Auteur : Alexandre Blasquez

Les deux amis reste un vaudeville très parisien où la musique est parfois trop présente, alourdissant des scènes déjà chargées en émotions. Cependant, pour son premier essai, le sens du dialogue incisif et les quiproquos moqueurs dont le réalisateur fait preuve vient divertir sans jamais lasser.

À la manière de Nuit et brouillard, le réalisateur pratique une reconstruction méthodique, quasi chirurgicale, basée sur les écrits historiques de Marta Ugarte qui laissent entrevoir l’abomination des actes perpétrés ainsi que la torture infligée aux partisans de Salvadore Allende, suite au coup d’état du 11 septembre 1973 par le dictateur Pinochet. Étrangement, le nom de ce dernier ne sera jamais prononcé, comme pour oublier un personnage à qui on ne souhaite pas donner vie pour effacer l’horreur et croire en des jours meilleurs. 

Louder than bombs n’est pas un film de guerre, si ce n’est celle que l’on mène parfois au sein de sa propre famille. C’est un film sur le pardon, l’abandon et le laisser-aller. Un film sur les sacrifices d’un père qui aime inconditionnellement ses enfants, les turpitudes du mensonge et leurs conséquences. Subrepticement, le film s’immisce dans la dyke de ses personnages, les sonde pour en extraire des scènes poétiques visuellement abouties qui continuent de résonner en nous au sortir de la salle. Si Joachim Trier est revenu bredouille au dernier Festival de Cannes, soyez sûr que le spectateur, lui, ressort de la projection plutôt gagnant.

Si la mise en scène sait être nerveuse quand l’action le nécessite, on sera gré au réalisateur de ne pas avoir recours à l’utilisation abusive de mouvements de caméra que beaucoup se seraient dépêchés de jeter à l’image. Au contraire, il fait preuve de sobriété et use d’intelligence en mettant davantage l’emphase sur la psychologie et les motivations des personnages que sur leurs gestes. Ici, pas de fusillades intempestives ni d’explosions à tout va, mais plutôt l’analyse en amont du cheminement intellectuel de leurs actions. Made in France atteint sa cible droit au cœur grâce à la sincérité de son engagement.

12 mars 2016 / / On défriche

À l’instar du Misanthrope que cite un personnage, le film prêche la tolérance sociale notamment à travers la sexualité de Francesca. Son acceptation manifeste par les gens du village en font un bel exemple et ce, malgré la différence d’âge et l’isolement géographique des lieux. La rencontre entre un gars de la ville et un autre de la campagne confère à ce vaudeville très divertissant un potentiel comique soutenu par un timing bien calibré.

5 mars 2016 / / On jase

Pascale Bussières nous confie se trouver à un tournant de sa carrière, “avoir franchi un cap”, même si elle n’aime pas le terme de bilan qui annonce souvent la fin de quelque chose. À l’aube de ses 50 ans, la maturité et ses expériences de jeu ont modifié son rapport au travail, lui conférant une certaine lucidité sur les propositions de tournages qui se font plus rares. C’est alors le cœur léger et plein d’entrain que Pascale envisage l’avenir en épousant l’idée d’aller chercher les projets, de se tourner vers les autres, chose qu’elle ne se serait pas autorisée auparavant. Ainsi, elle préfère s’imaginer être le vecteur de mouvements que d’attentes.

Surfant sur la vague des Kingsman et autres produits qui, ces dernières années, a relancé le film d’espionnage, le réalisateur abandonne la mise en scène très clipesque du premier volet, utilisant un montage au stroboscope, comme sur les podiums. Ici, il promène son héros dans plusieurs pays (la même sorte de typographie à l’appui) et use de ralentis lors de cascades ou de courses poursuites, se jouant des codes du film d’action, notamment le timing qui s’étire jusqu’à en devenir risible. On est soit conquis, soit ennuyé par ces champs-contrechamps intempestifs qui peuvent néanmoins déclencher le rire par la surenchère et l’abondance de leur utilisation.

27 février 2016 / / On défriche

Avec des personnages aussi imprévisibles et indépendants que les bêtes, le réalisateur prend malgré tout le temps de poser sa caméra, l’action ne sortant que très rarement du cadre. Cette lenteur en découragera certains mais pourrait tout aussi bien en séduire d’autres, notamment le public québécois, avec ces quelques scènes hivernales où les situations cocasses du quotidien font mouche.