Lift Itself

Portrait de l’homme derrière le pouce. ♥♥♥1/2

Steve James a fait un film que Roger Ebert aurait aimé ; accessible, universel, mais avec des petites touches d’inventivité saupoudrée çà et là qui rende le tout fort original et irrésistible. Prenant pour base la fin de la vie de Roger Ebert, lorsque celui-ci était cloué sur un lit d’hôpital sans la capacité de parler, manger ou boire, le film suit une évolution narrative selon certaines thématiques marquantes de sa vie (journalisme, alcoolisme, relation avec Siskel…). On s’attarde d’abord et avant tout à l’homme, celui derrière le critique, le mari, le provocateur et l’égo légendaire qui a tant marqué le monde du cinéma pendant des décennies.

Ebert a certainement fait des carrières (notamment celle du réalisateur de son documentaire, Steve James, et du producteur exécutif, Martin Scorsese) et ceux-ci sont la pour lui rendre hommage (Herzog, Morris, Bahrani) en retour. Les témoignages sont pertinents, souvent drôles et, avec les interventions de sa femme Chaz, toujours touchants et viennent dicter d’emblée la direction du film. En effet, sans verser dans la complaisance, celui-ci demeure largement un hommage à celui qui est sans aucun doute le critique le plus populaire de tous les temps. On aborde sans retenue les aspects plus noirs de sa personnalité (alcoolisme, égo démesuré, relation souvent tumultueuse avec Siskel) tout comme les critiques systématiquement formulés à son endroit (populisme), mais l’image du combattant rédempteur est celle qui reste en mémoire et témoigne de la grandeur de l’homme.

Ebert, Roger & Siskel, Gene

Reste que pour les cinéphiles avides de débats théoriques, on aurait plus en prendre davantage. En effet, si Ebert était extrêmement admiré du public, c’était loin d’être l’ensemble du milieu critique qui le tenait en éloge. Ainsi, si les cinéastes, amis et collègues sont nombreux à témoigner, peu de confrères critiques participent à l’exercice. On note surtout A.O. Scott du New York Times qui a pris la relève dans At the Movies à la fin des années 2000. En ce sens, les interventions de Jonathan Rosembaum seront particulièrement intéressantes pour voir le rapport que le milieu plus académique (représenté par lui et Pauline Kael notamment) entretenait avec les milieux plus populaires de Ebert et Siskel. Un respect mutuel qui n’était pas sans anicroche. On aurait bien aimé une petite intervention de Vincent Gallo…

 Le fait de présenter le film davantage en grande thématique fait en sorte que l’on s’attarde particulièrement à certaines périodes et personnes de sa vie (les années 1970, la maladie..) et on en délaisse totalement d’autres (aucune mention de Richard Roeper qui a remplacé Gene Siskel de 2000 à 2008 par exemple). On se concentre ainsi davantage sur les aspects marquants de la vie de Ebert et donc, les plus connus, en demeurant plutôt en surface. C’est ainsi que si le cinéphile plus averti se délecte de savoureuses anecdotes tout au long du récit, il apprendra somme toute peu de nouveau sur la vie et les frasques de Ebert, mais davantage sur l’homme, via les témoignages poignants des intervenants. Plutôt que de creuser le critique en profondeur, on complète le portrait tronqué que les cinéphiles pouvaient avoir de l’homme et au final, c’est l’image touchante d’un survivant animé d’une passion dévorante n’ayant pour but que de la transmettre qui est imprimée dans la tête du spectateur ce qui est tout à l’honneur du critique comme du cinéaste.

 

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