The Equalizer

Un thriller fort efficace qui révèle à nouveau le meilleur de Antoine Fuqua et Denzel Washington. ♥♥♥½

Plus de 10 ans après l’excellent Training Day, Antoine Fuqua et Denzel Washington refont équipe dans The Equalizer, un thriller fort bien mené entre justicier et gangsters qui nous rappelle le meilleur des deux hommes.

Au menu, on retrouve Denzel Washington dans le rôle de Robert McCall, un homme ordinaire, employé d’une quincaillerie, qui (on le découvrira rapidement) cache toutefois un lourd passé. Son amitié avec une jeune prostitué russe viendra toutefois chambouler son quotidien. Un soir, alors que cette dernière se retrouvera tabassée, McCall n’aura d’autres choix que de demander des comptes aux responsables et se retrouvera rapidement au sein d’une chasse à l’homme violente et enlevante dans les spirales de la mafia russe.

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On doit souligner sans détour l’excellente situation initiale ; le premier quart du film met en effet admirablement bien la table sur le personnage joué par Denzel Washington ; un homme qui accomplit les gestes du quotidien (toilette, vaisselle, repas) avec une précision et une minutie chirurgicale qui tranche avec leur banalité. Dès les premières minutes, le choc entre la banalité des situations et leur importance pour le personnage détonne et garde le spectateur  aux aguets. Fuqua se garde bien de trop lui en révéler ; préférant laisser le temps au personnage et à ses actions de s’imprégner dans notre esprit pour préparer efficacement la suite.

Une fois l’élément déclencheur passé, c’est toutefois une escalade de rebondissements et de violence qui nous attend; escalade décuplée par la mise en bouche intelligemment orchestrée par le duo Fuqua-Washington. Rapidement, on pense à Eastern Promises (pour la promiscuité des corps, le caractère charnel et intime de la violence inévitable) et la série Bourne (pour le personnage surhumain de Washington et les scènes d’actions très efficaces). Nous tombons ainsi dans un thriller atypique sur le thème de la vengeance mené efficacement et encadré par des situations initiales et finales de première force.

La représentation de la violence au cinéma est sans doute le débat critique par excellence. Il s’en trouve, comme David Cronenberg, pour dire que la violence doit être brute, frontale, viscérale, pour que le spectateur se rendre compte quelle est bien réelle. D’autres, comme Michael Haneke, insistent sur le caractère pervers de cette représentation et la nécessité de ne pas entrer dans ce jeu, préférant user de manipulation suggestive pour la suggérer plutôt que la représenter. Dans The Equalizer, Antoine Fuqua fait le pari d’adopter la première approche (on pense encore à Eastern Promises, gangsters russes en bonus) avec toutefois  tous les dangers que cela comporte (glorification ou banalisation de la violence, surenchère dans l’accumulation, etc.). Fuqua évite toutefois habilement les pièges ; lorsque la surdose se fait sentir, il préfère utiliser le hors champ judicieusement lors de la scène suivante (notamment dans la magnifique séquence finale) afin de laisser davantage respirer son film sans que celui-ci ne sombre dans la caricature.

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On peut lui reprocher de tomber dans ce dernier défaut à une seule reprise alors que dans une scène particulièrement intense ou Denzel Washington démembre à lui seul une bande de mafieux russe dans sa quincaillerie avec tous les outils inimaginables à sa disposition, le sens du spectacle prend définitivement le dessus sur l’ambiance et le réalisme. Fuqua s’en rend toutefois bien compte et c’est un Denzel Washington avec l’arme à la main et filmé au ralenti sous la pluie des gicleurs qui termine le plan dans une quasi-hilarité qui détonne  avec le caractère sérieux de l’ensemble du propos, comme si, au final, Fuqua en mettait plus que ce que le spectateur en voulait. Malhabile, cet enchaînement est néanmoins rapidement oublié grâce à une séquence finale tout en retenue qui ne manque pas pour autant d’efficacité.

Il en ressort donc un film d’action fort bien mené et un suspense enlevant qui, à défaut de s’inscrire comme l’un des incontournables de l’année, ravivera l’espoir que le cinéma d’action hollywoodien est toujours bien en selle. C’est déjà une excellente chose!

Ouvoir.ca

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