Prisoners

Un polar qui prend l’allure d’un épisode d’une télésérie conventionnelle. ♥♥½Quand la fille de Keller Dover (Hugh Jackman) et Grace Dover (Maria Bello) se fait enlever avec la fille de leurs amis Franklin Birch (Terrence Howard) et Nancy Birch (Viola Davis), il en revient à Detective Loki (Jake Gyllenhaal) de trouver les coupables et sauver les enfants. Mais, insatisfait par le travail du détective, Keller enlève lui même le suspect principal, Alex Jones (Paul Dano), pour le torturer et lui extirper ce qu’il sait. Il s’en suit une course contre la montre pour retrouver les filles avant qu’il ne soit trop tard.

Voici les prémices de Prisoners, première incursion Hollywoodienne de Denis Villeneuve, un film qui rate de peu la cible ambitieuse qu’il s’est placé pour lui-même. Cependant, certains aspects de la production frappent en plein dans le mille.

Villeneuve s’attaque ici au scénario d’Araon Guzikowski, un texte tortueux qui commence en force, avec une scène de chasse au chevreuil entre père et fils où Hugh Jackman récite en voix off le « Notre Père », mais qui s’essouffle peu à peu. En effet, les éléments thématiques comme la religion et, plus tard, les labyrinthes s’additionnent au cours du récit et préparent une finale qui aurait dû être plus intéressante qu’elle ne l’est en réalité. À la fin, puisque nous avons besoin de réponses et que nous devons savoir qui est le coupable, les thèmes sont évacués pour laisser place à une fin convenue qui aurait sa place dans un épisode d’une télésérie policière.

Si le scénario s’avère être relativement ordinaire, Denis Villeneuve, lui, reste fidèle à ses habitudes. Efficace, mais froid, il se contente de raconter les événements sans tout à fait engager les personnages et sans réellement mettre en image de manière intéressante les thèmes intéressants du scénario. Reste qu’il réussi quand même à créer une tension palpable dans le dernier tiers du récit. Bref, une réalisation fonctionnelle, mais un peu fade.

Cependant, la direction photo de Roger Deakins est impeccable. Il réussi à capter l’atmosphère des lieux glauques où se déroule l’intrigue et à donner une certaine granularité, qui rend l’aventure d’autant plus crédible. Que ce soit une pièce éclairée seulement par la lumière de l’extérieur, une salle dans une station de police, un vigile éclairé à la chandelle ou une petite banlieue nappée de neige, Deakins donne un rendu somptueux de la turpitude des événements.

La direction artistique est aussi à noter. Les lieux sales, comme la sinistre cachette de torture de Keller qui, avec ses murs crasseux et ses peintures en décomposition, révèle la folie du personnage ou les chambres en désordre des filles kidnappées qui montrent la difficulté des parents à venir à terme avec le crime. Chaque détail aide à construire la crédibilité de la tragédie se déroulant sous nos yeux.

Les acteurs se débrouillent très bien, quoiqu’ils aient à composer avec des personnages relativement unidimensionnels. Tous intenses dans leur prestation, l’ensemble fait bonne figure, mis à part Hugh Jackman qui grogne peut-être un peu trop souvent et un peu trop fort. Jake Gyllenhaal impressionne, mais en partie car son personnage traverse une plus grande gamme d’émotions.

Finalement, malgré les faiblesses au scénario et à la réalisation – Ces acteurs si bien photographiés, dans ces décors si bien construits, sont, somme toute, intéressants à regarder.

(Gabriel Bouvier-Pelletier)

 

Ouvoir.ca

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