faire pendant ces années là mais il y’a certains projets qui me tiennent vraiment à coeur et que je vais essayer de faire dans les prochaines années.

BR : Après une comédie satirique, vous présentez aujourd’hui un film où on peut retrouver film policier, drame intimiste, thriller psychologique voire des moments de comédie. Souhaitiez-vous ce mélange des genres dès l’origine ?

patrick hivonJSL : C’est un peu ma façon de raconter des histoires. L’ange gardien, c’est un film que j’ai écrit vraiment pour le plaisir de l’histoire et des émotions. Alors, oui il y’a un mélange des genres, mais il y’a une unité de ton. Ce qui m’importait, c’est qu’on croit toujours aux personnages de Normand, de jamais être ni dans la caricature ni dans quelque chose de trop trop sombre. Je voulais que ce soit divertissant aussi pour le spectateur, que ce soit intéressant à regarder. Alors j’aime ça me promener comme ça aussi, sur différents niveaux.

BR : En fait, on a l’impression que c’est aussi le côté iconoclaste qui vous plaît, on le voit beaucoup dans votre premier film et on retrouve cet aspect là, que ce soit sur le fond ou la forme de L’ange gardien. Est-ce que ça vous paraît juste de vous définir comme quelqu’un d’iconoclaste ?

JSL : Oui … c’est agréable ! (rires) J’essaie d’être inventif en tous cas, de remettre les choses en questions, de jouer aussi avec la structure, avec les perceptions des personnages …

BR : Hormis la réalisation, vous avez aussi écrit le scénario. Pouvez-vous nous expliquer d’où vous est venue l’idée et comment vous l’avez développée ?

JSL : Il y a 20 ans, j’ai fait un court-métrage documentaire où j’avais suivi un gardien de nuit, toute une nuit. Et j’avais été très touché par cet homme là. Ça m’est resté en tête et il y a 5 ans, j’y ai repensé et je me suis demandé : et si quelqu’un venait frapper à sa porte, qu’est-ce que ça donnerait ?

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Ça m’avait marqué, c’était une réalité tout à fait différente de celle que je connaissais puisque c’était le gardien de nuit de l’université où je travaillais. Et c’était très intéressant de le suivre et de voir comment les lieux se transformaient la nuit et de suivre sa réalité à lui. C’est de là qu’est partie l’histoire de L’ange gardien.

BR : En résumant rapidement l’histoire, on suit ici Normand (Guy Nadon), un ancien policier devenu veilleur de nuit après des ennuis de santé, qui va surprendre Nathalie (Marylin Castonguay) et Guylain (Patrick Hivon) en plein vol. Mais après s’être enfuie, Nathalie revient le voir pour lui demander de l’aide. L’idée de base est déjà originale, mais vous installez dans le film une tension dramatique jusqu’à un retournement inattendu, qui est une des grandes réussites du film. Vous aimez jouez avec le spectateur ?

JSL : C’est un grand plaisir de faire ça (rires), de dire : vous écoutez mon film et je vais vous emmener là où je veux … Enfin, c’est toujours un pari, mais j’anticipe que les gens vont suivre l’histoire et être surpris par ce qui se déroule à la fin. Mais ce qui se déroule à la fin, c’est pas un lapin que je sors de mon chapeau, c’est vraiment quelque chose qui vient renforcer l’humanité des personnages, qui vient renforcer la force de leur quête et les personnages ne sont pas au service de ce retournement. C’est le retournement qui est au service de la profondeur des personnages pour moi !

BR : La plupart des scènes se passent de nuit. Comment s’est passé le tournage ?

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JSL : C’est très particulier un tournage de nuit parce que toute l’équipe, un peu comme le gardien de sécurité du film, on vivait dans une bulle, un peu à l’extérieur du vrai monde et ça, avec la fatigue, ça donne une ambiance très particulière, où tout le monde  est vraiment concentré sur le vrai film. Y’a pas l’esbroufe des journées, y’a une chose qui est importante : c’est le film sur lequel on est en train de tourner !

L’autre aspect de ça qui était un peu difficile aussi c’est qu’on a beaucoup tourné dehors, l’hiver, et c’était très froid pour les acteurs. Des fois, on pouvait juste faire une prise et on devait rentrer pour que les comédiens puissent se réchauffer, alors ça donnait des défis assez considérables au niveau de la production.

BR : La réussite du film repose beaucoup sur les acteurs et notamment sur le duo Guy Nadon et Marilyn Castonguay. Avez-vous choisi vos acteurs directement ? Est-ce que la distribution a été difficile ?

JSL : Ah non non non, au contraire ! C’est moi qui ai choisi les acteurs: Guy Nadon s’est imposé très rapidement dans le processus, je le voyais très bien incarner ce personnage là. Pour ce qui est du personnage interprété par Marilyn Castonguay, je suis allé dans un processus d’auditions parce que je ne la connaissais pas. Quand j’ai fait les auditions, je me suis demandé : avec quel personnage ce serait le plus logique que Normand la laisse rentrer ? Alors c’est comme ça, c’est une espèce d’étincelle que je cherchais et Marilyn a ce charisme, a cette profondeur là dans le regard, que je recherchais pour le rôle.

L'ange gardien 1BR : Marilyn Castonguay était l’ancienne élève de Guy Nadon : est-ce que ça n’a pas été difficile au moins au début du tournage pour trouver leurs marques, est-ce qu’il n’y a pas eu une petite gêne ?

JSL : Non… d’emblée je pense que Guy l’a mise à l’aise, il lui a dit : on travaille dans le même syndicat (rires), alors y’a pas de problèmes de ce côté là !

Non et puis ce qui a aidé aussi c’est qu’on a fait beaucoup de répétitions. On a répété pleut-être plus que ce qu’on répète d’habitude au cinéma, alors une fois sur le plateau, la glace était brisée, y’avait plus rien qui était intimidant pour Marilyn, ou pour Patrick Hivon qui d’ailleurs était l’élève aussi de Guy Nadon.

BR : Pour Le petit ciel, Julien Poulin avait été nommé au Jutra dans la catégorie meilleur acteur. Est-ce que vous espérez une reconnaissance, pour l’Ange Gardien ?

JSL : Je pense que c’est pas des choses qu’il faut avoir en tête quand on travaille. Après ça, on se fait dire des belles choses, ou on peut espérer, mais l’essentiel pour moi c’est que les gens aillent voir le film et qu’ils aiment ça !

BR : De manière plus générale, comment vous voyez l’avenir de ce film, maintenant que votre travail est terminé ? 

JSL : Et bien … évidemment j’espère des bonnes critiques ! (rires) Le film a été terminé à la fin du mois de janvier. On le sort maintenant parce qu’un film d’hiver, c’est mieux de le sortir pendant qu’on est encore en hiver. Au mois de juin, personne veut voir des films dans lesquels il y a de la neige, alors c’était le moment de le sortir. Pour l’avenir, bien sûr on espère de le faire promener à l’étranger, mais tout est encore à faire.

BR : Avez-vous déjà de nouveaux projets ? de nouvelles envies ? Pouvez-vous nous en parler un peu ?

JSL : Je peux pas en parler pour l’instant parce que j’en ai plusieurs sur la table et je sais vraiment pas lequel je vais pouvoir concrétiser par la suite, alors c’est un peu délicat !

Ce serait de la réalisation et de la scénarisation, même si je suis fermé à absolument rien, si on me proposait des films où je serais que réalisateur ou que scénariste, c’est deux choses que j’aime beaucoup de mon métier et j’accepterais avec plaisir !

BR : Pour connaître un peu plus vos goûts, vos influences, vos coups de coeurs … Pouvez-vous nous donner vos cinq films ou documentaires du XXIème s. 

Alors les 5 films qui m’ont marqué dans le XXIème siècle, ce serait … assez récemment Les bêtes du Sud sauvages de Benh Zeitlin (2012), 21 grammes de Alejandro González Iñárritu (2003), Eternal sunshine of the spotless mind (Du Soleil plein la tête) de Michel Gondry (2004), M. Lazhar de Philippe Falardeau (2011) et De rouille et d’os de Jacques Audiard (2012).

L’ange gardien est en salles au Québec dès le 7 mars 2014.

(crédit photographies : IXION Communications)

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