Kidnapping Mr. Heineken

Passage trop conventionnel à la langue de Shakespeare pour le réalisateur de Millénium ♥♥

Le film raconte la mésaventure arrivée au fondateur de la marque de bière Heineken. En 1983, Freddy Heineken et son chauffeur Ab Doderer ont été kidnappés. Ils ont été libéré contre une caution de 35 millions de florins néerlandais.

Pour sa première réalisation dans la langue de Shakespeare, le réalisateur suédois Daniel Alfredson s’entoure d’un casting inattendu pour relater l’histoire vraie du Kidnapping d’Alfred Heineken, Président de la fameuse marque de bière jusqu’en 1989. Le réalisateur de la trilogie Millénium prend donc le parti de tourner en anglais avec des acteurs tels que Anthony Hopkins, Jim Sturgess ou encore Sam Worthington, tout en restant dans le cadre d’Amsterdam. Un choix de casting surprenant avec sans doute une volonté d’internationalisation (risquée et par forcément payante).

La première partie de Kidnapping Mr. Heineken est en somme toute assez classique. La construction de l’intrigue ainsi que du scénario ne perd pas de temps et nous présente cinq protagonistes, cinq amis avec leurs problèmes financiers/immobiliers qui les amènent à manigancer leur plan d’enlèvement. Avec une réalisation sobre (très américaine) mais propre, les 40 premières minutes s’attardent sur le portrait de chacun des protagonistes et leur relations entre eux. Ce traitement des personnages insistant sur l’importance et la position de chacun pèse donc un certain poids sur l’intrigue et est nécessaire pour tenir l’équilibre de cette première partie. La mise en place du kidnapping et sa réalisation démontre combien Daniel Alfredson connait ses classiques et n’hésite pas à utiliser des cinéastes de références (Michael Mann, pour n’en citer qu’un) pour construire sa mise en scène. Sans copier, sa réalisation propre sert plutôt bien ses intentions et permet d’être captivé par la simplicité de l’action.

La deuxième partie du film vient donc logiquement rompre l’équilibre établi entre les forces en présence. Mais elle le fait bien mal. En voulant rester au plus proche de la réalité, le scénariste et le réalisateur, choisissent de ne pas révéler comment nos cinq protagonistes vont se faire prendre une fois la rançon livrée. Ce choix marque une rupture dans le récit où le spectateur, à l’image des protagonistes, voit le groupe d’amis se désagréger sans savoir pourquoi. Tout au long de la deuxième partie, on assiste donc à une résolution de l’action sans comprendre les pourquoi du comment. L’explication à tout cela n’arrive qu’avec les phrases de conclusion qui expliquent que personne n’a jamais su comment la police a pu avoir les renseignement qu’ils ont eu.

 

La volonté du scénariste et du réalisateur à vouloir relater l’histoire telle qu’elle s’est déroulée est louable mais reste terriblement frustrante d’un point de vue de spectateur. Le manque de prise de risque pour s’émanciper du contexte réel afin de laisser place à la fiction est regrettable et constitue le principal défaut du film.
Au delà de ça, le désire d’américaniser le film pour mieux le vendre à l’international nuit également aux premières qualités du film ; à commencer par son cadre, Amsterdam, réduite à un paysage de ville américaine étalonnée dans la mouvance actuelle (des tons sombre et légèrement désaturés). La réalisation (propre) aurait gagné à être plus personnelle et moins référencée. Il en va de même avec ses acteurs. Anthony Hopkins offre une prestation très inégale en rejouant un de ses propres rôles par moment (Hannibal Lecter), Jim Strugess et Sam Worthington s’en tirent bien et restent convaincants du début à la fin.

En résulte donc, un film trop conventionnel dans son esthétique et sans prise de risque scénaristique, très inégal avec une 1ère partie maîtrisée et une seconde qui nous laisse sur notre faim..

Auteur: Johan Bel
 

 

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