Entretien avec les frères Malandrin

Vendredi 13 novembre, Justin avait rendez-vous avec les frères Malandrin qui présentaient dans le cadre du festival Cinemania, leur dernier long métrage, Je suis mort mais j’ai des amis ! Les réalisateurs belges, qui ont réalisé il y a six ans le très bon Où est la main de l’homme sans tête changent littéralement de registre pour s’aventurer dans la comédie loufoque partiellement tournée au Québec ! Entretien !

En attendant l’arrivée des deux cinéastes belges, je prépare mes questions et mon carnet de notes dans une luxueuse chambre d’hôtel dans le somptueux Sofitel classé cinq étoiles situé au centre-ville de Montréal. En rentrant dans la chambre, les deux frères étaient tout sourire et de bonne mine, heureusement pour moi! Ces derniers sont à Montréal pour présenter leur plus récent long métrage dans le cadre du Festival Cinemania qui s’est déroulé du 5 au 15 novembre. Je suis mort, mais j’ai des amis est le deuxième film réalisé par Stéphane et Guillaume Malandrin après leur drame psychologique Où est la main de l’homme sans tête (2009). Leur récente comédie, mettant en vedette Bouli Lanners, Wim Wilaert et Lyves Salem, raconte l’aventure d’un groupe rockeurs belges cinquantenaires farfelus qui grattent leurs guitares dans les bars, préparant une tournée américaine espérée de longue date. Mais leur chanteur meurt accidentellement après une soirée bien arrosée. Que faire? Emporter ses cendres dans l’avion? Après un atterrissage forcé à Sept-Îles, nos joyeux lurons voient leurs plans prendre un détour imprévu par la brousse du Grand Nord québécois lorsqu’ils s’embarquent pour un périple de 12 heures de train… jusqu’à Schefferville!

Suite au visionnement de ce road movie joyeusement absurde qui est à la fois bizarre et hilarant, j’en ai profité pour poser quelques questions aux coréalisateurs concernant leur processus de repérage, inspirations et leur récent film bien sûr!

Justin_et_les_freres_malandrin

JC: Nous savons comment vos personnages se sont retrouvés au Nord du Québec, mais j’aimerais savoir comment vous vous êtes retrouvés à tourner dans le territoire des Premières Nations?

C’est à partir d’une anecdote que l’idée est venue. J’étais (Stéphane) en avion en direction de Los Angeles quand l’avion a dû atterrir pour des mesures de sécurité à Churchill, une toute petite ville au Manitoba dans le territoire canadien. En réalité, un billet Montréal/ Churchill, ça coûte environ 4000 dollars, et il fait -50 toute l’année. Nous avons donc jeté notre dévolu sur un endroit moins extrême – financièrement et climatiquement ! Nous avons donc fait un repérage dans le nord du Québec et on a trouvé une toute petite ville (Schefferville) au milieu de nulle part qui nous plaisait énormément (environ 600 km de Montréal). On aimait beaucoup cette rencontre entre la musique rock et le cinéma, ce rêve américain qui est embouteillé par la malchance des personnages. Systématiquement, de la première scène à la dernière, ils sont toujours empêchés de faire ce qu’ils veulent par les circonstances. Toutes les promesses qui sont posées ne sont jamais tenues.

JC: Dans l’une des scènes du film, nous retrouvons Didier Lucien, un comédien bien connu dans le milieu québécois, comment êtres-vous entré en contact avec lui?

En fait, nous n’avons jamais rencontré Didier en face à face. Nous l’avions remarqué dans un film québécois dont le nom nous échappe et du coup, on l’a trouvé extrêmement marrant. On s’est dit qu’il serait parfait pour le rôle du directeur des opérations de l’aéroport de Sept-Îles et puisque c’est une scène qui l’a fait bien rire, il a tout de suite accepté. La scène a été faite par Skype et a duré une matinée complète.

*Ils ont rencontré Didier Lucien lors de la présentation de leur film à Montréal

Je suis mort mais j'ai des amis

JC: La musique punk faisait-elle partie de votre culture quand vous étiez jeune?

Pas vraiment, on s’est inspiré d’amis dans leurs cinquantaines qui ont exactement la même attitude que nos personnages dans le film. De plus, ils font partie d’un groupe punk. Notre intention était de mettre à l’écran des vieux bonshommes qui n’ont jamais grandi, c’est-à-dire qu’ils sont restés dans l’esprit juvénile. Ils veulent faire de la musique toutes leurs vies et ne s’en tiennent que pour ça. Aussi, on avait envie de faire un film linéaire, solaire. Bref, une comédie. On avait envie de parler de nos amis, de personnes que l’on connaît qui ressemblent un peu à nos personnages. Ça a été notre première source d’inspiration pour l’écriture.Au bout du compte, on voulait écrire une histoire d’amitié, s’inspirer de choses que l’on connaissait.

 

JC: Qui est l’autochtone∕narrateur au cours du film?

Au tout début, nous avions l’intention de donner le rôle à Pete Best (le vrai), « l’homme le plus malchanceux du monde » selon les cinéastes et l’ancien batteur des Beatles qui a été remplacé par nul autre que Ringo Starr, mais finalement l’apparition de Pete Best ne s’est jamais produit. À notre arrivée à Schefferville, on a déniché ce chaman innu, très charmant, bien connu chez les Premières Nations et qui est d’ailleurs décédé pendant le processus du montage. De plus, il ne parlait aucun mot en français, mais pour lui ce fut un plaisir de tourner quelques scènes humoristiques pour notre film.

JC: Est-ce que vous aviez eu l’intention, au départ, d’utiliser la trame sonore « Love me do » des Beatles?

Oui, mais avec les coûts qui venaient avec c’était impossible de l’utiliser dans notre film. Même la fredonner était carrément interdit, car ça coûtait environ 25 000 euros! La faire jouer pendant 5 à 10 secondes coûtait 25 000 euros de plus, donc pour un grand total de 50 000 euros. En plus, nous avions tourné une super scène avec Wim Willhaert que nous ne pouvions pas évidemment utiliser en raison des droits d’auteur.

 

JC: Quelles ont été vos inspirations qui ont façonné votre cinéma?

On s’est beaucoup inspiré du Burlesque de Charlie Chaplin, de Buster Keaton et de Jacques Tati. Également, on adore les œuvres des coréalisateurs américains Joel et Ethan Coen, surtout pour ce film. On aime beaucoup les classiques de David Lynch et Stanley Kubrick, en particulier The shining. Sinon, entre 18 et 25 ans, il y avait Casanova de Federico Fellini. On adore aussi le cinéma de Quentin Tarantino.

 Je suis mort mais j'ai des amis2

JC: Je remarque dans la bande sonore du film, le nom du label Born bad records, pouvez-vous expliquer leur rôle dans le film?

C’est un très chouette type qui se nomme Jean-Baptiste Guillot surnommé JB Wizz, qui produit et réédite la musique punk exclusivement francophone. Auparavant, il travaillait chez Universal records mais il en avait complètement marre, donc du coup, il a commencé à travailler de façon indépendante et il a fondé le label rock indépendant français Born bad records. C’est un punk qui arbore véritablement la culture et qui fait son travail en solitaire. On a utilisé plusieurs morceaux existants dans notre bande originale et on en naviguant sur le site de Born bad records, on peut écouter gratuitement ces trames musicales en intégralité. Donc, on y retrouve beaucoup de matériel alléchant.

JC: Est-ce que je me trompe si je dis que le personnage Dany, amant du chanteur défunt du groupe punk, incarné par l’acteur franco-algérien Lyves Salem, est le sosie de Freddy Mercury?

Effectivement, nous nous sommes énormément inspirés de l’ancien chanteur de Queen, plus particulièrement sa moustache qui fait tout son charme!

JC: Ils rajoutent en plus : ce qui nous plaisait, c’était de ne pas stigmatiser ce personnage parce qu’il est homosexuel, de ne pas le stigmatiser parce qu’il est arabe. La seule stigmatisation qu’on se soit permis, c’est qu’il soit militaire. Ça nous intéressait de ne rien faire de ses minorités. On n’arrête pas de cliver la société, de mettre tout le monde dans des petites cases. Nous, on voulait un peu embrouiller tout ça.

 

JC: Est-ce que les autochtones ont été employés en tant qu’acteurs non professionnels?

Ouais, ce sont effectivement des acteurs non professionnels recrutés sur place. On a eu beaucoup de plaisir à tourner avec eux!  Là-bas, nous avons rencontré par chance un Innu qui était batteur, exactement ce qu’il nous fallait pour la scène finale du film, et c’est lui qui nous a aidés à aborder cette communauté ordinaire très fermée. C’est comme ça notamment que l’on a rencontré Marie-Renée Andrée, qui incarne la femme que Bouli rencontre dans le train.

 Auteur: Justin Charbonneau

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