She’s Lost Control

Une première oeuvre naturaliste forte sur un sujet épineux. ♥♥♥

Célibataire, New-yorkaise, rêvant de pouvoir s’acheter un appartement qui ne serait pas que fonctionnel et d’avoir éventuellement un enfant un jour, Ronah mène pourtant une existence qui n’a rien de conventionnel. Étudiante en maîtrise de psychologie comportementale, sans grand contact avec le monde extérieur, elle travaille comme assistante sexuelle, aidant différents patients, selon les tempéraments et problèmes de chacun, à apprivoiser l’idée même d’intimité et surmonter leur handicap affectif. Calme, patiente et dévouée, elle se voit forcée de se remettre en question lorsqu’elle rencontre Johnny, un infirmier particulièrement sauvage.

Dans un monde où la sexualisation de tous les aspects de la vie est chose commune, s’attarder à ces êtres anxieux, terrorisés à l’idée même de contacts affectifs ou intimes, est une idée très intéressante. Derrière les portes closes du reflet commun de la société, les choses ne sont jamais tout blanc ou noir et c’est ce que la réalisatrice Anja Marquardt s’efforce de nous présenter avec un premier film franc et audacieux. Avec une approche très naturaliste qui peut rappeler les frères Dardennes ou Lodge Kerrigan, elle braque sa caméra sur ces personnages vivant avec une insécurité et des démons intérieurs encore trop tabous dans la société. Au milieu de ces êtres tourmentés se trouve Ronah, qui s’efforce de les aider du mieux possible autant que de s’aider elle-même.

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On aurait pu penser  que le film aurait été un plaidoyer sur la décriminalisation de la prostitution, le sujet est finalement assez anecdotique. En effet, la dimension sexuelle est accessoire, partie complémentaire du trouble affectif beaucoup plus profond. À cet égard, les scènes graphiques se font rares et le trouble des personnages (autant Ronah que ses  »clients ») est beaucoup plus psychologique. La simple idée de toucher un bras ou retirer son chandail est carrément impensable pour certaines personnes. La douleur psychologique est réelle et bien mise en scène par la caméra de Marquardt qui enferme le corps et la tête des personnages et illustre bien leur situation mentale.

Le déroulement se perdra par bout, l’évolution de certaines portions du récit manquant de cohérence (notamment au niveau du dernier tiers dont on peine à comprendre l’évolution par moment), mais le sujet atypique est abordé efficacement et livré admirablement, grâce à des performances efficaces de Brooke Bloom et surtout, Marc Menchaca, qui illustre l’intériorité et le trouble de Johnny de façon mémorable. Le film ne marquera sans doute pas la compétition officielle du Festival, mais a le mérite de mettre en lumière un sujet au mieux tabou, au pire ignoré, et ce, de façon forte et sensible.

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