Les anarchistes

Après le surprenant Alyah, présenté à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes en 2012, le cinéaste français Élie Wajeman dévoile sa deuxième œuvre, Les anarchistes, au public québécois dans le cadre du festival Cinemania. Un film d’époque revisité, élégant et personnel, empruntant aux codes du film d’infiltrés! ♥♥♥½

            À Paris, en 1899, Jean Albertini (Tahar Rahim) , jeune homme pauvre et orphelin, travaille en tant que brigadier de police. Découvert pour son savoir culturel et sa débrouillardise, il reçoit la mission d’infiltrer un groupe d’anarchistes. Engagé dans une usine de clous, le policier rencontre Élisée Mayer (Swann Arlaud) qui, rapidement, le prend sous son aile. Elisée lui fera alors rencontrer les autres membres du clan: Eugène Levèque ( Guillaume Gouix), défiant devant ce nouveau venu, Biscuit (Karim Leklou) , Marie-Louise Chevalier (Sarah Le Picard), qui a hérité d’un grand et somptueux appartement où tous résident, et la fiancée d’Elisée, la jeune Judith Lorillard (Adèle Exarchopulos). Or, Jean peine à voiler son attrait pour cette dernière. Alors qu’une relation de plus en plus intime se noue entre eux, et que le groupe se prépare à commettre des actions violentes, le brigadier infiltré est enfoncé dans un cruel dilemme: comment poursuivre sa mission, sans trahir sa nouvelle famille adoptive?

Quand le film d’infiltrés croise le film d’époque

Présenté cette année à la Semaine de la critique au Festival de Cannes, le cinéaste français Élie Wajeman offre avec ce deuxième long métrage, un drame historique dont l’histoire se déroule à Paris à la fin du XIX ème siècle. Plusieurs amateurs seront ravis de retrouver deux révélations cannoises — Tahar Rahim (Un prophète) et Adèle Exarchopoulos (La Vie d’Adèle) — aux prises avec le célèbre fief anarchiste très en vogue à cette époque. Une occasion pour le réalisateur de s’intéresser à nouveau aux conflits psychologiques d’un héros flirtant avec l’illégalité.

Les anarchistes

Malgré ce genre historique maintes fois représenté au septième art, Wajeman parvient, en intégrant habilement un récit d’infiltrés et par une mise en scène maîtrisée, portée par une caméra à l’épaule vive et avec une abondance de plans rapprochés, à composer un film émouvant qui ne cesse de bouleverser les conventions. L’usage inusité que le cinéaste fait de la musique anglophone procède de la même audace. Si bien que cette approche énergique et sensuelle dynamise une narration bien découplée, qui maintient une belle harmonie entre l’aspect sentimental et le contexte politique. Cependant, certains dialogues semblent par moments trop rigides, malgré leur intelligence flagrante, et les images d’une délicatesse azurée assombrissent l’optique du spectateur. Néanmoins, Les anarchistes arrive à conjurer avec ardeur une certaine pensée de la liberté, de l’idéalisme et de l’utopie. Partageant une belle complicité à l’écran, Tahar Rahim et Adèle Exarchopoulos rendent attachant et poignant ce couple issu de sectes opposées. Devant eux, le trio Swann Arlaud, Guillaume Gouix et Karim Leklou font également preuve de hardiesse et de spontanéité dans leur jeu.

S’il y a un surnom à attribuer à ce réalisateur montant, ça serait assurément le James Gray (The immigrant) du cinéma français, notamment grâce à ses sujets passionnants et très cinématographiques.

Auteur: Justin Charbonneau

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