Combien de réalisateur peuvent se vanter d’avoir réalisé un film qui changea le cinéma, un film qui marque assez pour y voir un avant et un après sur la production cinématographique et un film qui réussit après des années à garder toujours le même aura, la même fascination… Alain Resnais aurait pu se vanter d’en avoir réalisé au moins trois : Nuit et Brouillard, Hiroshima mon amour et L’année dernière à Marienbad. Dans la carrière d’Alain Resnais, il y a trois périodes majeurs: la première est une période d’expérimentation technique et de courts-métrages. Un court-métrage documentaire, Le Chant de la Styrène, commandé par Péchiney, une compagnie de plastique, est devenu entre ses mains un poème visuelle, une synthèse de 10 années de courts-métrages, une période durant laquel il perfectionna son utilisation des travellings qui seront caractéristique de ses premières longs.
Durant cette première période il réalisa en 1955 Nuit et Brouillard, l’un des premiers documentaires à traiter directement des camps concentration et qui ose montrer au public les camps. Resnais avoua en entrevue avoir excepté la commande pour passer un commentaire sur le situation qui se dégradait en Algérie, c’est pourquoi dans la narration on parle de déportés et non de juifs…
En 1955, le nom de Resnais apparait au générique d’un autre film marquant, il est en charge du montage de La pointe Courte d’Agnès Varda. Film qui est considéré aujourd’hui comme l’un des premières prémices de ce que sera la Nouvelle Vague.
En 1959, c’est le début de la deuxième période, celle des premiers longs métrages. Un période marqué par un questionnement sur la mémoire, les traumatismes (Hiroshima, mon amour, Muriel, La guerre est fini) et l’oubli (L’année dernière à Marienbad).
En 1983, après quelques films grandes réussites (Providence, Mon Oncle d’Amérique) qui n’ont pas de lien particulier entre eux, débute une troisième période qui nous mène à aujourd’hui. Durant cette période, il crée alentour de lui une troupe de comédien qui seront de fidèle collaborateur jusqu’à la fin, Sabine Azéma, André Dussolier, Pierre Arditti (déjà du générique de Mon Oncle d’Amérique) auquel se joint pour deux ou trois films les Fanny Ardant, Jean-Pierre Bacri, Lambert Wilson…
C’est cette troisième période que son oeuvre sera le plus prisé: On Connait La Chanson et Smoking/No Smoking remporte le César du Meilleur film avec celui du meilleur réalisateur pour Smoking/No Smoking, doublé du prix Louis Delluc pour les deux films; Coeurs remporte un prix spécial à Cannes et le prix de la Presse Film aux Européen Film Awards; l’académie Lumière récompense sont travail de réalisateur pour Pas sur la bouche.
Son dernier film, Aimer, Boire et Chanter, venait de remporter le prix de la presse au dernier festival de Berlin. Le film mets en vedette les fidèles Sabine Azéma et André Dussolier. Ce n’est pas seulement un réalisateur talenteux, mais un monstre sacré, un monument qui nos à quitter aujourd’hui.

