The Fabelmans : Lumière sur l’origine des fables

États-Unis, 2022
Note : ★★★1/2

Dans une histoire chronologique extrêmement personnelle, Steven Spielberg nous dévoile, à travers le médium cinématographique et la manipulation qu’il nécessite, ce qui est à l’origine de sa passion du cinéma. Le film évolue, comme son protagoniste, du spectacle aux pouvoirs et drames des émotions devant la caméra pour se terminer dans une légèreté comique. Le tout sans jamais perdre de sa puissance cinématographique. Une leçon de cinéma qui plaira aux cinéphiles, mais qui peut n’être qu’une sympathique histoire pour les non-initiés.

D’entrée de jeu, l’appréciation du dernier opus d’un des plus grands cinéastes américains de l’histoire du septième art repose justement sur l’opinion du spectateur envers la grandeur du célèbre réalisateur. Non pas que The Fabelmans ne peut être apprécié que si l’on adore Spielberg, mais cela peut aider à traverser les différentes « phases » du film qui dévoile lentement son enjeu narratif nous permettant d’être accrochés aux personnages. La première heure du film est une exposition de la famille à travers les yeux d’un enfant. Sympathique, mais surtout engageant si l’on projette toujours que nous sommes témoin privilégié de l’enfance du réalisateur de E.T.: the Extra-terrestrial. Ça ajoute à notre appréciation dans ce manque de conflit explicite.

Ceci dit, la caméra de Steven Spielberg est engageante, les situations mises en scène ne sont pas ennuyantes. On apprend à découvrir les différents personnages. Dans son incarnation de Sammy Fabelman, le jeune Mateo Zoryan est extrêmement charmant avec ses yeux exprimant l’émerveillement constant face au pouvoir du cinéma.

Un début de conflit se présente à l’adolescence où Sammy est interprété par le charismatique Gabriel LaBelle. Classique opposition entre adolescent et parents, l’exposition de la première période (titrée New Jersey) se transforme doucement à travers le regard adolescent du protagoniste. Si Spielberg était sage dans son premier acte, il s’active un peu plus ici formellement, un peu comme s’il suivait, dans sa réalisation, la maturité de son personnage principal… lui-même. Le film est plus vivant, la direction photo est plus lumineuse (deuxième période titrée Arizona), on y insère un peu plus de comédie. À l’enfance, Spielberg recrée ; à l’adolescence, il explore et invente, mais surtout apprend.

C’est dans sa période adolescente, les premières expériences, que Sam découvrira le pouvoir et les dangers du cinéma (troisième période titrée Californie). D’un outil de manipulation pour l’aider dans l’acharnement d’intimidation et d’antisémitisme qu’il subit à l’école au pouvoir neutre de la caméra qui capte tout, même ce que l’on n’aurait jamais voulu voir. Le conflit se révèle aux spectateurs à partir de ce moment, référence détournée de Blow Up de Michelangelo Antonioni. La famille des Fabelmans voit, par le cinéma, sa fable y révéler sa vérité. Sam comprend alors le pouvoir destructeur de sa pratique, tout en comprenant le pouvoir cathartique qu’il propose à ses spectateurs, ici sa mère et lui.

Si la réalisation et son évolution réfléchie que nous propose Steven Spielberg sont en quelque sorte le sujet principal, sa star est véritablement Michelle Williams dans le rôle de la matriarche inhabituelle qu’est Mitzi Fabelman. Artiste, dynamique, pétillante et malheureuse, l’actrice nous tient constamment en haleine; dans la joie, mais surtout dans ses drames. Paul Dano n’est pas en reste, mais hérite d’un personnage peu expressif, introverti au cerveau d’ingénieur qu’est Burt Fabelman.

Tout au long de The Fabelmans, les références cinématographiques pleuvent ; certaines subtiles, d’autres directes. Spielberg ne se gêne pas d’étaler ses inspirations, à commencer par The Greatest Show on Earth (1952). Le plaisir cinéphile fait partie de l’expérience que nous propose le cinéaste. Et il nous achève complètement avec sa dernière scène où il nous offre le caméo le plus cinéphilique possible.

Bande-annonce originale :

Durée : 2h31
Crédits photos : Universal Pictures

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