Avant qu’on explose : La fureur de vivre avant de mourir

Québec, 2019.
Note: ★★★ 1/2

Le film s’ouvre. Au milieu de la mer, un missile sous-marin se dirige droit vers une embarcation nord-coréenne. Ses passagers ne peuvent rien y faire, ils vont exploser. Scène suivante. À Baie Saint-Paul, Pier-Luc, seize ans, se masturbe, crie de douleur, il se « pète le frein ». À l’école, la douleur de l’accident matinal se mêle à l’angoisse de voir partout aux nouvelles l’annonce d’une possible troisième guerre mondiale résultant de l’attaque de la nuit. Suffit la masturbation, si c’est pour être la guerre, si Baie Saint-Paul est pour exploser comme le sous-marin nord-coréen, si l’on est pour tous mourir, Pier-Luc doit vivre quelques expériences avant la fin, il doit perdre sa virginité. Ses deux inséparables amis seront là pour l’épauler dans cette tâche ardue, lui qui ne jouit pas de la plus glorieuse réputation auprès des filles de son école secondaire.

Crédit photo: Eric Myre

Rémi St-Michel à la réalisation et Éric K. Boulianne au scénario s’inspirent de comédies américaines à la Superbad (2007), The 40 Year Old Virgin (2005) ou American Pie (1999), des films populaires, à l’humour cru, dont les héros ont pour objectif de perdre leur virginité. Ce faisant, ils se mettent dans des situations toutes plus embarrassantes les unes que les autres. Si le genre est saturé chez nos voisins du Sud, il s’agit par contre d’une première dans notre cinématographie nationale.

Humour salace, histoire de perte de virginité, trio d’amis inséparables, le scénariste va s’en approprier les codes. Heureusement, il va également s’en détourner en évacuant une certaine dose de mauvais goût, en s’éloignant des stéréotypes discutables du genre, pour y introduire des nuances bienvenues, y apporter de la gravité et livrer un message pertinent.

Si l’on pouvait d’abord le croire, la vision du sexe dans Avant qu’on explose n’est pas centrée sur l’objectification de la femme. Le scénariste a une vision du sexe équilibrée qui ne tombe pas dans la vulgarité inhérente au genre ni dans le romantisme idéalisé trop mielleux ou bon enfant qui ne serait pas nécessairement une meilleure représentation.

Crédit photo: Eric Myre

Avec ce film, le scénariste avait principalement quelque chose à dire sur les angoisses adolescentes liées aux humiliations telles les rumeurs, les réputations, la masculinité, la sexualité et évidemment la fameuse virginité. Belle originalité du scénario, sur fond d’anticipation de troisième guerre mondiale, les angoisses et humiliations du protagoniste sont mises en parallèle avec la mort, la fin du monde. Une hyperbole très en phase avec l’âge du héros alors que les préoccupations adolescentes sont au comble, avant de paraître exagérées avec le recul. L’absence totale de parents dans le film accentue l’idée de l’adolescent laissé complètement à lui-même, naïf, ignorant et dangereusement influençable, sans protection contre les idées irrationnelles dont il est la proie.

La réalisation de St-Michel s’accorde également avec cette idée d’angoisse. Lors des moments de panique, sa caméra se resserre en gros plan sur le visage de son héros, interprété de façon très juste par Étienne Galloy, et le son entre en distorsion, de manière à bien nous faire ressentir le trouble qui affaiblit l’esprit du jeune homme.

La fin du film suggère qu’il faut se libérer de ses angoisses, qui ont souvent un lien avec un traumatisme passé, en les affrontant, pour pouvoir réfléchir et avancer de façon plus saine, être capable de regarder au loin les humiliations qui continueront inévitablement de s’abattre sur nous en se disant que ça va bien aller.

Durée: 1h48

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