Love: une histoire d’amour ?

Histoire d’amour vibrante alimentée de scènes de sexualité explicite ou passion sexuelle stimulée par une romance très touchante? ♥♥♥

Après une affiche promotionnelle qui a semé la polémique dans le décor du septième art, l’ultime provocateur du cinéma français refait surface avec son plus récent film Love. Avec cette nouvelle œuvre, Gaspar Noé adopte une disposition du moins conservatrice conformément à ses standards malgré l’étendue de son projet audacieux et ambitieux. Love , projeté en 3D, a ouvert la section temps mort au festival de nouveau cinéma à Montréal.

Cette œuvre agitatrice raconte une passionnelle histoire d’amour dans les banlieues parisiennes entre deux jeunes dans la vingtaine chargés de mésaventures. Comme leur relation tumultueuse, le tout est filmé de façon fragmentée et divisé à la Tarantino. Electra (Aomi Muyock) est une séduisante artiste française qui arbore un masque énigmatique et qui a un faible pour les substances illicites, tandis que Murphy (Karl Glusman) est un américain nationaliste, récemment établi à Paris, qui étudie en cinéma et qui pontifie, sans réelle conviction, les opinions de Noé sur le rapport amour et sexe au grand écran. Ce dernier tombe désespérément amoureux d’Electra et la paire entretient une liaison intense et complexe. Mais malgré son ardeur à maintenir le couple en vie, le garçon se sépare inévitablement de sa bien-aimée à cause d’une cruelle défaite envers un vieil ennemi de l’homme — la grossesse. Et c’est la voisine Omi (Klara Kristin) qui porte la progéniture de Murphy.

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Crédit photo: allocine.fr

Visuellement saisissant avec un effet 3D inefficace

Love ne perd pas de temps à imposer son ton, débutant par une scène explicite de masturbation mutuelle. Portée par la « physicalité » et l’effet-choc, la représentation de la sexualité peut sembler trop de la pornographie pour certains et peut détourner l’attention du spectateur sur les réelles intentions du réalisateur. En revanche, elle est traitée sans obscénité ni complaisance. Après ce prélude troublant, le spectateur est ramené au présent où Murphy vit maintenant avec Omi et son bébé, Gaspar. Sa sereine voix hors champ informe de manière assez directe sa profonde haine envers sa femme même si cela semble injustifié. Sur son cellulaire, il s’aperçoit des messages vocaux de la mère d’Electra qui essaie de retrouver sa fille qui a récemment disparu. Atteins par le sentiment de mélancolie, Murphy plonge dans la consommation d’opium, passant dans un état de fugue étrange et évoque les belles années passées, parfois excessives, aux côtés d’Electra.

Comme dans ses œuvres antérieures, Noé a créé un film élégant qui lui est entièrement singulier, avec sa caméra fixe qui conserve étroitement Murphy et Electra au plein centre de l’attention. La teinte rougeâtre est sublime et le sexe est capté avec un abandon érotique depuis une astucieuse vue en plongée. L’appartement de Murphy palpite par l’ornement des affiches de films qui ont certainement influencé Noé, passant de Kubrick à Bertolucci. Par contre, son style cru désinhibé est plus doux que ses films précédents, dépourvus du terrifiant facteur-choc d’Irréversible (2002) et Seul contre tous (1998), et sans l’éclat visuel d’Enter the Void (2009). De plus, l’ajout du 3D tombe à plat, à défaut de suggérer l’intimité et la participation globale du public, l’effet est utilisé de manière mal intentionnée et occasionne l’hilarité.

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  Un mélodrame sexuellement explicite avec une vision étonnamment conservatrice

Le problème avec ce « mélodrame », c’est qu’il est très peu senti, trop de dissemblance sépare le couple du spectateur. Murphy se révèle être un connard misogyne dans les cinq premières minutes, passant du sympathique petit ami à un être terriblement jaloux et immature. Quant à Electra, elle campe le vieux stéréotype d’une femme sauvagement sexuelle qui refuse d’être apprivoisée. Cet amas provoque un désordre cacophonique désagréable qui s’essouffle et distance l’observateur de la salle. En réalité, pour tout ce qui concerne la déconstruction des limites permises, Love n’est consciemment pas une œuvre transgressive et repose sur plusieurs clichés terriblement usés.

Pour pimenter leur couple, les deux jeunes essayeront une aventure à trois avec Omi, visiteront un club échangiste et expérimenteront avec une prostituée transsexuelle, qui sert malheureusement comme attraction comique. À un moment donné, Murphy et Electra visiteront un sex shop et halèteront aux différentes perversions affichées. Pendant ce temps, leurs propres penchants sont persistants, mais pas particulièrement nouveaux ou bizarres. Inspiré en grande partie, mais traduit en réponse plus optimiste que Nymphomaniac (2013), Noé est léger sur sa violence. Le film ne parvient pas à devenir le Before Sunrise (1995) — avec le sexe hardcore — dont il semblait aspirer être. L’action tombe à plat et les personnages encore plus.

Quant à la fornication tant contestée: « Est-ce du porno ou de l’art? »

La réponse médiatrice serait les deux à la fois. Si Freud avait raison sur le fait qu’absolument tout se rapporte au sexe, alors la question revient à celle-ci: « En quoi consiste le sexe d’abord? » En fin de compte, le film est assez divertissant, profitant d’une collaboration musicale particulièrement bien choisie, qui propose un nouveau genre de spectacle orgiaque, mais Love est tellement embourbé par sa vision conservatrice qu’il ne réussit jamais à justifier et élever les propos avant-gardistes à un degré supérieur dont son principal artisan aurait assurément souhaité.

Auteur: Justin Charbonneau

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