Gone Girl

Un film d’exception ; le meilleur de David Fincher depuis Fight Club ! ♥♥♥♥

La première chose qui frappe lorsque l’on commence à être imprégné de Gone Girl est la minutie, le soin apporté à chaque détail, qu’ils soient essentiels ou insignifiants. Si David Fincher semble raffiner de plus en plus sa façon de mettre en scène avec ses œuvres récentes (The Social Network, The Curious Case of Benjamin Button), il semble franchir un nouveau pas à chaque fois et atteint un sommet dans ce dernier film. Les plans sont calculés au millimètre près, les accessoires comme les rebondissements sont tellement intégrés et évidents, que nous sommes happés dans son univers physiquement et nous en sortirons que lorsque Fincher ne voudra bien. La grande force de la méthode Fincher qu’il continue d’appliquer ici à merveille.

Le jour de leur 5e anniversaire de mariage, la femme (Rosamund Pike) de Nick (Ben Affleck) disparaît. Très vite, l’affaire prend une proportion gigantesque dans les médias et l’image de leur couple est mise à mal. Le comportement de Nick amènera de plus en plus de gens à se poser l’inévitable question : a-t-il tué sa femme ?

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L’efficacité du déroulement de l’intrigue est indubitablement ce qui rend l’ensemble si intéressant et fait que, malgré les 149 minutes que dure le film, il s’agit sans doute du film le plus enlevant de Fincher. The Social Network affichait un peu la même intensité ; celle de faire passer chaque minute du film en 30 secondes tant l’ensemble est efficace, mais de tenir le même rythme sur 1h00 de plus relève de l’exploit. À mi-chemin entre le drame, le suspense, voire le film d’horreur par moment, Fincher continue son habile mélange : un film inclassable dans une facture classique.

L’originalité du récit est pour beaucoup dans l’efficacité du film. Gillian Flynn, auteur du roman comme du scénario, fait le pari de résoudre l’intrigue centrale du film à mi-chemin, pour la faire évoluer en une (voire plusieurs) nouvelle. Cette succession d’intrigues (certaines résolues, d’autres non) témoigne de l’emprise qu’à Fincher sur ses personnages comme sur les spectateurs via un savant jeu de manipulation. Rapidement, nous perdons nos repères et sommes entièrement happés par le déroulement de l’intrigue, à la merci de David Fincher. L’utilisation judicieuse des retours en arrière à plusieurs reprises permet de faire respirer l’intrigue en plus de justifier peu à peu les actions des personnages et contribuer à la manipulation de l’auditoire.

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En plus de se jouer de ses spectateurs dans un habile jeu de manipulation de la trame narrative, David Fincher prend un malin plaisir à jouer avec nos attentes envers les acteurs de son film. Neil Patrick Harris est l’exemple le plus frappant en ce sens. Les inconditionnels de la célèbre série How I Met your Mother devaient sans doute être fort perplexe quant à la présence du légendaire Barney dans un rôle autre que celui qu’il tenait dans la série, mais quelle audace de le campé dans un espère que mésadapté social des plus inquiétants ! Harris quant à lui devait être bien content de se débarrasser de son image de séducteur qui lui colle à la peau depuis 9 ans et avec un rôle sombre et sobre à l’opposé d’où nous l’attendions, il réussit parfaitement en uniquement quelques scènes. Fincher ose prendre le risque et ça lui réussit ; nous oublions totalement l’acteur derrière le personnage en quelques minutes.

Ben Affleck offre également une composition étonnante qui détonne quelque peu avec sa performance de séducteur au-dessus de la mêlée à laquelle il nous a trop souvent habitués. S’il semble affiché cette bonhomie dans le premier segment du film, il sera rapidement, comme nous, dépassé par les événements et c’est un homme troublé, fragile, que nous découvrirons par la suite qui tentera tant bien de mal de revenir en contact avec lui-même et sa personnalité typique.

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Son épouse au contraire, suivra l’évolution inverse. Personnage à la logique et à la maîtrise implacable, elle est la raison même qui fait que le film a été accusé par moments de sérieuses tendances misogynes. L’auteure s’en est défendu vigoureusement, se qualifiant elle-même de féministe malgré la particularité d’écriture du personnage Amy. Pour faire une analyse féministe ou non du film, encore faut-il toutefois prendre en considération l’ensemble des personnages féminins et non seulement 1. Dans Gone Girl, les personnages féminins principaux sont au nombre de 3 : la sœur de Nick Margo, la détective Rhonda et la femme de Nick Amy. Toutes fortes en gueule et souvent sûre d’elles-mêmes et en contrôle, elles dirigent et volent la vedette à leur compatriote masculin qu’ils soient des collègues (officier de police) ou de la famille (bar familial). Bref, les femmes prennent beaucoup de place et ça semble déranger par moments certains hommes, dont Nick, qui exprime à certains moments des frustrations à peine voilées envers celles-ci. Au-delà du discours de Nick toute, le discours du film, se situe lui au niveau des femmes qui prennent les choses en main et bouscule un peu l’ordre établi, et si les hommes semblent avoir de la misère à l’accepter, c’est leur problème. L’avocat de Nick, Tanner, représente très bien cet équilibre.

Bref, c’est un Fincher en grande forme qui continue de nous prouver sa pertinence film après film. À côté d’un Christopher Nolan dont les grandiloquences un brin mégalomaniaques peuvent lasser ou un Quentin Tarantino à la moralité parfois douteuse, David Fincher continue de rouler sa bosse à Hollywood avec rigueur et brio et lorsque l’on feint de l’oublier, il nous sort un nouveau lapin de son chapeau qui, dans ce cas-ci, nous a procuré le plus de plaisir dans une salle de cinéma en 2014.

Ouvoir.ca

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Un commentaire

  1. 2 décembre 2014
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    Pike sort véritablement gagnante de Gone Girl…Pour moi Affleck a rarement été aussi fade…

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