Le réel au rapport ?

ON EXPLORE… le documentaire à travers une sélection dans la programmation des RIDM 2018

A Night in New-York, Kazuhiro Soda 

S’il y a bien un secteur de la production filmique actuelle qui semble florissant, c’est celui des documentaires. Les canaux de diffusion qui s’offrent à ces derniers se multiplient à travers le développement de plateformes diverses et variées dédiées au genre. Les faits sont là : la moyenne d’heures de documentaire réalisés ne cesse d’augmenter. Pourtant, cette hausse quantitative n’est pas le reflet d’une industrie solide et pérenne. Au contraire, ce que certains nomment « l’industrialisation » de la pratique menace la création documentaire qui quitte le champ de l’artisanat et de la vision d’auteur,  pour entrer dans une logique et un système de marché. Pourquoi cette tendance ? Le réel serait-il soudain devenu fascinant ?

Et si la vérité était ailleurs?

Il est évident qu’on peut soulever ici plusieurs réponses. À commencer par le coût de production d’un documentaire qui demeure très bas par rapport à celui d’une fiction. Plusieurs rapports très éclairants sont disponibles en ligne à ce sujet. (Lisez notamment les travaux de L’Observatoire du cinéma documentaire)

Mais, pourrait-on avancer que le documentaire a le vent en poupe car il propose des visions du réel et se réinvente depuis plusieurs décennies en bousculant de manière féconde l’ancienne – et caduque – frontière qui l’opposait à sa grande sœur, la fiction? Certainement. S’il raconte des histoires, il n’est pas fiction, mais demeure cinéma. En cadrant, en montant telle et telle image, le documentaire est toujours une interprétation. Un filtre qui devient absolument nécessaire. Sans prétendre être un reflet parfait du monde, le documentaire est le reformatage nécessaire de ce dernier. Rapporter, montrer, arranger, dénoncer, réparer, maquiller, ou même travestir. Et l’inventaire n’est pas complet. C’est ce que propose la poésie du documentaire. À l’heure des fakenews, c’est la définition du réel comme référence que l’on interroge. Matière la plus commune à tous, le réel est cependant devenu une denrée rare dont la valeur ne cesse de fluctuer. Tous les jours un peu plus privé de sa fonction de guide, twisté à l’envie par les médias, que reste-t-il au réel s’il est privé des faits.

La poésie que l’humilité du regard que le/la documentariste pose sur lui enregistre. C’est ce qu’est le documentaire. Une précieuse approche extraite de la temporalité frénétique des médias qui ouvre une brèche dans le brouhaha ambiant. Qu’il soit un instantané du monde actuel, une réflexion sociale qui se permet d’interroger le passé pour aborder le présent, ou encore une exploration des possibles à travers des pratiques nouvelles telles que la VR et la réalité augmentée, les potentiels social et artistique de la forme documentaire sont loin d’être exténués, au contraire, dans l’urgence des temps actuels, ils ne cessent de se déployer. Et c’est tant mieux !

Besoin de preuves ? Chanceux que vous êtes ! Les RIDM sont là pour vous en convaincre de l’extrême nécessité de faire et de voir du documentaire ! 10 jours pour explorer le monde qui nous entoure : ses recoins, tragédies, surprises, dessous, abîmes tout comme ses cimes. Plus de 200 occasions d’ouvrir les yeux !  

Quelques idées pour commencer…

Deux rétrospectives. Kazuhiro Soda et Maria Augusta Ramos explorent en fins observateurs les structures sociales de leur pays, respectivement le Japon et le Brésil – ou rappelons le, Jair Bolsonaro vient d’accéder au pouvoir – . 

Ne manquez pas les classes de maîtres que les deux réalisateurs viendront donner pour mieux saisir les enjeux de leur travail.

Harvest Moon de Zaheed Mawani (cinéaste invité)

Magnifique, poétique et inspirant ; une plongée au cœur d’un mode de vie sur le point de disparaître, celui de cueilleurs de noix au Kirghizistan, menacés par la déforestation. Portrait d’un monde rural à cheval entre traditions et modernité sur lequel la caméra jamais ne s’apitoie. Presque un feel good movie.

The Distant Barking of Dog deSimon Lereng Wilmont

Ukraine. Non loin de la zone de conflit de Donbass. C’est là qu’Oleg, 10 ans, et son cousin vivent avec sa grand-mère. La guerre vue à hauteur d’enfants, ses ravages sur l’innocence. C’est ce que propose le très émouvant film de Simon Lereng Wilmont.

Laila at the Bridge de Elizabethet Gulistan Mirzaei (cinéastesinvité.e.s)

Le portrait d’une femme dans l’Afghanistan d’aujourd’hui. Le film suit son combat personnel et social pour trouver sa place dans une société corrompue et patriarcale.

Fail to Appear de Antoine Bourges (cinéaste invité)

Tout à fait original et captivant, Fail to Appear suit une jeune assistante sociale à Toronto. Un film à la frontière entre fiction et documentaire qui donne vie à des personnages inspirants et presque… romanesques.

Il faudrait ajouter le chef d’oeuvre Samouni Road de Stefano Savona ou le magnétique Premières solitudes de Claire Simon.

Et la tentation est aussi grande de vous inviter à …

  • Faire un détour par les installations VR et réalité augmentée
  • Susciter des vocations ! Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour fréquenter les salles obscures et apprendre à regarder le monde, ne manquez pas les séances famille du week-end qui offrent un programme de 6 courts métrages d’animation suivis d’un atelier.

On pourrait aussi vous suggérer d’aller aux ateliers, aux projections-débats, d’aller boire des bières au QG, ou encore danser aux sons des Djs des soirées… mais vous n’en croiriez pas vos yeux !

TOUTES LES INFOS : RIDM.CA

Permettez-moi de finir en mettant …  » les points sur quelques « i ». Tous les grands films de fiction tendent au documentaire, comme tous les grands documentaires tendent à la fiction. (…) Et qui opte à fond pour l’un trouve nécessairement l’autre au bout du chemin. « 
Godard

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