Réflexion et Bilan de l’année 2015 [Syril Tiar]

2015 est dernière nous. Comme tous les ans, l’équipe a proposé ses bilans annuels comme bon nombre de sites, comme de nombreux chroniqueurs et journalistes…bref, comme tout le monde….Bilan de l’année 2015 !

Pour nous comme pour les autres, un moyen de continuer à se faire voir dans nos réalisations, à exister dans un monde où la course au clic guide bien des compagnies. Cette année, mon bilan personnel de 2015 ne sera finalement pas un bilan personnel sur le cinéma (je pense que tout le monde sait que j’ai adoré It Follows, Tangerine, Le Profil Amina et Valley of Love) mais plutôt des réflexions concernant le statut de Cinémaniak qui a véritablement pris son envol en 2015 : Envol au niveau du nombre d’entrevues proposées au public; Envol grâce à une nouvelle cérémonie créée au Québec : Les Espoirs du Cinéma Québecois, rebaptisée depuis septembre les Prix Roy Dupuis et Genevieve Bujold; Envol également dans la fréquentation du site …

Aujourd’hui, Cinemaniak a pris une place dans les revues web cinéma; que cela soit au Québec mais également dans le reste du monde francophone. Une place qui, semble-t-il, ne fait pas que des heureux et que je peux comprendre.

Car je n’apprendrai rien à personne en évoquant les changements drastiques qui opèrent actuellement dans les médias du monde entier. C’est très triste que de nombreux journalistes perdent leurs emplois ou n’obtiennent plus de temps suffisant pour effectuer leurs recherches…Malheureusement la réalité du web fait qu’une concurrence indirecte commence à leur être fatale et de moins en moins de gens sont prêts à payer pour être informés. C’est une réalité du monde actuel et nous ne pouvons que nous désoler.

 

Voici comment Cinémaniak en est venu à empiéter (légèrement) sur le travail des journalistes spécialisés. Il y a trois ans de cela et alors que je suivais un festival montréalais, on m’a approché afin de couvrir certains évènements et rencontrer des réalisateurs. Je me souviens alors qu’aucun grand journaliste ne s’était déplacé sur ce même festival (disons qu’ils y en avaient mais qu’ils couvraient qu’un ou deux films). A l’époque, j’ai trouvé ça excitant de pouvoir échanger avec ces professionnels et connaître leur passion. Reporter alors le fruit de mes échanges m’a alors paru un devoir, surtout pour eux qui avaient mis leur énergie et leur argent dans une réalisation (Stephane Cazes et Patrick Ridremont étaient alors les invités de Cinemania). Malheureusement à Montréal, cela ne semblait pas intéresser grand monde…

Il m’a donc fait énormément plaisir de donner une visibilité à ces artistes qui en avaient besoin.

J’ai ensuite continué par passion sans jamais imaginer faire de l’ombre à qui que ce soit dans le métier…

Je ne suis pas journaliste, n’ai pas la prétention de l’être ni le devenir. Je suis juste un passionné qui souhaite mettre en avant du mieux qu’il peut ceux et celles qui le font rêver.

Mais 2015 a marqué le pas nettement dans ma présence sur le territoire… Aux projections presses, aux évènements, on me disait de moins en moins « bonjour ». Il fallait comprendre le message.

Cinémaniak (qui a grossi en 2015 de 50% en termes de fréquentation) commençait à prendre trop de place et cela se sentait. A partir de là, certains sont allés puiser dans nos idées (le format de nos vidéos et idées); Pire, d’autres ont utilisé certaines informations pour faire la une d’un article le lendemain …. Ces méthodes qui m’ont dans un premier temps surpris, m’ont quelque-peu montré le manque de vergogne qu’il fallait avoir dans le métier…afin, sans doute, de pouvoir le conserver.

Je comprends que chacun doive subsister afin de continuer à œuvrer correctement… Seulement demander à certains journalistes de presse écrite de faire des webcapsules de conseils hebdomadaires du jour au lendemain…c’était sans doute un petit peu optimiste non ? Nous l’avions nous-même essayé en 2014…sans en être vraiment convaincu du résultat.

 

La presse écrite semble se chercher, semble essayer de continuer à exister et elle utilise çà et là bien des choses existantes pensant qu’il serait plus facile de pasticher plutôt que de se trouver une identité. Dernièrement les entrevues avec certains professionnels révélaient même l’entièreté de l’intrigue des films… sans doute pour montrer au public qu’ils étaient les premiers à parler de ces éléments. Par exemple, lors de la promotion du Profil Amina, Sophie Deraspe ne souhaitait pas que soit révélée l’intrigue finale de son film. Lors de son passage à Tout le monde en parle en janvier dernier, c’est pourtant la première question de l’animateur ! Même chose avec le dernier film d’Anne Émond, les êtres chers. Il suffit d’ouvrir un grand quotidien québécois pour apprendre dès les premières lignes le dénouement de son histoire….

 

Est-ce un manque de tact ou de recul ? Toujours est-il que, à mon sens, les journalistes sont perdus dans la façon dont il pourrait donner le goût au public… Ils préfèrent prouver qu’ils sont capables d’investigation, justifiant par ailleurs leurs compétences….

 

Personnellement, je pense qu’il faut plutôt essayer de susciter l’intérêt et c’est la mission que nous nous sommes donnés à Cinémaniak. Je n’ai pas la prétention d’avoir une prose magnifique, mais j’essaie de susciter le désir.

 

interview

Et si finalement le journalisme était fini ?

Je le redis donc : Je ne nous (cinénamaniak) ai jamais considéré comme des journalistes.

J’ai beaucoup trop de respect pour une profession qui fait bien plus que de la jolie prose. Du journalisme d’investigation à la politique, c’est un joli métier en passe de disparaitre, la faute à un « tout gratuit » qui permet au public d’obtenir de l’info succincte et non-détaillée. Parfait pour les déplacements et la non-prise de tête.

 

Mais que faites-vous à Cinémaniak à faire des entrevues avec des professionnels du cinéma alors ?

C’est une bonne question, mais à aucun moment dans ces entrevues ou ces reportages je ne pense me situer sur la même ligne journalistique que certain professionnels. Et le but est surtout de donner envie au public de découvrir autre chose que les X-Men et autres films de super-héros (une tâche bien délicate, cela va de soi)

 

Dans les médias traditionnels désormais, le marketing de contenu décide malheureusement de tout…Quel essor pour Huffington Post ou NightLife ! Ils disposent d’un public incroyable ayant bien compris comment se positionner sur la toile mais également qu’il y avait du revenu à générer. Ainsi, le contenu commandité est devenu monnaie courante sans même que le lecteur en ait pleinement conscience : Les meilleurs exemples sont ceux des listes « les 10 meilleures terrasses », « les 10 meilleures pizzas »…

Non-seulement c’est vendeur pour le public mais c’est payant pour les sites qui obtiennent leur tribu vendant bien entendu du marketing de contenu plutôt qu’une étude ou une réflexion indépendante.

 

Nous ne souhaitons pas faire une webtelevision commanditée par des marques de commerces : vous savez bien : « Les 5 sorties à faire cette fin de semaine »… Pour des magazine web très connus (qui appartiennent à des firmes marketing) ou pour des chroniqueurs web, c’est un moyen comme un autre de développer leur chiffre d’affaires…Ce qui me dérange, c’est que bien souvent, les lecteurs ne savent pas que le contenu est commandité et pensent avoir affaire à un média tandis que ce n’est ni plus ni moins que de la promotion !

En outre, c’est une course incessante à la productivité qui avait été parfaitement avancée par la rédactrice en chef web d’un grand hebdo culturel « Bien souvent pour que tout le monde fasse le même article en ligne avec le même angle. On cherche d’abord à être parmi les premiers et tant pis si le texte est bourré de fautes et de coquilles. Tout le monde s’en fout. De toute façon, les papiers sont truffés de mots clefs pour le référencement – ce qui ne facilite pas la lecture – et les audiences bidonnées avec des liens sponsorisés »

A Cinemaniak non plus, personne n’est parfait (orthographe comprise), mais le souhait ne sera pas d’aller vers des liens sponsorisés. Le besoin de conserver une indépendance est primordial avant tout.

Video camera viewfinder - recording show in TV studio - focus on camera

C’est sans parler des infos « people » qui prennent le dessus sur la réelle information. D’ailleurs certains canards web ont d’ailleurs créé une section « divertissement » qui parle plus des coucheries, divorces, mariage et autre futilité que de contenu.

« Qui de l’œuf ou de la poule a commencé le premier ? » me demande un ami travaillant pour une grande chaîne québécoise ! Le web fonctionne sur le principe du like. Les gens voient ce qui est commenté, apprécié, diffusé…même si c’est pour reporter l’information d’un bébé passé dans un broyeur.

A l’instar de Marilou Wolf qui envoyait un communiqué de presse pour annoncer sa séparation, peut-on appeler ça de l’info ?

 

Cette année True Story et Spotlight ont souhaité traiter du journalisme, de leurs pratiques, de leur fonctionnement. J’invite tout le monde à regarder ces longs métrages sur un secteur aujourd’hui en dépression, forcé de s’adapter au web et qui ne sait pas de quoi demain sera fait….

Du scepticisme de l’avenir….

Ouvoir.ca

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