Parlez-moi de vous

Une chronique douce-amer d’une animatrice-radio en quête de famille

Convenu mais touchant ♥♥½

L’HISTOIRE : Mélina, 40 ans, est    une animatrice de radio française qui jouit d’une importante notoriété. Sa voix est connue de tous, mais personne ne sait à quoi elle ressemble physiquement. Cependant, entre ce qu’elle laisse    paraître d’elle-même sur les ondes et ce qu’elle est au quotidien, le fossé est très large. Autant elle semble drôle, amicale, chaleureuse face à ses auditeurs, autant elle se montre rigide et    fermée dans sa vie de tous les jours. Mélina décide de partir à la recherche de sa mère, qu’elle n’a jamais pu connaître.

Prendre l’actrice Karin Viard dans son film, c’est s’assurer un label « qualité » qui fait que le film disposera d’un atout certain. Ici l’actrice française la plus demandée campe une parisienne friquée dont la personnalité s’approche très distinctement de rôles tenus par Isabelle Hupert.

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Bourgeoise coincée donc, Melina s’est mise en tête de rechercher les siens et va alors tomber sur une famille    plutôt démunie mais toutefois fort accueillante (sans pour autant tomber dans le manichéisme lourdeau)…En recherche de l’amour dont elle a tant manqué plus jeune, elle est pourtant un    personnage complètement fermé et qui s’est forgé une carapace telle qu’elle est incapable de s’ouvrir aux autres, d’aimer, ou même d’accepter que l’on s’intéresse à elle tel Nicolas Duvauchelle, touchant comme jamais.

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C’est ici un premier film, celui de Pierre Pinaud, qui réussit à toucher avec une Karin Viard comme toujours parfaite

Distribution

Karin VIARD

Nicolas DUVAUCHELLE

Nadia BARENTIN

Patrick FIERRY

Catherine HOSMALIN

Jean-Noël BROUTÉ

DANI

François BURELOUP

Élise OTZENBERGER

Adèle BONDUELLE

Ariane PIRIE

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Entretien avec Karine Viard (extraite du kit presse)

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer Claire-Mélina, le personnage principal de    PARLEZ-MOI DE VOUS ?

J’aimais beaucoup ce personnage féminin pas conventionnel, capable derrière le micro d’exprimer une    grande empathie envers ses auditeurs, mais aussi d’avoir peur de l’humanité dès qu’elle sort du studio. Je me disais que Pierre avait un point de vue très personnel, qu’il avait mis beaucoup de    lui dans cette histoire, que ce sujet là tourné par lui, ça allait être intéressant. J’aimais son ton, ce mélange de grande sensibilité et d’audace. Pierre a l’audace des grands timides et une    grande capacité d’amour, on a l’impression que rien n’a réussi à le pervertir. Il a une élégance de sentiments, de la générosité, de l’intelligence… De la violence aussi, mais pas d’aigreur ni    de comptes à régler. Et puis quelque chose de très romantique. J’avais envie d’être regardée par quelqu’un comme lui. Et de l’accompagner.

Il y avait aussi l’idée de faire un premier film. Au fur et à mesure de ma carrière, j’en fais moins    mais je ne veux pas me couper de cet endroit où l’on rencontre de jeunes réalisateurs, avec une fougue et une envie différentes, qui n’ont pas encore la maîtrise, l’habitude. Cela donne des    tournages un peu particuliers.

Et puis j’ai vu les courts métrages de Pierre, très divers, et je les aimais tous. Quand je l’ai    rencontré, je lui ai dit : « C’est bizarre, j’ai l’impression qu’on se connait. » Pierre : « Oui, je travaillais à la régie sur le tournage des ENFANTS DU SIÈCLE de Diane Kurys, c’est moi qui    étais chargé de te conduire. » J’avais un très bon souvenir de lui, on s’entendait très bien et cela a achevé de me convaincre.

 

Claire est un personnage seul, coupé des autres, névrosé, mais plus qu’un cas    pathologique, elle est un « cas burlesque »…

Oui, on rigole de sa névrose, elle est tonique, elle est un moteur d’humour, on ne bascule jamais    dans la noirceur, dans quelque chose de trop sombre ou déprimé. Claire est un personnage complexe, un vrai personnage de fiction. Elle s’est créé une image, elle est radicale dans un sens comme    dans l’autre.

 

Elle a un petit côté hitchcockien. Vous avez participé à l’élaboration de son allure    ?

Pierre a beaucoup de goût, on a parlé très tôt de l’esthétique du film. Claire s’est faite toute    seule, avec une certaine rigidité. Elle aime les choses pures, gagne de l’argent, n’a qu’elle à s’occuper, est tout le temps tirée à quatre épingles, a l’obsession des belles

chaussures. J’avais cette vision là d’elle, Pierre était complètement d’accord et la costumière a rendu ça tangible.

Claire dort dans un placard…

Elle a besoin d’un petit coin qui est encore plus chez elle, où personne ne pénètre. Le placard, c’est l’enfance, la honte,    l’abandon, le doudou, la pièce de Barbe Bleue, le fantasme. J’aimais bien qu’on ne voie pas grand chose dans ce placard. J’aime le mystère de cette grotte, de ce ventre maternel. En    psychanalyse, on pourrait l’investir de multiples façons.

 

Comment vous êtes-vous mise dans la peau d’une animatrice radio ?

C’était le point qui me posait un peu problème avant de commencer le film. La représentation d’un métier à l’écran, je trouve    que c’est toujours assez difficile. Elle, ça la caractérise beaucoup, elle est connue pour son métier, il fallait trouver son ton, son identité. Ma référence la plus concrète, c’était Pascale    Clark, pour ce qu’elle peut avoir de pertinent, d’intelligent, de moderne. Il fallait que Mélina soit audacieuse, qu’elle dise des choses inattendues, jamais convenues, qu’elle soit en prise    directe avec ses auditeurs, qu’on soit toujours étonné de ce qu’elle va dire.

De fait, on se sent toujours concerné par les réponses qu’elle fait à ses auditeurs, en attente de ce qu’elle va dire…

Pierre ne voulait pas que les voix des auditeurs soient pré enregistrées mais qu’il y ait des acteurs dans la pièce à côté qui    me renvoient la balle pour que ce soit vraiment interactif. Je lui ai suggéré de profiter de ce dispositif pour aussi improviser afin que ce soit encore plus vivant, que cela crée de l’écoute, du    dialogue et non un ronron de radio. Mais c’était toujours Pierre qui décidait des thèmes et de ce que ça voulait dire. Je lui ai aussi proposé le personnage de l’adolescente au début du film.    Cela permettait de signifier que l’émission est vraiment populaire, que tout le monde téléphone, pas seulement des gens d’un certain âge.

 

Comment s’est passé le tournage ?

Pierre est quelqu’un qui cherche tout le temps mais c’est très agréable, on est toujours dans le travail, jamais dans un    pinaillage personnel. Il est précis sur ce qu’il veut voir à l’écran, sur les gestes, les déplacements, mais je ne me suis pas du tout sentie contrainte. J’aime beaucoup comment le film est    chorégraphié, je trouvais ma liberté à l’intérieur de ce mouvement. Claire est un personnage en mutation. Elle est consciente de ses empêchements mais espère les dépasser et le film démarre alors    qu’un changement s’est déjà amorcé. C’est agréable de jouer un personnage qui se transforme et aboutit à une autre conscience des choses.

 

Et jouer avec Nicolas Duvauchelle ?

On venait de faire POLISSE, ça nous faisait rire de nous retrouver dans un registre et des relations complètement différents.    On avait une grande complicité. Nicolas est un acteur très fin. J’aime beaucoup la qualité de son regard, sa sensibilité. Il est à la fois féminin et très viril. Quand il vous regarde, il pose    vraiment un regard d’homme sur une femme, c’est agréable. Il n’est pas centré sur lui-même, il est direct, cash.

On est surpris que Lucas, cet homme plus jeune et un peu prolétaire, tombe amoureux de Claire, et à la fois c’est une évidence,    comme dans les comédies romantiques. Le film raconte aussi la rencontre de deux milieux sociaux mais sans mépris ni caricature. Pierre est tout de suite dans l’humain, dans des histoires de    rencontres, d’impossibilité de rencontres, de rendez-vous manqués, tout ça sans aucune déprime. Eventuellement un peu de nostalgie, du romantisme, mais jamais de déprime. Et pas de complaisance    non plus.

Claire a été abandonnée petite. Comment avez-vous abordé cet aspect du personnage    ?

 

Je n’avais pas envie de jouer la petite fille qui vient réclamer son dû. J’ai interprété beaucoup de femmes qui veulent régler    des comptes avec leur père, avec leur mère. Je venais de faire LES INVITÉS DE MON PÈRE d’Anne Le Ny. Aujourd’hui, à l’âge que j’ai, je voulais décaler un tout petit peu cette problématique et    jouer une femme qui sent que pour être encore plus une femme, elle a besoin de recoller quelques morceaux.

En même temps, la petite fille tape parfois aux carreaux, notamment dans la scène à l’hôpital. À l’écriture, on aurait pu    l’entendre sur le mode de l’imploration : Claire implore sa mère de lui dire qu’elle l’aime. Alors que là, elle l’exige : « Je m’en fous si tu ne le penses pas, je veux l’entendre. » Je trouvais    bien qu’il y ait de la violence, et qu’elle ne s’exprime pas dans les larmes. Je crois que Nadia avait prévu de le jouer de manière plus émotionnelle mais comme je lui ai envoyé les choses comme    ça, elle m’a renvoyé la balle. Je me souviens qu’elle disait à Pierre : « Mais elle m’envoie une telle rivalité ! »

Et travailler avec Nadia Barentin ?

Je la connaissais parce que quand j’étais toute jeune actrice débarquée à Paris, j’avais travaillé à la régie d’un court    métrage dans lequel elle jouait.

A la régie ?! Décidément…

Oui ! J’aimais bien cette femme, son énergie, comment elle s’engageait dans les choses. Je sentais qu’elle était très tendue à    l’idée de me rencontrer. Étonnant comme cette comédienne qui avait une sacrée carrière derrière elle était pleine de doutes. Tout de suite, ça a collé entre nous, on s’est très bien entendu,    c’était une chouette rencontre.

Avec la même attention qu’on écoute les paroles de Claire, on regarde les photos de    Lucas…

Oui, ce sont des visages qui racontent des vies, des humanités, et Pierre laisse vraiment le droit au spectateur de se les    approprier. Dans ce film, on n’est jamais manipulé, il y a toujours un espace de rêverie et de cinéma, parsemé de très belles idées – comme la paire de chaussures que Claire enlève pour remettre    exactement la même –, qui ne s’expliquent pas, sont simplement données à voir et participent de l’univers de ce personnage à la fois étrange et attachant. Et qui en même temps font sens pour    chacun des spectateurs.

 

Propos recueillis par Claire Vassé

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