Victoria : La dernière séquence

Tourné en un seul plan d’une durée de 138 minutes, Victoria, troisième long métrage du cinéaste allemand Sebastian Schipper, est un exploit technique qui parvient, en outre, à composer un récit vigoureux, aux sens multiples, articulés par des personnages vifs et authentiques, tous interprétés avec brio. ♥♥♥½ Récemment arrivée de Madrid pour s’installer à Berlin, Victoria (Laia Costa) désire profiter de la vie. Décidant de sortir faire la fête dans une discothèque, elle fait la connaissance de Sonne ( Frederick Lau), Boxeur ( Franz Rogowski), Blinker (Burak Yigit) et Fuss (Max Mauff). Rapidement séduite par Sonne, elle accepte leur invitation de poursuivre la soirée en leur compagnie. Alcool et drogue coulent à flots et l’ambiance est au rendez-vous. Les choses évoluent mal lorsque Boxeur est forcé de rendre service à un criminel qui lui avait offert son aide en prison. La nuit prend alors une tournure bien différente et ce qui semblait séduisant au départ, tourne vite au cauchemar.

Suivre la nouvelle tendance

Force est d’admettre que le plan-séquence est à la mode ces temps-ci, depuis que Birdman a été couronné aux derniers oscars, tout le monde semble vouloir imiter ce modèle qui a tant fasciné le public. Victoria fait partie de ce nouveau sous-genre de film qui éblouit par son ardeur technique. Bien que le procédé en vogue soit impressionnant, quand est-il de son récit et ses personnages?

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Récipiendaire de l’Ours d’argent de la meilleure contribution artistique au dernier festival international du film de Berlin, le spectateur suit la soirée de Victoria qui tourne peu à peu en un cauchemar irréversible. Ce personnage titre, qui n’a pas froid aux yeux, est magnifiquement interprété par la jeune espagnole Laia Costa. Par l’entremise de sa caméra observatrice, Schipper possède son héroïne qui se trémousse dans un souterrain d’une boîte de nuit, tout juste avant qu’elle rejoigne un groupe d’étrangers louches, mais sympathiques dans les couloirs sombres de Berlin.

Cette troupe, envahie par le sentiment de liberté juvénile et candide, a cette tendance de s’engouffrer dans l’excès et multiplie les décisions douteuses: se retrouvant derrière le volant d’une voiture volée, sur le toit d’un immeuble à fumer du pot, à narguer les policiers et ainsi de suite. En plus d’être d’une naïveté inconditionnelle, Victoria n’est pas très brillante et ses nouveaux amis semblent encore plus arriérés. Malgré la défectuosité évidente des personnages, une scène clé au premier tiers du récit, celle du piano, amène une nouvelle dimension qui fraternise les individus, dévoilant une histoire d’amour légère et parsemée d’humour.

 

Un film piqué par une dose d’adrénaline

 

À partir de ce moment, le fil narratif se déchaîne promptement et la mise en scène, injectée par une dose d’adrénaline, prend le dessus créant une tension artérielle en crescendo. La caméra effleure les corps, se mêlant dans l’environnement hostile, formant un climat fébrile et révélateur. Évidemment, il est difficile d’assurer une balance immuable de 138 minutes, et ce, malgré quelques scènes spectaculaires qui rehaussent les émotions fortes, Victoria est un film inégal qui fonctionne par moments fort. Des scènes totalement rocambolesques et une conclusion qui s’étire inutilement n’épaulent pas la vérité que l’œuvre veut transmettre.

 

Sans égaler les classiques (L’arche russe, Birdman) qui ont inspiré Victoria, ce film s’avère un divertissement sous tension, dont l’intrigue traditionnelle, qui rappelle sans équivoque les œuvres de Gaspar Noé, est dissimulée derrière une technique prodigieuse et un jeu d’acteurs d’un naturalisme inébranlable.

 

Cela étant dit, Victoria est une prise de conscience qu’il n’y a pas de nouvelles histoires, seulement de nouvelles manières de les raconter.

Auteur: Justin Charbonneau

Ouvoir.ca

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