Goodnight Mommy: sur les traces d’Haneke

Goodnight Mommy, long métrage autrichiens fortement inspiré de Michael Haneke réserve quelques chocs assez violents; l’histoire d’une femme enveloppée de bandages et de ses deux fils jumeaux potentiellement vengeurs….♥♥♥

Veronika Franz, journaliste et épouse du réalisateur autrichien Ulrich Seidl (la trilogie Paradis), fait ses débuts en co-réalisant avec Severin Fiala ce film d’horreur froid, angulaire et ultra-violent qui a été présenté pour la première fois au festival de Venise en 2014. En plus d’être crédité comme réalisateur, Seidl agit également en tant que producteur de ce suspense psychologique, et le résultat est techniquement efficace. Il est parfois même difficile de regarder ce jeu de calvaire dans cette élégante mise en scène située au bord de la mer et entouré par les arbres et les champs. Tout est mis-en-scène avec une tournure psychologique de grande envergure, et la fin semble même influencée par un cinéaste très spécifique et même plus particulièrement par un film très spécifique. Sans forcément en dévoiler le détail, Goodnight Mommy est toutefois très généralement comparable aux films Funny games de Michael Haneke et Hotel de Jessica Hausner.

Elias (Elias Schwarz) est un garçon de neuf ans qui semble apprécier un été idyllique dans une maison au bord de l’eau avec son frère jumeau Lukas (Lukas Schwarz). On peut voir la paire batifoler gaiement autour de la campagne. On ne se soucie aucunement de leurs intentions, mais c’est seulement lorsqu’ils se retrouvent entre les murs de la demeure que les choses deviennent plus acerbes.  Il ne semble pas y avoir de père dans les alentours (du moins, c’est ce que le film nous fait croire), et leur mère (Susanne Wuest), une animatrice de télévision, est une personne au tempérament court et strict. Par contre, il y a une bonne raison pour cela: elle se remet d’une chirurgie. Son visage est couvert de bandages, lui donnant, à première vue, l’apparence d’un squelette.

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Est-ce une chirurgie esthétique ou bien autre chose? D’une manière ou d’une autre, Elias se méfie démesurément d’elle et a même peur de sa mère. La nouvelle apparence de cette dernière semble instaurer une mise en situation plutôt étrange. Par exemple, elle refuse catégoriquement de parler à Lukas et interdit à Elias de parler à celui-ci. Elias demande instamment à son frère, en privé, de présenter des excuses — mais pour quelle raison, il n’a pourtant rien fait de grave? Chaque minute qui s’écoule renforce le mystère et le malaise de cette positon nébuleuse. Les tendances bizarres des deux garçons (comme  jouer avec un réservoir rempli de cafards ou manier une arbalète armée) n’aident guère à éclaircir le secret de cette famille désunie.

Le spectateur assiste au résultat terrible d’une pensée paranoïaque entrer dans les têtes des fils. Ils ne reconnaissent plus la gentille mère qu’ils ont connue auparavant, la maman qui, autrefois, aimait leur chanter une berceuse. Même la tache de naissance a été retirée de son visage, un aspect identitaire qui semble définitif pour les jumeaux. Comme ils sont presque identiques, ces derniers attachent beaucoup d’importance à de petits détails comme celui-ci. Par une série de moyens sordides, les deux frères vont tenter de dénicher la vérité derrière la transformation de leur nouvelle mère.  Il y a des moments horriblement troublants, particulièrement au début, bien que Franz et Fiala ait une habitude exaspérante de laisser des scènes inachevées, passant de façon énigmatique à la prochaine. Peut-être qu’un réalisateur de genre plus modeste aurait resserré les câbles narratifs de ce film, de sorte à ce qu’il y a plus de tension et moins de révulsion. Dans tous les cas, la première œuvre de fiction des cinéastes autrichiens livre des chocs violents et une ambiance sibylline.

Auteur: Justin Charbonneau

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