Le mirage: L’illusion du bonheur

Le dernier film de Ricardo Trogi s’avère être une comédie à saveur « très dramatique » ♥♥

Après le succès retentissant auprès du public, et des critiques du film 1987 (été 2014), on s’attendait à une autre comédie estivale de la part du cinéaste québécois Ricardo Trogi avec son plus récent long métrage. Coup de théâtre, nous sommes plutôt confrontés à un drame lourd et tout croche dans ses intentions…

Le mirage retrace le quotidien de Patrick (Louis Morissette), sa petite famille et les gens qui l’entourent, tous en quête du « bonheur ». Ce fameux état de grâce où tout doit se conjuguer : travail, maison, famille et amis. Cet homme ambitieux, comme tant d’autres de sa génération, semble tirer son bonheur dans le regard que son prochain pose sur lui, le poussant vers un objectif qui n’est pas le sien. Pris dans un engrenage de surconsommation, la vie finit par le rattraper et lui rappeler qu’il ne deviendra pas l’homme qu’il aurait souhaité.

Un film qui joue à serpent échelle

Le film, co-scénarisé par Louis Morissette et François Avard (Ego Trip), était à première vue une idée intéressante qui correspondait aux atouts de Ricardo Trogi, qui a maintes fois exploré les thèmes de la joie et de l’excès. Malheureusement, nous sommes face à une œuvre vide et peu inspirée qui ne sait pas quelle direction prendre. Au départ, on assiste à une comédie vulgaire de mauvais goût qui se termine en drame extrêmement lourd contenant des séquences pénibles en longueur. Le véritable problème du Mirage semble être au niveau du scénario, dont la trame narrative se compare à un jeu de serpent échelle; on avance parfois, puis on recule, mais jamais on ne saura dans quelle case on aboutira au prochain tour. Le film emprunte une voie, mais ne complète jamais le trajet proposé, laissant ainsi un trou béant où les éléments narratifs sont éparpillés un peu partout sans explication. Les dialogues sont inintéressants et souvent laissés à l’indifférence, comme par exemple le dialogue médiocre entre Patrick et son meilleur ami (Patrice Robitaille) à propos de jus d’orange fraîchement pressé.

Le Mirage

Ricardo Trogi est méconnaissable, lui qu’on distingue facilement par ses choix esthétiques et son humour juvénile. Ici, il semble inconfortable et totalement perdu dans ce qu’il veut montrer. Nous retrouvons tout de même sa touche personnifiée, avec les fameuses séquences oniriques à la Québec-Montréal, lorsque Patrick s’imagine dans un film porno entouré de deux pitounes aux boules remodelées. Seulement, ces séquences s’épuisent et sont trop souvent employées dans d’autres films pour qu’elles soient jugées originales. De plus, elles sont trop vulgaires et grasses pour qu’on apprécie leurs contenus.

Même la musique est employée de manière paresseuse, souvent accompagnée de séquences tournées au ralenti pour accentuer les fantasmes sexuels de Patrick. De ce fait, l’utilisation de cette trame sonore s’avère peu efficace et fait juste ralentir le rythme du film.

Performance sentie des interprètes du Mirage

Heureusement, les interprètes sont en forme et mettent toute la gomme dans leur rôle respectif. On acclame particulièrement la performance de Julie Perreault qui est très juste en tant qu’épouse de Patrick qui confronte un burn-out. Louis Morissette surprend dans ce rôle de premier plan où il multiplie les différentes émotions, capable de jouer plusieurs facettes de son personnage. Quant à Patrice Robitaille et Christine Beaulieu, ils complètent admirablement le quatuor.

Ce projet prometteur avait tous les ingrédients nécessaires pour atteindre le même niveau de réussite que 1987 ou les autres films antérieurs de Ricardo Trogi. Malencontreusement, le long métrage était visiblement trop ambitieux et les nombreuses carences dans le scénario sont reflétées dans le produit final. Même le réalisateur multiplie les erreurs au centre d’une mise en scène peu maîtrisée. Comme le titre du film, Le mirage ne sera qu’au bout du compte, à nos yeux, qu’un simple mirage…

Auteur: Justin Charbonneau

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