Le garagiste, le vague à l’âme d’une oeuvre aboutie

Le garagiste : un film profondément philanthrope.♥♥♥♥

Tourné à Trois-Pistoles, lieu de son enfance, Renée Beaulieu nous livre avec Le Garagiste un premier long métrage emprunt d’une douce tranquillité malgré un sujet qui bouscule. L’histoire, c’est celle d’Adrien Dubé qui, harassé par les quatre heures de dialyse à l’hôpital trois fois par semaine en attente d’une greffe de reins, décide d’engager un jeune, Raphaël, fraîchement débarqué de Saint-Pacôme. L’arrivée du petit nouveau amènera son lot de questionnements dans la vie de cet homme pris en étau entre un passé amoureux douloureux et un avenir incertain.

Adrien (Normand D’Amour) est un personnage reclus, plutôt discret et souvent filmé de dos, un dos courbé par les épreuves de la vie, renonçant et calme comme la mer qui balaie la côte. Raphaël (Pierre-Yves Cardinal), lui, c’est un être plein de reliefs et volubile qui s’impose par sa présence. Tout les sépare, à l’image de leur première rencontre, où l’un va à bécique et l’autre en voiture. Pourtant, ils vont mutuellement s’apporter stabilité et réconfort. C’est aussi la solitude d’un homme face à la maladie qui l’a éloigné de sa femme (fébrile Nathalie Cavezzali). Alors, quand on apprend que le processus de greffe est enclenché, c’est l’occasion d’abattre la barrière physique qui s’est érigée entre eux. Malheureusement, la greffe ne prendra pas. Adrien, alors ennuyé à l’idée d’être enfermé et éreinté de s’entendre poser les mêmes questions par les médecins, cherchera une échappatoire qu’il trouvera sur son bateau, face à la mer, ou dans les bras de Marie (Louise Portal), un ancien amour.

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Si certains metteurs en scène décident de garder de la distance face à un sujet sérieux, comme Lionel Baier, qui fait du suicide assisté une comédie douce-amère (La Vanité également au FNC 2015), on apprécie la démarche singulière de Renée Beaulieu qui nous offre un film sans concessions, brut et pourtant plein de tendresse, sur ce qu’elle appelle “l’implacabilité de la vie”. Les moments de pause que la réalisatrice insuffle en apposant un carton noir pour passer d’une scène à l’autre sont renforcés par la musique qui assure le lien entre ces respirations, épaulée par la présence de la mer, fidèle compagne de l’âme d’Adrien venant souvent se ressourcer à ses côtés. De plus, le film prend le temps de poser sa caméra et nous donne à voir des scènes d’une belle authenticité, avec cette brebis qui agnèle, sans pour autant nous épargner les versants plus sombres de la vie avec ce chien enfouissant dans le foin une carcasse de mouton. Dans leur plus simple appareil, les corps d’Adrien et Marie, quant à eux, sonnent juste dans ce qu’il y a de plus primitif et naturel. Un moment d’apaisement, le temps s’arrête un instant, les prises de vues deviennent lentes et fluides et accentuent ce calme qui nous gagne. Il émane alors de l’œuvre, une étrange douceur mêlée aux tourments des personnages contraints à faire des choix difficiles.

Le budget du film ayant fondu de 2,5 millions à 20 000 dollars, c’est toute une région qui a mis la main à la pâte, croyant dur comme fer au projet porté par un enthousiasme communautaire inspirant. La détermination de l’équipe et l’investissement de chacun participent alors fortement au caractère profondément humain du Garagiste où la bienveillance règne dans chaque plan et dans beaucoup de personnages (notamment le personnel hospitalier). En outre, les coupes budgétaires ont favorisé l’utilisation de plans séquences, évitant ainsi un découpage qui annihile la fluidité et la continuité du jeu des acteurs qui s’en trouve grandi. Dans certaines de ces scènes, la caméra en perpétuel mouvement nous permet donc de ressentir davantage les tourments qui les habitent. La prestation de Normand D’Amour, tout en filigrane, vient alors chercher au plus profond de nous cet enfant qui jadis enferma quelques souvenirs dans un coffret. C’est délicat et bien senti.

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S’il est une chose que l’on ne reprochera pas à Renée Beaulieu, c’est d’écrire et filmer avec le cœur. Tour à tour, on est ému, tourmenté et soulagé. Ici pas de fioritures, ni d’artifices, elle filme la vie de gens ordinaires qui essayent de réparer leurs erreurs tout en restant libres. Ici le trépas n’effraie pas. Ici, on se sent bien entre ses mains qu’on a déjà hâte de retrouver.

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