Jimmy’s Hall

Un autre pavé dans la mare de l’empire britannique pour Ken Loach avec l’excellent Jimmy’s Hall.

Jimmy’s Hall marque un autre chapitre dans la relation tumultueuse qu’entretient Ken Loach avec l’empire britannique ; relation qu’il a entretenu depuis le tout début de sa carrière jusqu’à aujourd’hui, lorsqu’il appuie notamment les aspirations indépendantistes écossaises. Le réalisateur palmé pour l’excellent The Wind that Shakes the Barley en 2006 nous revient cette année avec un film qui flirt dans les mêmes thématiques que son prédécesseur. En effet, dans Jimmy’s Hall, Loach raconte l’histoire éponyme d’un irlandais activiste déporté sans procès en 1933 pour ses allégeances communistes.

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D’entrée de jeu, on reconnaît le portrait éminemment social qui a fait la marque du réalisateur de Family Life et Sweet Sixteen ; on s’attarde d’abord aux paysans, aux ouvriers, aux hommes et aux femmes normaux qui peuplent ce pays comme ils en façonnent la culture. Comme dans The Wind that Shakes the Barley, Loach nous dresse un portrait intimiste de certains protagonistes pour nous faire découvrir un peuple tout entier. Même si la caméra préfère certain personnage pour les bienfaits dramatiques, d’autres réussissent également à nous extirper quelques larmes par l’intensité de leurs courtes performances. En entremêlant habilement l’intensité dramatique et l’histoire romancée, Loach assume autant son interprétation personnelle de l’histoire que son statut de cinéaste résolument engagé. S’il est parfois manichéen dans son approche comme il en est capable (ses finales en étant toujours l’apogée), la sincérité de son engagement depuis des décennies est remarquable et est indissociable de son approche.

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Avec son film, Loach nous prend toujours autant aux trippes, nous confronte aux injustices, à l’oppression et aux inégalités et il est impossible pour le spectateur de rester insouciant. Comme à l’habitude, il n’est pas ici pour exposer au grand jour ses talents de cinéaste, mais davantage pour mettre de l’avant des vies et des histoires hors normes qui méritent d’être racontées. Il brosse toujours les dichotomies de façon brute et naturelle : paysans vs. bourgeois, clergé vs. communistes… Les cicatrices de la guerre étant encore fraiches, les tensions sont toujours bien palpables au sein de la population. Mais à travers ces naturelles oppositions, les nuances et les subtilités qui complexifient l’ensemble des rapports humains ne sont jamais bien loin. Sa caméra n’est ni observatrice, ni intrusive, mais témoigne de l’intensité des moments sans jamais en perdre une goutte.

Si Jimmy’s Hall ne se retrouvera pas au sommet des chefs-d’œuvres du cinéaste britannique (il a quand même le mérite d’avoir frustré les anglais), il fait néanmoins très bonne figure dans sa filmographie des années 2000. Loach ayant annoncé qu’il s’agit de son dernier film, il peut se targuer d’avoir finit sur une note fort honorable qui mettra terme à une carrière exceptionnelle.

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