Avant les rues: le remède autochtone

Menée par une distribution d’acteurs non-professionnels, le premier long métrage de Chloé Leriche, Avant les Rues, est une étude anthropologique sur la culpabilité et la rédemption d’un jeune homme atikamekw.  ♥♥♥

Un cambriolage qui a mal tourné dans la réserve de Manawan, territoire des Premières nations, envoie un jeune homme d’Atikamekw dans une profonde réflexion sur soi; un regard anthropologique rarement vu dans un film de fiction de ce genre. En collaboration avec trois communautés atikamekws du Québec, Avant les Rues est le fruit de la cinéaste Chloé Leriche, qui a écrit, dirigée, montée et produit ce film. Elle est la montée d’une nouvelle voix prometteuse au sein du cinéma d’auteur québécois. Par contre, le sujet solennel sera difficile à vendre à un public plus large, mais ceux qui s’intéressent aux enjeux des peuples autochtones seront servis par ce long métrage.

Shawnouk (Rykko Bellemare) est un jeune homme sans véritable ambition. Il est indifférent face au monde qui l’entoure, et sa vie à la maison est dominée par des interactions hargneuses notamment par son père adoptif (Jacques Newashish). Un soir, Shawnouk est séduit par une offre alléchante de la part d’un étranger québécois (Martin Dubreuil). Ce dernier lui propose de cambrioler des maisons vides appartenant prétendument à des gens riches. Mais lorsque le propriétaire d’une maison revient tard pendant la nuit, le partenaire de Shawnouk sort son revolver, menaçant ainsi l’individu, cependant Shawnouk tente d’empêcher l’homme de tirer sur la gâchette, mais un coup de feu accidentel tue le malfaiteur.

Avant les Rues

Avant les Rues: Auto-guérison par la spiritualité indigène

Réticent à faire face à la musique, Shawnouk prend la fuite dans la vaste forêt ; par la suite, son arc émotionnel est essentiellement celui de la peur, la culpabilité et, enfin , le rachat par des moyens traditionnels autochtones. Toutefois, le film évite légèrement la question de savoir si un citoyen canadien, peu importe son patrimoine, peut vraiment se décharger de toute responsabilité pour une mise à mort accidentelle en engageant, mais sincèrement, dans un nettoyage spirituel indigène. Tout comme Le Deppremier long métrage de Sonia Bonspille Boileau, Leriche explore à profusion la culture autochtone à travers le cinéma de fiction.

Leriche affiche un talent naturel pour évoquer les conditions de vie de milieux défavorisés. Elle saisit la saveur de la vie atikamekw moderne autant que possible. Par l’entremise de gros plans, Leriche capte attentivement les détails tels que des téléphones portables à bon marché, la saleté sous les ongles et les métiers traditionnels des tribus autochtones. En plus, le scénario malléable et retravaillé permet de capter autant que possible l’authenticité de la vie dans les réserves.

À noter que ceci est le premier long métrage dramatique filmé dans la langue atikamekw, et les recherches de Leriche sont au-delà de tout reproche. Par contre, un peu plus de vigueur dans le département de la narration aurait été souhaitable, car au-delà de quelques faits saillants dramatiques, il y a un manque notable dans le resserrement de l’histoire.

Filmé en 31 jours avec une petite équipe de tournage, le film bénéficie d’une technologie impressionnante compte tenu de son faible budget, avec une cinématographie somptueuse et un mixage sonore bien muselé. La nuit dans la forêt est particulièrement bien évoquée avec le roucoulement des pigeons, le chant des insectes et l’appel d’un hibou.

Sa lente stimulation, son ton respectueux et son approche naturaliste du film ne seront pas au goût de tout le monde, mais ce premier long métrage devrait assurer le financement d’un deuxième film pour Chloé Leriche, qui nous offre ici une belle surprise avec une oeuvre très mature, mais surtout honorable.

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