Films de la décennie : le meilleur des autres pays partie 1

Plusieurs membres de l’équipe de Cinémaniak ont proposé, compilé et discuté des films qu’ils considèrent comme ceux de la décennie. Pour écouter le dévoilement et les débats entourant le classement, rendez-vous sur la page du balado produit en partenariat avec CISM. Pour cette partie du dossier des films de la décennie, Cinémaniak vous propose la liste des 20 films des autres pays (Argentine, Chili, Colombie, Iran, Israël, Liban, Mexique, Russie et Turquie) qui ont obtenu le meilleur pointage. Voici les positions 20 à 11.

 

POSITION 20

LA DANZA DE LA REALIDAD de ALEJANDRO JODOROWSKI | Chili et France

2013

La danza de la realidad, long-métrage franco-chilien écrit et réalisé par Alejandro Jodorowsky, est le septième film du cinéaste de 92 ans. Sorti en 2013, il a été sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Le long-métrage raconte l’enfance de Jodorowsky à Tocopilla avec ses parents d’une façon qui se trouve ancrée dans la politique, avec l’exclusion des Juifs et la volonté de bannir le communisme et l’homosexualité. Fidèle à lui-même, le cinéaste implique ses intérêts pour les arts visuels et le théâtre, ce qui procure à l’œuvre un onirisme, une extravagance, une originalité et un symbolisme qui propulsent les actions différemment, notamment leur violence, leurs injustices. Il s’agit d’une forme de réalisme magique qui convient moins à La danza de la realidad qu’à Poesia sin fin, sa suite. Le film est intéressant, mais le rattachement entre l’enfance et le style du cinéaste se fait plus difficilement. D’un autre côté, il s’agit de la manière dont Jodorowsky aborde des thématiques telles que la pauvreté, la guerre, la violence d’une façon qui puisse être sienne, qu’il puisse posséder comme un objet puissamment authentique. Il y a des moments précieux mais le tout apparait un peu inégal dans l’évolution de Jodorowsky lui-même, plus concentré sur son père que sur la sienne. Il s’agit bien sûr d’un exercice autobiographique mais son cinéma est mieux appuyé lorsque soutenant des propos plus ancrés dans l’art, la passion, la surenchère. Dans La danza de la realidad, l’apparition littérale du cinéaste semble un peu collée sur le reste du film dans le but de ne pas faire oublier la partie méditative de l’existence. En somme, c’est une expérience déstabilisante qui ne manque pas, comme toujours chez Jodorowsky, d’éveiller les sens, et cette valeur sensorielle vaut à elle seule le détour. – S.L.-T.

 

POSITION 19

EL ABRAZO DE LA SERPIENTE de CIRO GUERRA | Colombie, Vénézuela et Argentine

2015

Premier film représentant la Colombie aux Oscars dans la feu catégorie du meilleur film en langue étrangère (maintenant film International). Il s’était fait voler la statuette dorée par Le fils de Saul. Il s’est également mérité un prix à Sundance et un à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. L’étreinte du serpent ou El abrazo de la serpiente dans son titre original, met en images deux histoires à trente ans d’intervalle de Karamakate, dernier chaman amazonien et seul survivant de son peuple autochtone. Dans ces deux histoires, Karamakate accompagne et guide deux explorateurs au cœur de l’Amazonie à la recherche de la yakruna, une rare fleur qui pousse sur les arbres à caoutchouc. En 1909, Theodor Koch-Grünberg, ethnologue et explorateur allemand mourant de malaria, demande l’aide au chaman, la rarissime fleur pouvant le guérir. La portion du scénario de cette aventure est d’ailleurs basée sur le journal intime de l’explorateur. En 1940, au tour de Richard Evans Schultes, émule de Koch-Grünberg qui s’en-tête à voir la fleur décrite par son maître pour des raisons mercantiles; la fleur permettrait d’éradiquer une maladie qui ravage la culture d’hévéa, les arbres de caoutchouc. Karamakate accepte de l’aider dans l’espoir de lui apprendre à rêver. L’étreinte du serpent est ici double, entre celle des explorateurs et des exploitants. Ciro Guerra a choisit le noir et blanc pour représenter ces deux histoires d’aventures de jungle, aseptisant la densité verte de la végétation, la transformant par le fait même en un espace sombre. Sa caméra flotte au-dessus de cette jungle inquiétante oui, mais riche. Pour les autochtones, la menace c’est l’homme blanc et ce qu’il amène (l’exploitation, la violence, la destruction, la religion). Alors que pour les hommes blancs, la menace c’est la jungle. Ce qui est paradoxal c’est qu’elle est également richesse. El abrazo de la serpiente c’est un homme, une rivière, une plante, une définition diamétralement opposée de ce qu’est la richesse. Une spirituelle (traduite par les rêves et cette caméra incarnée) et une mercantile, occidentale (traduite par cette aseptisation qu’impose le noir et blanc). N’en déplaise à la destruction, les images de Guerra réussissent à rendre justice à la beauté et à la résilience de Karamakate. Une étreinte destructrice, violente, mais belle. – M.-A.L.

 

POSITION 18

LE CLIENT (Forushande) de ASGHAR FARHADI | Iran et France

2016

En 2016, L’iranien Asghar Farhadi remporte à Cannes le prix du scénario et de la meilleure interprétation masculine pour Shahab Hosseyni et en 2017, l’Oscar du meilleur film étranger pour Le client, son deuxième après Une séparation.
Emad, professeur, et Rana forment un jeune couple d’acteurs préparant une représentation de la pièce de théâtre Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller. Contraints de quitter leur appartement du centre de Téhéran sur le point de s’effondrer, ils emménagent dans un nouveau logement occupé précédemment par une prostituée. Mais un jour, un client de l’ancienne locataire pénètre par effraction dans leur appartement. Est-il bien intentionné ? Est-ce une simple erreur de jugement d’être entrer sans avoir vérifier l’identité des habitants? La vie de chacun est en tout cas impacté par cette visite impromptue. Le couple fait parti de la classe moyenne sans en être forcément un modèle, appartenant tous deux au monde de la culture. La pièce de Miller permet au réalisateur de mettre en abîme la société iranienne par le biais de jeux de miroirs. Ainsi, il fait un lien avec son propre pays où l’on détruit tout ce qui est ancien, pour le remplacer par du béton moderne mais sans cachet. Il faut noter que le titre original du film renvoie à celui de la pièce de théâtre alors qu’en anglais, c’est au vendeur et en français au client. Il est alors intéressant de voir qu’en fonction de la culture, le titre change complètement. Néanmoins, l’emphase est mise des deux bords sur l’ancien client de la prostituée. Une manière de mettre en perspective ses actes discutables que le spectateur est amené à juger sans aucune liberté d’interprétation, en raison de la morale imposée par le cinéaste. Avec le temps, cela peut finir par agacer. – A.B.

 
 
POSITION 17

PÁJAROS DE VERANO (Les oiseaux de passage) de CRISTINA GALLEGO et CIRO GUERRA | Colombie, Danemark et Mexique

2018

Dans Birds of Passage ou Les oiseaux de passage ou dans son titre original Pajaros de verano de Cristina Gallego et Ciro Guerra, on détourne en quelques sortes le genre dont on emprunte la trame narrative : les films de trafic de drogues. Tout y est : inspiré d’une histoire vraie, trafic avec les Américains, amitié et trahison, violence, meurtre… tout ça autour de la production de drogues illicites. Mais ce qui démarque le film de Gallego et Guerra ce sont ses personnages. Ils ne sont ni drug lord au sens de Pablo Escobar ni révolutionnaires, ils sont une tribu du peuple autochtone des Wayuu de la province de La Guajira dans le nord de la Colombie. La scène d’ouverture en est une de danse où la jeune Zaina souligne le rituel ancestral du passage à la vie de femme adulte. Entre dans la danse Rapayet pour démontrer son intérêt amoureux. La dot de la jeune femme étant élevée, il joindra force avec Moisés, dans une production et vente de cannabis pour récolter la somme nécessaire à l’acquisition des chèvres, vaches et colliers de bijoux précieux nécessaires pour obtenir la main de Zaina. Nous sommes en 1968. Le reste du film met en scène l’évolution du trafic de Rapayet, de son alliance avec l’autre chef de tribu Wayuu, Anibal, et des répercussions sur la tribu d’origine de sa femme, tribu isolée dans le désert. Dans sa richesse, Rapayet construira un palais (qui donne lieu à des plans magnifiques). Sa façon de faire et de vivre avec sa femme et ses enfants, n’est pas en accord avec la plus traditionnelle Ursula, mère de Zaina. Pourquoi? Principalement parce qu’elle voit l’apparition répétée d’un oiseau au village, prémices de malheur.
Outre la beauté visuelle, le film prend une signature légèrement différente dans chacun des chapitres dont il est constitué. L’apparition de la richesse, incarné ici par le palais d’un blanc immaculé dans un désert venteux, donne lieux à une suite de plan parfaitement cadrés et colorés. Un film qui détourne légèrement un genre lui donnant un souffle (littéralement, il vente toujours en Guajira) avec la touche autochtone et féminine.
En 2018, le film avait fait la shortlist des Oscars, mais n’avait pas réussi à faire comme le film précédent de Guerra L’étreinte du serpent. Le film est coscénarisé par une Québécoise Maria Camila Arias. – M.A.L.

 

POSITION 16

AVA de SADAF FOROUGHI | Iran et Québec

2017

Ava est cette histoire inspirée de la vie de sa réalisatrice. Celle d’une adolescente, enfant unique, en Iran. Un genre de coming of age mais pas nécessairement dans le sens classique des quêtes initiatiques auxquelles l’Occident nous a habituées. Pourquoi principalement pour sa fin. Ava de Sadaf Foroughi est probablement le film que j’admire le plus artistiquement parlant, parce pour son premier film, la réalisatrice nous offre un bijou de précision.
Ava (Mahour Jabbari) est à l’équivalent de l’école secondaire, dans la fleur de l’âge adolescent. Avec ses copines, disons plutôt dans un esprit de compétition, Ava prend le pari qu’elle peut se retrouver avec Nima, le frère d’une amie avec qui elle a des cours de musique, chez lui, seuls. Afin d’arriver à ses fins, elle utilise des techniques classiques pour les adolescents (dire à sa mère qu’elle va pratiquer son violon chez Melody, une amie). En manquant son bus, elle revient en retard chez son amie, se faisant prendre par sa mère en plein mensonge. Les tensions avec la mère étaient déjà palpables, ça n’améliore en rien la distance entre les deux. Pour s’assurer que la condition de sa fille est intacte, Bahar (Bahar Noohian), sa mère, la force à un rendez-vous chez le gynécologue. S’ensuit un entêtement de la part d’Ava à gagner son pari et un resserrement disons plus autoritaire de la part de sa mère. Ce qui démarque le film Ava des autres, c’est cette intelligence de la mise en scène. Les acteurs sont excellents, mais Foroughi utilise tous les éléments de base du langage cinématographique : cadrage, focus et hors focus, profondeur de champ, plans obliques, plongée, réflexion, point de vue, toute l’échelle de plan, la lumière, les faux raccords.
Ava n’est pas tout à fait un coming of age habituel, principalement par son plan final qui nous dit : voici ma vie, je ne peux rien changer. – M.A.L.

 

POSITION 15

EL BOTÓN DE NÁCAR (Le bouton de nacre) de PATRICIO GUZMÁN | Chili, France et Espagne

2015

El boton de nacar est un film documentaire chilien réalisé par Patricio Guzman. C’est le deuxième segment d’une une trilogie amorcée par La nostalgia de la luz et qui se finit sur La cordillèra de los suenos.

Dans ce documentaire, le prolifique metteur en scène continue de questionner les fondements de son pays, le Chili, au moyen d’une poésie visuelle douce et triste à la fois. Il nous offre une plongée abyssale, souvent métaphysique, évoquant le cinéma de Terrence Malick, notamment grâce à des vues aériennes et lancinantes sur la Patagonie et ses multiples paysages. Une corrélation entre les éléments naturels, le cosmos et les différents massacres politiques se dessinent alors à travers un même langage dont le fil conducteur serait l’eau. L’eau, c’est aussi le véhicule naturel qui amena les colons à découvrir, puis à détruire, avant 1880, les Indiens et leur mode de vie ancestral. Le Britannique Robert Fitzroy ramène en Angleterre Jemmy Button, avec trois autres autochtones dans l’intention de les civiliser. On les a surtout déracinés à leur culture pour, une fois bien apatriés, les renvoyer dans leur pays. Le prix à payer pour ce voyage initiatique? Un bouton de nacre en échange de leur identité bafouée. Dès lors, on comprend mieux le rapport que les indigènes entretiennent avec l’eau: une certaine admiration mêlée de crainte.

À la manière de Nuit et brouillard, le réalisateur pratique une reconstruction méthodique, quasi chirurgicale, basée sur les écrits historiques de Marta Ugarte qui laissent entrevoir l’abomination des actes perpétrés ainsi que la torture infligée aux partisans de Salvadore Allende, suite au coup d’état du 11 septembre 1973 par le dictateur Pinochet. Présenté en 2015 au dernier Festival de Berlin, Le bouton de nacre a légitimement mérité l’Ours d’argent du meilleur scénario et le prix du Jury œcuménique. Il puise sa force dans l’opposition constante entre ceux qui vivent avec et ceux qui vivent contre la nature, sans jamais noyer son récit sous un flot de fioritures et d’artifices en tout genre. Avec beaucoup d’humilité, Patricio Guzman fait la lumière sur un passé honteux que l’on a cherché à oublier, sans jamais sombrer dans l’amertume, préférant de loin des paraboles pleines de sens et d’espoir en habillant l’histoire grâce à ce bouton de nacre. Si petit et si ridicule, il ne constitue pour le spectateur qu’une preuve allégorique, déclencheur d’une réflexion sur le souvenir de mémoire, loin des formes conventionnelles propres au documentaire. – A.B.

Voir ce que l’on en avait dit à sa sortie sur les écrans.
 
 
POSITION 14

UNA MUJER FANTÁSTICA de SEBASTIÁN LELIO | Chili

2017

Oscar du meilleur film en langue étrangère, vous avez sûrement entendu parler d’Una mujer fantástica durant les dernières années, notamment parce qu’il est l’un des premiers métrages à offrir le rôle principal à Daniela Vega, première actrice et mannequin ouvertement transgenre au Chili. Plus qu’une héroïne, Sebastián Lelio, cherchait avant tout un guide pour raconter, à Santiago, cette histoire d’amour hors du commun entre Marina et Orlando de 20 ans son aîné. Dans le respect et le partage, ils vivront leur passion au grand jour. Pris d’un malaise en pleine nuit, il décèdera d’une rupture d’anévrisme à 57 ans. Absents de son quotidien depuis plusieurs années, sa femme Sonia et son fils Bruno n’auront de cesse de rabaisser et d’humilier Marina dont les intentions, au vu de sa condition, leur apparaissent forcément vénales. Ainsi, elle devra apprendre cahin–caha à s’armer de patience pour tenter de faire valoir sa peine et sa place au sein d’une société déshumanisée qui lui refuse le droit d’être femme. Dans le film, bon nombre de personnages ont l’esprit inquisiteur à l’égard de Marina, car il leur est insupportable de ne pas savoir son sexe. Cette indiscernabilité lors de leur première rencontre pousse notamment Sonia à l’examiner sous toutes les coutures. D’un simple regard, elle la déshumanise pour en faire un monstre, une aberration de la nature. Mais la vraie monstruosité, c’est la leur, celle qui les pousse à commettre des actes d’une ignominie sans nom. Le simple fait d’être transgenre incite les gens à s’immiscer dans son intimité sans qu’ils y aient été au préalable invités.
Cependant, Marina est au roseau ce que la famille d’Orlando est au chêne. Elle plie parfois sous le poids des quolibets, courbe même l’échine mais elle ne rompt pas, à l’image de cette scène pivot du film où elle affronte un vent extrêmement fort qui tente désespérément de la déraciner du sol. Elle résiste, se fige et défie l’apesanteur, semblable à un danseur de Smooth Criminal (Michael Jackson). In fine, il serait dommage de limiter ce métrage à une curiosité malsaine autour de son actrice principale. Bien plus qu’une fiction avant-gardiste, Una mujer fantástica est avant tout un film d’amour, un film à la philanthropie affichée dont la dimension mystique et hyperbolique imputée à son parcours atypique n’a de fantastique que les utopies projetées sur cette créature qui finit par devenir, sous l’œil de la caméra de Lelio, une femme ordinaire, une femme, tout simplement. – A.B.

Voir ce que l’on en avait dit à sa sortie sur les écrans.

 

POSITION 13

COPIE CONFORME de ABBAS KIAROSTAMI | Iran, France, Italie et Belgique

2010

Copie conforme est un long-métrage franco-belgo-italo-iranien écrit et réalisé par le cinéaste iranien Abbas Kiarostami et mettant en vedette Juliette Binoche et William Shimell. En compétition au Festival de Cannes, le film a récolté le prix d’interprétation féminine, récompensant ainsi la performance de Binoche. Il s’agit de la rencontre entre un auteur dont le dernier livre s’intitule Copie conforme et d’une galeriste, à Toscane. La particularité du film est la trame narrative, alors que l’essence de l’histoire est d’abord présentée comme une rencontre entre deux inconnus qui prend le tournant d’un dialogue entre mari et femme. Le film joue donc sur cette ambiguïté. La matière des conversations entre les deux protagonistes donne lieu à une dynamique particulière, alors qu’ils discutent d’art, de beauté, de relations hommes-femmes, de simplicité et de complexité humaine. Ils restent relativement à la surface de ces sujets, tout en ayant l’air pris dans un dialogue complexe, divergent et dont ils semblent tous deux peu enclins à tolérer les opinions contraires. Ils sont toujours plus en dialogue avec eux-mêmes qu’avec l’autre, faisant état d’une multitude de croyances, les étalant, jamais vraiment sur la même longueur d’onde dans l’échange. Cette bizarrerie est à la fois charmante et étrange. Il s’agit d’un film axé sur les contradictions des personnages, alors qu’ils se disputent sur la signification de l’originalité et de la copie, de l’art et du beau, du livre et de la réalité. Les différentes langues du film (français, anglais et italien) font aussi état de cette absence de communication. Il y a un aspect documentaire dans le fait d’interroger des gens comme si c’était une sorte d’entrevue afin d’avoir une opinion, d’obtenir la phrase parfaite pour appuyer notre point de vue. Il s’agit aussi de se comparer à un autre couple, de vouloir contrôler l’échange et la perception d’un inconnu afin de résoudre l’incompatibilité qui détruit le dialogue. Et la cerise sur le sundae, c’est cette proposition de lecture du film bien différente qui jaillit dans la tête du spectateur lorsque le canular que représente leur couple pourrait n’avoir jamais été un canular. – S.L.-T.

 

POSITION 12

MONOS de ALEJANDRO LANDES | Colombie

2019

Film dramatique psychologique coproduit par les États-Unis et la Colombie et réalisé par Alejandro Landes, Monos raconte l’histoire d’un groupe de jeunes guerriers au sommet d’une montagne isolée qui doivent veiller sur une prisonnière (qu’ils appellent La Doctora) et sur une vache laitière. Plus l’histoire avance, plus les liens entre les adolescents commencent à s’effondrer, laissant place à un climat apocalyptique et déchaîné. Une version colombienne de Sa majesté des mouches de William Golding.
C’est le troisième film du réalisateur. La première a eu lieu au Festival Sundance au début de 2019, où il a obtenu le prix spécial du jury du meilleur film dramatique dans la section internationale. C’était également la sélection colombienne pour la course du long métrage international aux 92ème Oscars.
Landes désigne les personnages adolescents du film comme métaphore pour la Colombie, pays encore jeune qui recherche son identité et où la paix est fragile. Son intention était d’illustrer l’angoisse et le conflit interne plutôt que de susciter de la pitié ou de l’indignation. À cette fin, les personnages sont remplis de dualités, attachants mais également épeurants, confus et instables, mais tout de même remplis de conviction. Leur développement au cours de l’histoire se fait naturellement, de façon convaincante. – A.N.

 

POSITION 11

TAXI TÉHÉRAN de JAFAR PANAHI | Iran

2015

Taxi Téhéran est un film iranien de docufiction dont la prémisse est très simple : le réalisateur lui-même conduit le véhicule titulaire à travers la capitale iranienne et demande d’entendre les histoires de ses passagers sans leur demander de paiement pour ses services de chauffeur.
C’est le huitième long métrage de Jafar Panahi et son troisième depuis sa sortie de prison, puisqu’il a été emprisonné en 2010 pour avoir négativement représenté l’Iran dans ses films. Panahi a reçu une interdiction de réaliser des films pendant vingt ans, et il fait de son mieux pour ne pas la respecter.
Pour un film si minimaliste, dont l’action se passe presque exclusivement dans un véhicule, Taxi Téhéran réussit à toucher énormément de sujets et incite le spectateur à des heures de méditation. Quelques sujets récurrents sont le rôle et la valeur du cinéma dans la société, le climat politique iranien, ainsi que les mécanismes d’adaptation des citoyens iraniens dans une société pauvre et opprimante. On en ressort avec une sympathie profonde pour ce peuple résilient et rebelle et un grand mépris pour leur gouvernement.
Le film a reçu l’Ours d’or au Festival international du film de Berlin en 2015, prix accepté par la nièce de Panahi, puisque ce dernier n’a présentement pas le droit de sortir du pays. Darren Aronofsky, qui était président du jury, a décrit le film comme étant « une lettre d’amour pour le cinéma, remplie d’amour pour son art, sa communauté, son pays et ses spectateurs ». Le gouvernement iranien a à la fois acclamé le film pour son succès international et critiqué la Berlinale pour avoir créé de la confusion en offrant un prix à Panahi. – A.N.  

Voir ce que l’on en avait dit à sa sortie sur les écrans.

 

Cette compilation est une collaboration entre Marc-Antoine Lévesque, Alexandre Blasquez, Sophie Leclair-Tremblay et Anamaria Nistorescu.

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2 commentaire

  1. Ou on peux se procurer le film?

    1. Marc-Antoine Lévesque

      Lequel en particulier? Pour les disponibilités au Québec, je vous conseille ce site : https://ouvoir.ca/

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