Pluie de films sur Vues d’Afrique

Pour sa 36ème édition, le Festival International Du Cinéma Vues d’Afrique se tiendra en ligne sur la chaîne TV5 à compter du 17 avril jusqu’au 26 du mois. L’occasion de découvrir un cinéma engagé, tourné vers l’humain et militant, des Antilles françaises jusqu’au continent-mère. Au programme : portraits naturalistes, prises de conscience, comédies sociales, traditions locales. Tous les genres sont représentés à l’image de la diversité des pays portraiturés. Je vous parle de 4 films ayant suscité mon intérêt.

Festival de Cinéma Panafrica International de Montréal (Vues D'Afrique) - événement

La prochaine fois que je viendrai au monde (Belgique/Burundi, 77 min)

En 1991, Philippe De Pierpont fait la connaissance d’Etu, Assouman et Innocent dans les rues du Burundi. Il leur fait la promesse de revenir et de les filmer à chaque rencontre, chaque époque charnière de leur vie, à la manière de Boyhood (Richard Linklater, 2014). Pendant 27 ans, ils deviennent les personnages principaux d’un métrage qu’il nous raconte aujourd’hui, avec le regard tendre de ceux qui ont appris.

Leur maison, c’est la rue. Ils se douchent le matin en prenant une cigarette et défont leur lit de cartons, qu’ils traînent comme on traîne son ennui, jusqu’à la prochaine destination. Ils y jouent à la guerre quand bien des années plus tard ils essaieront d’y trouver la paix. L’Amour ? Ce n’est sûrement pas celui des parents qui abandonnent bien souvent leurs enfants et les poussent à user d’expédients pour survivre. Certains se serrent les coudes à deux en amoureux, quand d’autres, plus pragmatiques, préfèrent se la jouer solo, anxieux de ne pas pouvoir offrir à manger à toute la nichée qui devra se contenter d’un appétit d’oiseau. L’avenir ? Ils se l’imaginent avec un toit au–dessus de leur tête, sans fla-fla, fatigués de devoir courir comme une poule pas de tête afin d’échapper aux policiers qui leur interdisent de vendre des cigarettes pour ramener de quoi manger. Tabassés et traités comme un vulgaire déchet à qui on ne prête plus aucun intérêt, il ne leur reste que l’alcool pour se réfugier et tenter un instant d’oublier leur pauvreté qui les rend coupable d’un seul crime : celui d’exister. Les travellings verticaux en hauteur viennent alors renforcer l’idée qu’ils ne sont que peu de choses, perdus dans l’immensité de cette terre morose.

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La prochaine fois que je viendrai au monde est alors comme une promesse de se réinventer à chaque rencontre sous la camera du belge, qui pose durant 77 minutes un regard tendre sur ces âmes en peine. Le cadrage les laisse respirer sans jamais chercher à les noyer dans leur quotidienne misère diluvienne. En outre, la lumière de la photo vient adoucir les contours de ces visages marqués par des expériences de vie accidentées. Dans une parenthèse enchantée que leur accorde le cinéaste, ils délaissent leurs pagnes pour de beaux habits qu’ils étrennent un soir de réveillon, avec un verre de champagne, dont les bulles pleines d’espoir pétillent dans leurs yeux. L’infortune semble bien loin derrière eux. Courbant le dos, leur vie n’est pourtant qu’une éternelle course que le réalisateur filme à répétition, au moyen de travellings latéraux rythmant le pas fatigué et usé de ses héros dont les ombres filent à la recherche d’un eldorado. Il leur faut courir, encore et encore, dans les rues, ces mêmes rues qui les ont vu grandir et fuir la police ou encore la guerre, le regard frondeur et téméraire. Courir pour arriver à aller nulle part mais si loin de tout, perdu dans une nature sauvage et compliquée, celle des hommes qui ravage et laisse de côté les déveinards de ce monde, n’ayant plus que leur rage comme souper.

Sans musique, Innocent se met à danser sur une terrasse. Jamais il n’abdique. Il laisse son cœur battre la mesure, n’écoutant que le rythme effréné de son corps habitué à jouer le même morceau. Un train quitte cette ville qui déraille, signe d’un bon présage. La vie suit son cours même si quelques voyageurs partent sans bagages.

Ils n’ont pas choisi (Burkina Faso, 52 min)

Ils n’ont pas choisi s’attaque à la lourde tâche d’analyser l’homosexualité en terre africaine. Du Mali, au Sénégal en passant par le Cameroun et la Côte d’Ivoire, Youlouka Damiba et Gidéon Vink ont fait le pari (risqué) de brosser le portrait de personnes LGBTI issues de différents pays. Si ce procédé permet de mettre en exergue certaines analogies culturelles, le spectateur assiste, perplexe, à une succession de témoignages dont la mise en perspective manque cruellement d’un cheminement narratif. À trop vouloir ratisser large, les informations s’enchaînent les unes à la suite des autres dans un montage mécanique qui déshumanise ses personnages ainsi que son propos. Certes on s’informe, on s’indigne même souvent mais on s’indiffère surtout devant la forme décousue du documentaire qui nous fait perdre le fil de l’histoire. Compte tenu de sa durée, le moyen métrage ne peut s’octroyer le temps d’examiner pleinement les discriminations de chacun menant à la violence des persécutions qui ne sont jamais remises dans un contexte social, religieux ou alors de manière anecdotique. C’est dommage.

Un divan à Tunis (Tunisie, 88 min)

À 35 ans, Selma (énigmatique Golshifteh Farahani) décide de quitter son appartement parisien du 17ème pour revenir à Tunis, la ville de son enfance. Elle vient se reconstruire à l’image de ses compatriotes à qui elle offre un service de psychanalyste sur le toit de son appartement. Si les affaires démarrent plutôt bien, très rapidement un policier menace son cabinet d’être fermé si elle n’est pas en mesure de présenter une attestation règlementaire. 

Un divan à Tunis : Photo Golshifteh Farahani

Avec Un divan à Tunis, Manele Labidi livre un premier film rempli d’audace qui met en lumière les bienfaits de la psychanalyse dans les pays arabo-musulmans, souvent présentés à travers le spectre du terrorisme. Évitant les écueils attendus du drame (port du voile, extrémisme), la réalisatrice aborde les conséquences de la révolution tunisienne sur un peuple qui cherche à s’ouvrir et parler pour exorciser un passé parfois lourd à porter. Il y avait beaucoup à dire sur le sujet qui n’est pas toujours simple à mettre en image. S’il est appréciable d’avoir voulu le traiter sous l’angle de la comédie, le film n’est pourtant qu’une succession de personnages, certes atypiques, mais souvent faire-valoir d’un rire qui peine à venir. Aussi bonnes soient les intentions de l’auteure, la faute est imputable au traitement convenu de situations qui auraient mérité d’être plus fouillées (travestissement, alcoolisme…). De plus, entre facéties loufoques et enjeux de société, force est de constater la difficulté qu’éprouve la réalisatrice à rythmer son film au son d’une musique italienne des années 60 qui dénote et manque sa cible. Film coloré du décor aux personnages, la direction d’acteurs, au demeurant sympathique, ne tire pas non plus le meilleur de la distribution, même si Golshifteh Farahani s’en sort plutôt bien dans un rôle mystérieux et tourné vers l’intérieur. Quelques beaux moments croqués sur le vif viennent toutefois sauver la mise de cet essai qui avait tout pour être transformé.

Pour ne plus mourir (Canada, 56 min)

Dans la section Regards d’ici, le Québécois Simon Plante suit les traces de Médias Gayet, un juriste de 30 ans qui revient aider les siens suite au décès de son frère aîné. Avec beaucoup de pudeur, sa caméra saisit toute l’affliction d’une famille africaine au travers les traditions béninoises qui l’accompagnent dans son processus de deuil. Habitées par l’image du sacré, elles questionnent notre rapport à la mort que les gens commémorent dans le plus grand respect. La mort justement, on dialogue avec elle au quotidien pour affronter des lendemains que l’on espère plus cléments. Avec spiritualité on la regarde en face, sans détour ou euphémisme, cette vie qui parfois lasse, rythmée par le tic tac incessant d’un vers d’oreille rappelant l’inéluctabilité du temps qui passe. C’est simple, touchant et souvent inspirant.

Photo de Simon Plante.

Image de couverture: Pour ne plus mourir de Simon Plante

 

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