Timbuktu

Timbuktu, le nouveau film d’Abderrahmane Sissako, est un film d’un genre nouveau; après le western américain, le western-spaghetti et le western rouge, Sissako invente le western-africain. ♥♥♥♥½

Dans une entrevue qu’il accordait au mensuel Positif à l’occasion de la sortie de Bamako, son précédent long métrage, le réalisateur africain évoquait son amour pour le western et plus spécifiquement pour les westerns spaghetti, les films avec Bud Spencer. Cela peut surprendre que le réalisateur de En attendant le bonheur et de La vie sur terre s’intéresse à un genre qui à la vue de ses premières œuvres semble si éloigner. Pourtant, au visionnement de Timbuktu, le parallèle est évident. Il filme le désert comme Ford pouvait filmer Monument Valley, avec ces dunes, ces abris de fortune et ces «règlements de compte.»

Dans cette même entrevue, il avouait ne pas être un grand cinéphile, mais que pour lui le cinéma avait l’avantage sur la littérature, que le spectateur n’a pas besoin de savoir lire pour apprécier un film. Il y a une naïveté dans le cinéma de Sissako, quelques chose de primaire,  il filme sans juger, sans arrière-pensée,  il nous filme ce qu’il pense et ce qu’il ressent sans aucun filtre. Dans ce sens, Sissako réussit à faire quelques choses d’exceptionnel, il filme une société précaire en proie au totalitarisme religieux sans, dans aucun cas, porter un jugement sur les gens qui exerce ce pouvoir. Abdelkerim, magnifiquement interprété par Abel Jafri, est un genre leader de la loi et l’ordre religieuse et civique et toujours Sissako nous le montre comme quelqu’un d’aimant, d’attentif, il y a une scène très attendrissante dans lequel son chauffeur privé lui montre à conduire, pourtant un homme froid et «droit», qui applique les châtiments que la loi prévoient.  Abdelkerim est un homme de sa société, il pense résolument que ce qu’il fait est juste et bon, même si cela est pour le spectateur inacceptable.  Durant les 100 minutes que dure le film, c’est une intrusion dans la vie de tous les jours d’un village musulman que Sissako nous donne, un endroit où la loi religieuse prévaut, on lapide, on fouette, on exécute, on interdit musique et danse.

C’est dans sa mise en scène et le déroulement du récit que Sissako teint son film d’un certain romantisme propre au western. Un soir, un homme prend sa guitare et chante dans un lieu désertique dans un abri de fortune près de son bétail, c’est le genre de scène que l’on a vu mille fois dans des westerns, de même que la bataille de pour l’eau et la place des femmes dans la société, des troupeaux de bétails que cours, des hommes qui par un état de survivance tue un autre homme, etc. La plus grosse différence est que les westerns parlent d’une société naissante qui se cherchent des repères et que Sissako, quand lui, parlent d’une société qui est en train de les perdent

Dans film de guerre ou dans un film d’horreur, la violence est là partout et le moment présenté à quelques chose d’unitaire, d’exceptionnel, dans un western classique, tout comme dans un le film de Sissako, elle est omniprésent, tout en étant parfois invisible, elle se cache sous le couvert du respect de l’ordre public, du respect de loi, parfois elle se fait vengeresse ou acte de survivance. Elle se manifeste aussi dans les restrictions (interdiction de chanter ou obligation de porter le voile). La violence devient le fondement sur lequel est bâtie la société naissante du western et la violence devient la cause de l’effritement des repères d’une société ancestrale. Sur cette perte de repère, le dernier plan du film nous montre une petite fille qui court, elle tente d’échapper à son futur, son futur qui sera loin de la vie paisible qu’elle menait avec ses pères dans le désert.

Laurent

**class!K**

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