Thou Wast Mild and Lovely (A Cappella)

Malgré quelques écueils, un film qui suggère de belles promesses. ♥♥♥

Thou Wast Mild and Lovely se veut une espèce de suspense psychologique en semblant de huit clos saupoudré d’horreur et de sexualité au-dessus duquel pourrait planer autant l’ombre de Terrence Malick et Bruno Dumont que celle de Tobe Hopper.. voilà en bref un film qui échappe à toutes les définitions et à toutes les contraintes !

On nous présente Akin qui vient travailler sur la ferme de Jeremiah. On ne sait pratiquement rien de son passé ou de ses motivations, se concentrant sur la relation qu’il développe avec le patriarche et sa fille, Sarah. Cette dernière sera entraînée dans un jeu de séduction plutôt glauque avec Akin sous l’œil menaçant du patriarche et quand la femme de Akin débarque à la ferme, tout bascule…

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La très grande force réside dans la progression dramatique parfaitement maitrisée par une approche formelle totalement éclatée. Le film ne nous dévoile que l’instant présent (voir moins, via une utilisation judicieuse du hors champ); jamais on ne recule ou on ne se projette en avant. Impossible pour le spectateur de se former des repères narratifs sur les intentions du réalisateur ou les motivations et le passé des personnages. Rapidement, nous comprenons que tout peu arriver dans ce huit-clos agricole où tous les personnages et comportements sont permis. La réalisatrice en est parfaitement consciente et cet état de constante instabilité dérangeant pour le spectateur est savamment exploité via une mise en scène de première force.

La caméra de la réalisatrice est en effet des plus mobile; tournoyant sans cesse autour des personnages, les enfermant à l’aide de gros plans étouffants autant pour les personnages que le spectateur qui sont l’un et l’autre à sa merci. Les personnages ne savent pas comment réagir l’un face à l’autre et le spectateur est dans la même situation face à eux. Par contre, malgré l’audace et la maitrise dont fait preuve la réalisatrice, on ne peut s’empêcher de trouver par moment que le goût de trop en mettre et un certain narcissisme la force à se faire inutilement trop présente.

Cela dit, Joe Swanberg, entre plusieurs films en tant que réalisateur/acteur tous réussi, à trouver le moyen de jouer le rôle principal dans ce film de manière brillante. Taciturne et très peu bavard, il livre la marchandise avec brio dans un rôle où il représente exactement le contraire du mouvement qu’il a contribué à créer en bonne part. Le film est certes exigeant tant il échappe aux catégorisations et lectures du spectateur, non pas dénué d’écueils (le dernier tiers ne manque pas d’étonner et les limites de l’approche préconisée se font malheureusement cruellement sentir), mais l’approche et la maîtrise font que ce film force l’admiration et mérite le détour.

 

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