Résistance naturelle

In vino veritas ? – ♥♥½

Sous le soleil de l’Italie, des agriculteurs libres ont transformé la conception du vin ainsi que son marché en produisant un vin dit « naturel ». Ils sont entrés en résistance contre la tyrannie du marché et des gouvernements qui le servent. Mais comme le vin, la transmission vitale et le rôle contestataire de la culture cinématographique sont menacés de disparition.

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Dix ans après Mondovino, où Jonathan Nossiter étudiait ceux qui faisaient vivre leur vin en Californie, Languedoc ou en Italie. Avec Résistance naturelle, il revient à cette dernière terre dÉlection du divin breuvage pour proposer des portraits parcellaires de vignerons, où la Terre parle au travers de ceux qui veulent comprendre les temps de la Nature, se posent comme garants d’un héritage qu’ils veulent préserver et se sentent la responsabilité de prendre soin de ce terroir. La critique d’une modernité aveugle est vive, qu’elle soit une grande charge contre les institutions bureaucratiques, contre les sacro-saints labels AOC, IGP ou le « made in… », qu’elle soit facteur d’homogénéisation de la Culture en un grand mélange informe et aseptisé, où tout est racheté par des banques, des sociétés d’investissement et des vedettes hollywoodiennes en mal de Nature, ou que tout cela se conjugue pour transformer « leur » Toscane, leurs Marches ou leur Émilie-Romagne traditionnelles en autant de nouveaux Disneylands. Cette lutte contre un monde stérilisé se fait au travers d’une conscience politique forte, de positionnements radicaux contre le capitalisme et ses règles. Qu’ils soient anciens élèves de Sciences-politiques, arrivés au bout du supportable et qui ont fait le choix d’être paysans ou simples viticulteurs renonçant à une agro-industrie rémunératrice mais à l’encontre de leurs valeurs.

On suit bien le propos du réalisateur, pour qui l’histoire de l’agriculture est une histoire sociale et qui tient à lutter contre l’idée commune et ancienne que la campagne est un monde d’ignorance et d’inculture, mais ce faisant, il enfile lui aussi les idées préconçues et caricaturales comme lors d’une séquence animée dérangeante sur les néo-ruraux et il dilue aussi son propos en d’autres thèmes connexes, comme la transmission de la culture cinématographique aux nouvelles générations ou encore la conception de l’agriculture par le pouvoir central dans des séquences d’archives. Certaines idées transverses, comme l’innovation, puisée dans la technique du passé permettant la conservation de la tradition et la dépassant sont certes très intéressantes mais elles sont tout juste verbalisées.

On comprend l’idée de préservation du patrimoine au sens large et de lutte contre une culture mondialisée et appauvrie, mais Jonathan Nossiter ne cherche pas à approfondir, creuser ou argumenter son propos. De même, en apparaissant clairement comme l’un des protagonistes du film, lors de discussions avec ses intervenants, il donne à son propos un aspect un peu bricolé, voire décousu.

Ouvoir.ca

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