National Gallery

Sans être marquante, une nouvelle oeuvre louable et cohérente pour Frederick Wiseman. ♥♥♥½

Une chose de fascinante chez Frederick Wiseman est de suivre son évolution. De voir qu’à travers plus de 40 ans et 30 films, son style n’a pas changé d’un iota. Caméra d’observation et cinéma direct, on reconnaît la façon de mettre en scène de Frederick Wiseman aussi aisément que celle de Woody Allen. Quelque part entre un Pierre Perrault ou un James Benning, les œuvres de Wiseman ont fait leur marque dans le cinéma documentaire mondiale depuis longtemps et on peut facilement dire aujourd’hui qu’il est l’un des cinéastes les plus importants des cinquante dernières années.

Alors qu’il a été reconnu pour un cinéma presque pamphlétaire ou revendicateur, dans les premières périodes de sa carrière, surtout de par les sujets traités (Welfare, Titicut Follies, Juvenile Court…), il a pris le parti de traiter de sujets de façon beaucoup plus informative dans les dernières années (Boxing Gym, Crazy Horse, At Berkley). Son dernier film, National Gallery, ne fait pas exception. Continuant son portait des institutions, Wiseman glisse sa caméra dans la galerie nationale de Londres. À travers 170 heures de tournage étalées sur 2 semaines, il nous présente un large de portrait de ce haut lieu de culture avec le retrait, la sensibilité et le respect qu’on lui connait.

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Comme il nous l’a habitué dans ses plus récents films, Wiseman aborde la question sous tous ses angles ; on y voit le musée, les galeries, mais aussi le conseil d’administration, l’équipe de restauration ou les entrepreneurs. Tout ce qui fait en sorte que le musée peut fonctionner, en public comme en coulisse. Bien sûr, la collection est mise de l’avant ; Wiseman se faisant un plaisir de suivre les tours guidés tel un participant et nous permettant ainsi de véritablement suivre une leçon d’histoire de l’art en direct ; lui qui nous a donné des leçons de cinéma si souvent par le passé.

Outre ces moments de grâce, on appréciera également tout ce qui se passe autour de celles-ci. Le directeur du musée doit faire des choix dans la présentation des œuvres parmi l’imposante collection, mais ensuite s’occuper de la planification, la gestion et l’organisation de l’ensemble dans une allégorie, une chorégraphie parfaite (qui, d’ailleurs, vient clore le film). Les présentations des spécialistes en restauration sont en ce sens éloquentes ; un travail de moine est accompli pour s’assurer que les chefs d’œuvres des siècles derniers restent disponibles pour les générations futures et leur travail est trop souvent fait dans l’ombre.

Si on admire la démarche cohérente de l’auteur qui continue de suivre ses intérêts avec rigueur et intégrité, on reste davantage en retrait face au sujet. Peut-être parce qu’il a marqué davantage les esprits avec des sujets passionnants en début de carrière, nous ne sommes pas devant un film marquant à la manière de Near Death ou High School. Dans ses œuvres récentes, Wiseman a davantage l’objectif d’informer que d’indigner. L’intention n’en est pas moins louable, mais le résultat n’est pas aussi marquant. Un trait cohérent et noble dans l’ensemble de son œuvre, mais on préférera se replonger dans ses films marquants des décennies précédentes.

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