5 films d’horreur réalisés par des femmes

L’arrivée de Titane a fait des vagues à Cannes en remportant la prestigieuse Palme d’Or (on en parle ici), faisant de sa réalisatrice Julia Ducournau la deuxième femme seulement dans l’histoire du festival (après Jane Campion en 1993) à gagner le prix. Deuxième film de Ducournau (le premier étant Grave en 2016, maintenant un grand classique), Titane se distingue radicalement du genre de film qui gagne typiquement la Palme d’Or à Cannes. Ça amène la question suivante : d’où ce succès fulgurant?

Bien sûr, ces dernières années, les festivals et les cérémonies de prix se réveillent de plus en plus au fait de l’inégalité des genres dans l’industrie du cinéma. Plus tôt cette année, Chloé Zhao est également devenue la deuxième femme dans l’histoire des Oscars à gagner le prix de la meilleure réalisation (Nomadland, notre critique ici). Ainsi, on pourrait croire que Cannes essaie seulement de maintenir cette tendance – mais non, il y a quelque chose de spécial avec le film de Ducournau. C’est un petit quelque chose qui se retrouve d’ailleurs dans plusieurs œuvres d’horreur réalisées par des femmes.

L’horreur est un genre qui a toujours permis l’exploration des anxiétés profondes et réprimées sous des formes expressionnistes : pensons à The Thing (1982), Eraserhead (1977), ou bien Invasion of the Body Snatchers (1956, 1978), où les peurs des personnages prennent la forme de phénomènes et de créatures surnaturelles. Ducournau rend hommage à cette tradition, et utilise habilement le body horror pour exprimer des anxiétés féminines : dans son court-métrage Junior, c’était la puberté; dans Grave, l’éveil de la sexualité. Avec Titane, c’est la grossesse. Elle a prouvé, avec chaque film, qu’elle a quelque chose de pertinent à dire; et elle n’est pas la seule. Penchons-nous donc sur cinq autres femmes qui ont fait des films d’horreur remarquables – puisque c’est la saison.

» Saint Maud

Réalisation : Rose Glass, 2019
Royaume-Uni

Portrait lent et silencieux de la descente dans le délire, le film de Rose Glass suit une jeune infirmière, Maud (Morfydd Clark), qui veille aux soins d’une ancienne danseuse atteinte d’un cancer en phase terminale, Amanda (Jennifer Ehle). Malgré la mauvaise réputation de cette dernière, Maud réussit à se lier d’amitié avec elle, et même à la convertir au christianisme, mais une intervention arrogante de sa part mène Amanda à ne plus lui faire confiance. C’est un film sur la solitude, les traumatismes, et sur le désespoir qui vient avec le fort désir d’être aimé et accepté. Il y a également une exploration intéressante et bien traitée de l’intersection entre les individus atteints de problèmes de santé mentale et le fanatisme religieux, un peu à la Midsommar. Clark, peu connue avant ce rôle, offre une performance prometteuse, à la fois restreinte et expressionniste, qui avec un peu de chance lui assurera d’autres rôles bien mérités dans de futurs films d’horreur.

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» Honeymoon

Réalisation : Leigh Janiak, 2014
États-Unis

Leigh Janiak a gagné en popularité cette année grâce à la trilogie Fear Street, distribuée et disponible sur Netflix, mais ce n’était pas la première fois qu’elle s’essayait avec l’horreur. Honeymoon, son premier long-métrage, suit un jeune couple nouvellement marié, Bea (Rose Leslie) et Paul (Harry Treadaway), qui prennent leurs vacances dans une cabine isolée dans le bois. Ça sonne comme le début de la moitié des films d’horreur existants, mais Janiak réussit à rafraîchir le sujet en créant des métaphores sur les défis du mariage et l’anxiété liée au fait de devenir parents. Dans l’environnement isolé de la cabine, le couple ressent un danger rôder à l’extérieur et pense naïvement que son amour pourra le protéger, mais se rend vite compte que ce n’est pas aussi simple. Alors que Bea a de la difficulté à comprendre les changements par lesquels passe son corps et perd peu à peu son identité (une vision assez sombre de la maternité), Paul se sent aliéné et frustré que sa femme ne puisse lui expliquer ce qu’elle traverse. Malgré quelques trous dans le scénario et une écriture parfois banale, Honeymoon reste un premier film bien exécuté qui vaut la peine d’être découvert.

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» Trouble Every Day

Réalisation : Claire Denis, 2001
France, Allemagne et Japon

De la même Claire Denis qui a réalisé Beau Travail et High Life, voici un thriller érotique avec des cannibales mettant en vedette une jeune Béatrice Dalle. C’est déjà vendeur comme description, mais le film offre tellement plus de choses. Shane (Vincent Gallo) néglige sa femme June (Tricia Vessey) en utilisant leur voyage de noces pour mener une recherche plus ou moins reliée à son emploi. Léo (Alex Descas) essaie tant bien que mal de cacher les crimes commis par Coré (Béatrice Dalle), qu’il aime visiblement beaucoup et qu’il veut protéger. Les deux couples errent et se croisent dans un Paris glauque et sinistre, souvent nuageux, loin de la ville glamour qui inspire tant de rêves et de passion. Portrait tordu du dévouement, exploration du désir charnel poussé au maximum, et analyse critique de la double nature des obsessions (oui, elles donnent un sens à notre vie, mais nous éloignent également de ceux qu’on aime), Trouble Every Day offre plusieurs pistes pour des réflexions sur la vie de couple, enveloppées dans une belle bande sonore et des visuels qui donnent des frissons.

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» Ravenous

Réalisation : Antonia Bird, 1999
Royaume-Uni, États-Unis et République Tchèque

Dans les années 1840, lors de la guerre entre le Mexique et les États-Unis, John Boyd (Guy Pearce) obtient le rang de capitaine après avoir capturé un poste de commandement ennemi par pure chance. Cependant, lorsque son supérieur réalise la lâcheté qui se cache derrière cette victoire, il exile Boyd dans un fort des montagnes californiennes. C’est là qu’il rencontre Colqhoun (Robert Carlyle), un homme qui dit avoir été coincé dans une grotte avec ses compagnons de voyage pendant tellement de temps qu’ils ont dû avoir recours au cannibalisme… mais plus le temps avance, plus Boyd se rend compte que Colqhoun ne dit peut-être pas toute la vérité. Un remarquable hybride de comédie, horreur et western, Ravenous est l’œuvre la plus connue de la réalisatrice britannique Antonia Bird. Elle réussit, en moins de deux heures, à produire une satire sur le colonialisme et le capitalisme qui se cachent derrière le rêve américain. Le message est clair : ce n’est pas tout le monde qui peut avoir une place à la table, et à défaut de ne pas essayer de s’y asseoir, on se fait traiter de lâche. Un film pour ceux et celles qui ont faim d’horreur, mais aussi d’un peu de politique.

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» The Babadook

Réalisation : Jennifer Kent, 2014
Australie

Ça fait un moment qu’on n’a pas entendu parler du magistral premier long-métrage de Jennifer Kent, et ça devait changer. Dans The Babadook, le mariage entre le deuil et l’anxiété d’une mère monoparentale, Amelia (Essie Davis), donne naissance à une présence sinistre qui se cache dans les coins ténébreux de sa maison. Qu’est-ce qui est plus terrifiant : un vrai monstre ou sa situation de vie? Malgré le fait qu’elle fréquente des gens, à son travail ou en dehors de ce dernier, il y a un profond sentiment d’isolation qui entoure Amelia en tout temps. On la croirait seule au monde, accablée de plus en plus par la folie et aux prises avec de doubles sentiments face à sa progéniture – exaspération et amour, rancœur et désir de protéger. Dans une atmosphère visuellement influencée par l’expressionnisme allemand, toutes ses peurs se matérialisent et sortent jouer, la submergeant peu à peu. Le thème de l’indépendance féminine semble beaucoup tracasser Kent, puisqu’il est également au cœur de son deuxième film, The Nightingale. C’est une réalisatrice audacieuse et spooky à découvrir aussitôt que possible.

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Crédits photos : StudioCanal, Magnolia Pictures, Rézo Films/Kinetique/Lot 47, 20th Century Fox, Entertainment One/Umbrella Entertainment

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