Moonlight : Un éclairage différent

Huit ans après son premier long-métrage, Medicine for Melancholy, un film indépendant réalisé avec peu de budget, le réalisateur américain Barry Jenkins revient en force avec Moonlight, un second long-métrage, jusqu’à présent unanimement acclamé par la critique. Il y relate, sur près de deux décennies, les épreuves et questionnements identitaires d’un jeune afro-américain des ghettos de Miami. ♥♥♥♥

Jenkins raconte l’histoire de son protagoniste, Chiron, en trois temps. On le verra donc d’abord enfant, puis adolescent et enfin adulte.

La première partie du film débute alors que Chiron, surnommé Little, neuf ans, se cache dans un appartement délabré d’autres jeunes qui cherchaient à l’intimider. Il est découvert par Juan, un vendeur de drogues respecté du ghetto. Chiron, sans père, élevé par une mère négligente, trouvera en Juan une figure paternelle.

La deuxième partie présente Chiron à l’école secondaire, toujours victime d’intimidation, alors  que ses questionnements identitaires le tourmentent de plus en plus et qu’il vit ses premières expériences sexuelles avec un de ses camarades de classe.

Enfin, la troisième partie montre Chiron, adulte, devenu un bandit respecté, qui revient à Miami, d’où il avait dû déménager, pour revoir cet ancien camarade de classe qui lui avait inspiré ses premiers émois.

À partir d’une pièce du dramaturge américain Tarell Alvin McCraney, Barry Jenkins a écrit un beau scénario, simple, mais très évocateur. Le fait qu’il soit divisé en trois parties crée des ellipses qui permettent une exploration intéressante du développement des personnages. Cette technique est utilisée de façon particulièrement saisissante dans le cas de la transformation de la mère de Chiron qui s’enfonce de plus en plus dans la drogue.

Malgré qu’il n’en soit qu’à son second long-métrage, Jenkins a réalisé son film d’une main de maître. Les images sont absolument magnifiques, autant dans la photographie que dans les couleurs et les cadrages. Chaque plan est une œuvre en soi. Le tout est monté de façon très juste et inventive, et accompagné d’une trame sonore inspirée, s’harmonisant parfaitement aux images.

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En plus de sa technique admirable, le film de Jenkins trouve aussi sa beauté dans les émotions qu’il porte. Moonlight est un film très doux, très humain, très personnel. Il aborde avec sentiments et sans stéréotype un sujet rarement vu au cinéma, l’homosexualité chez les noirs de quartiers pauvres et violents. Le cinéaste arrive à transmettre ses émotions de manière subtile, dans les non-dits, dans les regards, dans les petits gestes.

Jenkins réussit aussi à créer de magnifiques personnages. Si celui de Chiron est intéressant par ses questionnements identitaires, ce sont les personnages secondaires qui volent la vedette. Le personnage de Juan, le revendeur qui prend le jeune garçon sous son aile, est l’un des plus beaux créés au cinéma ces dernières années. L’acteur Mahershala Ali livre une performance charismatique et sensible. À son opposé se trouve la mère de Chiron, Paula, droguée et terrifiante dans sa descente aux enfers. Naomie Harris offre une performance déchirante et intense. Il ne serait pas étonnant de voir les deux comédiens obtenir des nominations dans les catégories de soutien à la prochaine cérémonie des Oscars.

Avec Moonlight, le spectateur noir et homosexuel sera ravi d’enfin pouvoir se voir représenté au cinéma avec empathie, sensibilité et, surtout, réalisme. Par contre, le film ne vise pas que ce seul public. Empreint d’humanité, il a un pouvoir d’évocation universel, apte à pouvoir rejoindre différents auditoires.

Auteur: Jules Couturier

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