Vers l’autre rive [Journey to the shore]: voyage initiatique sur le deuil

Vers l’autre rive – (Laisser) partir pour mieux revenir – ♥♥♥♥

Yusuke, le mari de Mizuki a disparu il ya 3 ans. Un jour, il revient à la maison et demande à Mizuki de partir voyager avec lui, pour retrouver ceux qu’il a rencontré depuis sa disparition.

Journey_to_the_shoreUne femme seule, enseignant la musique sans passion, seule dans un appartement morne jusqu’à l’arrivée de son mari, après trois ans d’absence… en quelques plans, Kiyoshi Kurozawa arrive à créer toute une atmosphère intimiste, de calme et de silence, où l’interprétation des deux acteurs principaux portera toute la mesure d’un mélo sans excès mais réellement bouleversant, adapté du roman éponyme de Kazumi Yumoto.

Vers l’autre rive est un voyage initiatique sur le deuil

Elle l’a cherché partout et il lui apprend tout simplement qu’il est mort, noyé dans la baie de Toyama, victime d’un des maux et des tabous de la société japonaise : l’épuisement professionnel. Dans ce voyage initiatique, Yusuke (Tadanobu Asano) aidera sa femme Mizuki (Eri Fukatsu), à accepter son deuil. Ils croiseront lors de ce périple au travers des villages et des rizières (magnifiquement mis en image par Akiko Ashizawa) des personnes, dans le même processus d’acceptation et de transition.

Un sous-texte riche et distillé légèrement

Le Yurei-Eiga (film de fantômes) est  un des genres traditionnels de la culture japonaise. Les morts font partie de la vie quotidienne des vivants, comme deux mondes qui coexistent et se mélangent, en toute sérennité.

Nombre de films se sont fourvoyés sur le thème, mais Kurozawa montre ici toute sa maîtrise en prenant le temps d’installer et de développer son onirisme doucement mélancolique. Couronné par un prix de la mise en scène dans la catégorie Un certain regard, au festival de Cannes 2015, le film est en effet très travaillé, mystérieux et lumineux, et la réalité et l’inconscient s’interpénètrent dans une douce poésie.

Le sous-texte est riche pour celui qui voudra bien s’y plonger et le réalisateur distille et suggère cet entre-deux entre la vie et la mort, cette « réalité » qui ne tient pas qu’à ce que l’on voit, mais aussi à ce que l’on croit ou ce que l’on veut croire, avant que tout ne s’effrite et que le mort ne retourne dans les limbes. Le travail du son par Showa Matsumoto y participe de manière admirable.

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