Steve Jobs: Des méthodes décriées ?

Faux biopic autour du mythe Steve Jobs. Une réalisation qui éclabousse le spectateur par son éclat ♥♥♥½

En 1984, le Macintosh est sur le point d’être révélé au grand public.


Quelques pépins techniques enragent son co-créateur Steve Jobs qui n’hésite pas à le faire savoir à ses employés. Sa fidèle directrice marketing tente de gérer le peu de temps qui lui reste avant le dévoilement. Entre son associé et son patron, tout le monde semble vouloir lui parler. Principalement son ancienne amoureuse qui débarque pour lui demander une pension afin de subvenir aux besoins de leur fille que Steve Jobs n’a toujours pas reconnue…..

On l’attendait depuis plusieurs semaines, depuis ces premières images d’un Michael Fassbender incroyable de ressemblance avec le réel Steve Jobs. Et depuis quelques jours, certains critiques dans la presse américaine annonçaient ici et là cette nouvelle réalisation comme le film de l’année, le nouveau Social Network

En sachant que la précédente adaptation concernant l’ancien leader d’Apple avait été un échec (Jobs avec Ashton Kutcher), le résultat final signé Danny Boyle serait-il finalement à la hauteur ?

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A vrai dire, son adaptation kaleidoscope n’est en fait pas véritable biopic, car le récit s’arrête sur trois moments dans la vie du bonhomme, trois moments que l’équipe de production jugea forcement pertinente d’étudier…et qu’elle proposa au génial réalisateur anglais afin qu’il en fasse une représentation forcément subjective !

Dès les premières minutes du long métrage, nous voici en 1984, à quelques secondes d’une présentation, le lancement du premier Mac. Et dès ce début sur les chapeaux de roue, dialogues qui fusent et mise en scène brillante en mettront plein la vue au spectateur. Pour exemple les deux premiers dialogues: « L’univers entier a été créé en une semaine » lance Steve Jobs à Andy Hertzfeld…et lui de répondre: « Il faudra nous expliquer comment tu t’y es pris alors » ! Ambiance !

Les dialogues de Sorkin sont fins, bien sentis et peuplent le long métrage de façon incroyable.

D’ailleurs, qu’on ait été fan de l’homme (Steve Jobs) ou son détracteur, qu’on croit en cette version des faits ou non, Steve Jobs met tout le monde d’accord et embarque, sur le même bateau, hommes femmes enfants….un grand merci à l’écriture qui permet à l’ensemble de bien doser réalisme avec humour et fluidité.

 

La suite du film emmène le spectateur vers deux autres moments clés dans la vie de Jobs : Le lancement raté de l’ordinateur NeXT en 1988 et celui du premier iMac en 1998, chaque moment établissant comme un chapitre du film mais aussi dans la carrière du brillant homme d’affaires.

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Boyle, considéré comme un véritable artiste depuis le succès mainstream de son Slumdog Millionnaire, s’amuse même avec ses trois chapitres à nous donner trois tonalités bien différentes afin de retranscrire les époques au mieux. Si la première partie de 1984 filmée en 16mm est facilement perceptible, les deux autres sont plus discrètes (1988 étant filmée en 35mm et 1998 en numérique). Outre ce choix artistique, il s’amuse avec sa caméra qui danse, virevolte et s’efface parfois (certes rarement) dans les coulisses des théâtres. Il y a fort à parier que Birdman ait donné quelques idées au réalisateur anglais tant certains moments du film rappellent l’oscarisé de cette année.

Boyle pousse encore plus loin l’arrogance (et donc forcément rejoint la proximité de Birdman) en proposant trois chapitres assez identiques avec les six mêmes personnages, voulant ainsi créer une métaphore personnelle au demeurant assez cruelle.

S’il est incroyable de technicité, le long métrage de Danny Boyle a le mérite de poser des questions intéressantes…comme la possibilité d’attraction vers un homme aux procédures très rigides; le charisme des leaders malgré leur cruauté : « Le roseau plie mais ne rompt pas » disait La Fontaine…Ce long métrage peut-être analysé par bien des psychologues ou responsables RH afin de prouver une démonstration

Ici Michael Fassbender est tellement incroyable de réalisme dans ses émotions qu’il semble avoir pris des cours pendant des semaines avec Steve Jobs lui-même.

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Quelques petits éléments réduisent toutefois le dernier film du réalisateur :

Le problème avec les choix de mise-en-scène (et trois chapitres plutôt similaires) c’est que le film donne l’impression d’être un perpétuel prologue, comme une présentation qui ne viendra jamais avec une musique d’introduction qui avance crescendo et finit par taper légèrement sur les nerfs.

En outre, si les dialogues du film sont incessants (on est à deux doigts de se dire que Boyle a dû être subjugué par Jesse Eisenberg dans Social Network), vient un moment durant le développement de l’intrigue où le cerveau finit par lâcher. Tellement d’informations sont envoyées de manière quasi-systématique qu’il devient difficile de ne pas être relégué dans le fonds. Il faut dire que Sorkin est un spécialiste du walk and talk, à savoir des plans séquences interminables où les personnages se parlent tout en avançant….Aussi, plutôt que d’apprécier les dialogues et effets humoristiques comme dans la première partie, le spectateur finit tant bien que mal par essayer de ne pas en perdre une miette pour plus tard.

Alors bien sûr, Michael Fassbender est, comme on l’attendait, formidable et devrait obtenir au minimum une nomination aux Oscars. En outre, le retour sur grand écran de Kate Winslet est relativement jouissif même si elle passe la majeure partie de son temps à donner l’heure; Les deux faisant le film bien entendu. Mais à force de vouloir éblouir le spectateur, Boyle en fait sans doute un peu trop, espérant bien entendu entrer dans la légende ce que le film fera sans doute avec le bénéfice du temps.

« Les musiciens jouent d’un instrument. Moi je joue de l’orchestre! »

Ouvoir.ca

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