FILMS DE LA DÉCENNIE : FILMS DU COMMONWEALTH PARTIE 1

Plusieurs membres de l’équipe de rédaction de Cinémaniak ont proposé, compilé, classé et discuté des films qu’ils considèrent comme ceux de la décennie. Pour écouter les dévoilements et les débats entourant les films du classement, rendez-vous sur la page de la baladodiffusion produite en partenariat avec CISM

Pour cette publication du dossier des films de la décennie, Cinémaniak vous propose la liste des 20 films du Commonwealth qui ont obtenu le meilleur pointage. Voici les positions 20 à 11 selon les rédacteurs de Cinémaniak.

 

POSITION 20 ex-aequo

ANOTHER YEAR de MIKE LEIGH ­| Royaume-Uni

2010

Le film de Mike Leigh est scindé en quatre chapitres pour chacune des saisons de l’année. On y retrouve les portraits de gens « ordinaires » vivant à Londres et dans le Lancashire. Des destins croisés, unis ou complètement opposés dans le cycle inéluctable des saisons et de la vie qui sourit aux uns et écrase les autres. On suit principalement un charmant couple de sexagénaires Tom et Gerri, très heureux et très amoureux avec une galaxie d’individus plus ou moins perdus qui gravitent autour d’eux. Un film d’une simplicité déconcertante, dans une Angleterre pluvieuse et bucolique, des portraits d’une sincérité touchante avec une infinie justesse de la part des acteurs dans les liens troubles des rapports humains. Le couple chaleureux (Jim Broadbent et Ruth Sheen) , bienveillant, d’une grande tolérance qui laisse entrevoir son égoïsme très humain et ses limites face au mal-être des autres quand il devient trop envahissant.
Another Year, petit bijou british méconnu, dit beaucoup de la complexité de l’amitié, à quoi cela tient parfois, de la lutte de la morale contre le confort qui nous caractérise tous, des classes sociales et du genre humain scruté comme une fourmilière. Et un plan final terrible sur le complexe personnage de Mary (déchirante Lesley Manville), crispée, dissimulant une détresse d’autant plus déchirante qu’elle est tue. Constat douloureux : être purement gentil, ça n’existe pas.

 

POSITION 20 ex-aequo

PADDINGTON 2 de PAUL KING | Royaume-Uni, France et États-Unis

2017

Film familial certes, mais Paddington 2 de Paul King est bien plus. Avec une exécution parfaite, King mène une distribution sans faute, trempé dans la joie et la bonté, même dans ses moments de malice. Film doux (surtout par l’interprétation vocale de Ben Wishaw), avec un Hugh Grant qui s’autoparodie, une Julie Walters toujours aussi dynamique et un Brendan Gleeson en dur adouci, les aventures d’un des ours les plus populaires de la planète se poursuivent dans ce second opus. Paddington, suite à un malentendu, se retrouve incarcéré alors que le cadeau qu’il veut offrir à sa tante Lucy (voix de Imelda Staunton) est volé. L’ours optimiste et sa famille adoptive les Browns (Sally Hawkins, Hugh Bonneville, Madeleine Harris et Samuel Joslin) de retrouver le véritable coupable. Roi de la pensée magique, de Paddington émane la pureté d’esprit, sans malice, il fait ressortir la bonté chez tout être humain qu’il croise. Cette magie transpire dans Paddington 2, suite ayant su dépasser son premier volet Paddington (2014). Sain, doux, beau, ce très grand film pour tous est contagieux et saura vous charmer. Paddington 2 c’est la grande injection de bonté que l’on ne savait pas vouloir. Comme une grande tasse de thé à l’anglaise : somptueux et réconfortant.

 

POSITION 19

ATTACK THE BLOCK de JOE CORNISH | Royaume-Uni, France et États-Unis

2011

Voilà un film sympathique et rafraichissant que ce Attack the Block de Joe Cornish, sorti en 2011. Le film raconte la résistance d’un groupe de jeunes délinquants d’une cité du sud de Londres face à une invasion extra-terrestre.
Dans ce mélange de science-fiction, de comédie, d’action et d’horreur, le cinéaste intègre un commentaire social pertinent sur les classes sociales et la place des jeunes noirs en Angleterre.
Musique, costumes, dialogues, ambiance sonore et visuelle, tout est cool dans ce film. Les jeunes acteurs (John Boyega et Jodie Whittaker, entre autres), dont le slang coloré ajoute une bonne dose d’originalité et d’authenticité à l’ensemble, offrent des performances enjouées et énergiques à un film qui l’est tout autant. Un divertissement sans temps-mort.

 

POSITION 18

ANIMAL KINGDOM de DAVID MICHÔD | Australie

2010

Animal Kingdom c’est le premier long métrage du cinéaste australien David Michôd. Dès la scène d’ouverture, le réalisateur impose un point de vue de la quotidienneté du drame. Michôd aborde son sujet dans l’absence de spectacle dramatique, laissant le banal prendre le dessus sur l’extraordinaire. Josh, le protagoniste principal est au cœur d’une famille qui attire le drame. Animal Kingdom c’est l’histoire de Joshua J. Cody (le quasi stoïc James Frecheville) qui à la mort de sa mère va vivre avec sa grand-mère, surnommée Smurf, et ses oncles, famille de criminels notables. Il doit alors apprendre à s’adapter, mais surtout survivre dans cette maison, dans ce groupe où les règles sont plutôt floues à l’exception de la solidarité familiale. La suspicion sur le nouveau venu est constante, surtout lorsque les policiers envahiront leur quotidien. Le détective Nathan Leckie (interprété par Guy Pearce) tentera de protéger et sortir de ce milieu le jeune Josh.
Ce qui a marqué les spectateurs dans ce film c’est la relation quasi incestueuse entre la mère et ses fils criminels, même si le film est adapté -librement- de crimes qui se sont produits à Melbourne dans les années 1980. Pourquoi cette relation mère-fils plurielle ? En grande partie pour Jackie Weaver qui fut nommée aux Oscars dans la catégorie meilleure actrice de soutien pour sa performance. Son rôle sort du banal dans le dernier acte où elle garde un contrôle effrayant sur sa famille alors que tous ses fils sont soit morts soit en prison ou rongés par la vengeance.
Animal Kingdom est un film dur, avec des acteurs impeccables qui compte outre Pearce, Frecheville et Weaver, Luke Ford, Ben Mendelsohn et Joel Edgerton.

 

POSITION 17

WEEKEND de ANDREW HAIGH | Royaume-Uni

2011

Weekend de Andrew Haigh raconte l’histoire d’un weekend, d’où le titre, entre deux hommes dans la vingtaine, Russell, interprété par Tom Cullen et Glen, interprété par Chris New. Ce qui a commencé par un one night stand, se transforme en un trois jours de curiosité, de découverte et d’échange entre deux personnes qui explorent l’attirance, en quelques sortes inattendue, qu’ils ont l’un pour l’autre. Les deux hommes aux vies différentes se rencontreront à quelques reprises dans ces trois jours ; baisant, discutant, mangeant, échangeant et puis faisant l’amour. Le temps est tout de même limité puisque Glen quitte la Grande-Bretagne dimanche pour deux ans d’études à Portland aux États-Unis.

L’histoire somme toute banale n’est pas ce qui frappe, mais plutôt le traitement de la caméra de Haigh qui réussit à nous faire vivre, nous spectateur extérieur à tout, cette intimité entre les deux hommes. C’est la force de Weekend : une intimité filmée que peu de cinéastes ont réussi à transmettre. Jamais voyeuriste, toujours vraie, même si elle peut être crue, cette intimité ne laisse personne indifférent. Le cinéaste nous donne accès à une rencontre dans toute sa simplicité, mais le fait de manière à ce que l’on soit émotionnellement investi. On partage cette intimité avec les protagonistes sans jamais se sentir intrus dans la relation. Le réalisateur mêle une caméra de proximité dans les scènes d’appartement à une caméra éloignée, style documentaire, dans les scènes extérieures ou en présence de foule. Cette juxtaposition à l’image du social et de l’intime ne fait que nourrir l’importance de l’intimité montrée, moments privilégiés à la fois pour les protagonistes, mais surtout pour le spectateur. Weekend vous brisera le cœur tout en vous le réparant.

 

POSITION 16

I, DANIEL BLAKE de KEN LOACH | Royaume-Uni, France et Belgique

2016

En 2010, dans une banlieue pauvre du Royaume-Uni, Daniel, un menuisier d’une soixantaine d’année avec de gros problèmes cardiaques rencontre Katie, une mère célibataire de deux enfants. Tous deux vont s’entraider dans le labyrinthe administratif des services sociaux.
Ken Loach aborde ici le plan d’austérité mis en place par George Osborne qui prévoit la privatisation d’un grand nombre de services publics avec des objectifs de rendement et de compétitivité. Cela englobe aussi cette réforme de 2008 stipulant que de nombreuses personnes malades ou handicapées peuvent travailler. C’est cette cruauté à maintenir les gens dans la précarité, la tête sous l’eau, et de monter un mur administratif volontairement inefficace et humiliant qui a décidé Ken Loach à traiter ce sujet au cinéma. Le film est un plaidoyer contre la déshumanisation de nos sociétés modernes qui deviennent des machines à broyer les plus démunis.
Daniel est incarné par l’humoriste Dave Johns, et ressemble à un Don Quichotte du XXIème siècle, luttant pour sa dignité avant tout et contre un système administratif cruel et kafkaïen (à bien des égards le film rappelle Le château). On entre dans un cercle vicieux absurde où le personnage est interdit de travailler après une crise cardiaque, mais pour les bureaucrates locaux, s’il a deux bras et deux jambes il doit travailler. On lui refuse donc toute indemnité. Pour avoir le chômage il doit prouver qu’il cherche un travail… qu’il ne pourra pas exercer. Ces méthodes de sabotage sont décrites de façon quasi-documentaire par le cinéaste familier des drames sociaux frôlant le pathétique. Ici l’écueil est évité, le discours est noble, et I, Daniel Blake cristallise tout ce qu’il y a de mieux chez le cinéaste double palmé d’or.

Voir ce que l’on en avait dit à sa sortie sur les écrans.

 

POSITION 15

THE FORBIDDEN ROOM de GUY MADDIN et EVAN JOHNSON | Canada

2015

Avec The Forbidden Room, Guy Maddin (en coréalisation avec Evan Johnson) nous offre tout un essai stylistique. Le film en entier se veut un hommage au cinéma des premiers temps. Tous les éléments du long métrage rappellent les films de Méliès, de D.W. Griffith, et plusieurs autres. Pour les cinéphiles avertis, le long métrage nous tient captif tout au long de ses trente premières minutes. Il est non-discutable que le film, dans son entièreté, est magnifique visuellement. Ses effets de surimpression, ses vignettes descriptives, son surjeu des acteurs emprunté au cinéma muet, et sa dégradation de pellicule sur le visage de Roy Dupuis sont des éléments fort appréciables qui rendent adéquatement hommage au cinéma qu’ils citent. The Forbidden Room s’adresse à un public averti, qui doit s’attendre au spectacle qu’il se fait proposer. Un film riche, mais qui peut en éloigner plusieurs, malgré la liste impressionnante d’acteurs chevronnées à son générique : Udo Kier, Mathieu Amalric, Geraldine Chaplin, Caroline Dhavernas, Paul Ahmarani, Maria de Medeiros, Charlotte Rampling, Karine Vanasse, Céline Bonnier, Louis Negin, Marie Brassard ou encore Adèle Haenel.

Voir ce que l’on en avait dit à sa sortie sur les écrans

 

POSITION 14

EX MACHINA de ALEX GARLAND | Royaume-Uni

2014

Avec son premier film en tant que réalisateur, Alex Garland renouvelle le genre de l’anticipation de manière psychologique, cérébrale et intelligente. Sorti en 2015, Ex Machina met en scène Oscar Isaac, Alicia Vikander et Domhnall Gleeson.
Nous suivons Caleb (Gleeson), programmeur dans l’entreprise informatique la plus populaire au monde, qui passe une semaine aux côtés de Nathan ( Isaac), créateur d’un moteur de recherche révolutionnaire. Nathan va alors réaliser un test de Turing entre Caleb et Ava (Vikander), l’intelligence artificielle sur laquelle il travaille. Petit à petit, jeux de pouvoir et de séduction se créent entre humains et humanoïdes dans ce huis-clos en pleine nature. L’ambiance passe rapidement de sympathique à angoissante, tout autant pour les personnages que pour les spectateurs.
Domhnall Gleeson affronte un Oscar Isaac à mi-chemin entre la brute musclée et le génie aux troubles obsessionnels compulsifs. Ensemble, ils démontrent une fois de plus leurs compétences actorielles et s’opposent tels le yin et le yang, où la fragilité et l’innocence viennent faire face à la virilité et aux vices. Quant à Alicia Vikander, ancienne danseuse classique professionnelle, elle dresse une androïde plutôt exceptionnelle à la gestuelle majestueuse. Sa performance a d’ailleurs été approuvée par un roboticien. Avec une bande originale expérimentale, beaucoup de gros plans qui nous rapprochent au plus près des personnages, ce quasi-total huis-clos réussit à oppresser ses spectateurs. Très apprécié dès sa sortie avec des critiques extrêmement favorables, Ex Machina est même primé aux Oscars pour les meilleurs effets visuels et aux British Indépendant Film Awards pour le meilleur scénario et la meilleure réalisation.

Voir ce que l’on en avait dit à sa sortie sur les écrans

 

POSITION 13

WHAT WE DO IN THE SHADOWS de TAIKA WAITITI et JERMAINE CLEMENT | Nouvelle-Zélande et États-Unis

2014

À partir de la fin des années 2000, le cinéma nous a gavé de films de vampires. Au-delà des vampires à l’allure jeune et sexy d’une saga Twilight, qui nous ont vite fait oublier l’aspect terrifiant de cette créature mythique, le genre n’a pas été inspirant.  Avec tout cela, où étaient passés les Dracula et les Nosferatu de ce monde ? Dieu merci, ils se retrouvent dans What We Do in the Shadows de Taika Waititi et Jemaine Clement. Avec un format faux-documentaire, le film nous présente, avec beaucoup d’humour et de références aux vampires classiques du cinéma, l’histoire de cinq colocataires assoiffés de sang qui tentent, tant bien que mal, de s’adapter au 21ème siècle. Avec ce long métrage comico-horrifique, on a trouvé un juste milieu. Sans être dans l’humour crade d’un Vampires Suck des créateurs de Scary Movie et sans non plus tomber dans la comédie mélo-dramatique à la Dark Shadows de Tim Burton, nous avons droit à des gags à la fois cyniques et slapstick, ainsi qu’à des commentaires sociaux subtiles. Ajoutez à cela des références aux classiques du genre on ne peut plus satisfaisantes, notamment deux personnages vampires clairement inspirés, respectivement, du Nosferatu de F.W. Murnau et du Bram Stocker’s Dracula de Francis Ford Coppola, et vous obtenez une comédie horrifique assez rafraîchissante. Chapeau à Waititi et Clement

 

POSITION 12

DUNKIRK de CHRISTOPHER NOLAN | Royaume-Uni, Pays-Bas, France et États-Unis

2017

Avec ce neuvième film, Christopher Nolan, réalise une odyssée en IMAX 70mm. Dunkirk se veut une expérience de réalité virtuelle sans lunettes, une immersion totale en pleine guerre suivant le déroulement de l’opération Dynamo, qui a permis d’évacuer plus de 400 000 soldats encerclés par des troupes allemandes à Dunkerque.
Comme à son habitude, Nolan utilise un montage à la fois parallèle et alterné pour conter son récit. Trois points de vue, trois temporalités, trois rythmes et trois espaces prédéfinis vont suivre les soldats sur terre, les marins en pleine mer, et les pilotes de l’air. À ce montage très travaillé, qui est l’une des forces du film, la bande originale de Hans Zimmer cherche à immerger les spectateurs dans cette ambiance glaçante, froide et extrêmement masculine.
Dunkirk a été filmé sur la réelle plage de Dunkerque, avec plus de 4000 figurants et l’usage de vrais avions et navires de guerre utilisés durant la Seconde Guerre mondiale. Le cinéaste réussit à limiter les effets visuels pour se rapprocher un peu plus près de la réalité. Les actions sont lentes et les dialogues sont moindres. La véracité des séquences est sûrement incroyable lorsque vous êtes historien. Avec une distribution comprenant Tom Hardy, Mark Rylance, Kenneth Branaugh, Cillian Murphy, et même Harry Styles, le film a eu un accueil critique exceptionnel. Un spectacle pour le grand écran.

Voir ce que l’on en avait dit à sa sortie sur les écrans

 

POSITION 11

THE BABADOOK de JENNIFER KENT | Australie et Canada

2014

Le film de Jennifer Kent nous plonge dans un type très particulier d’horreur, que de plus en plus de cinéastes semblent s’approprier dernièrement pour offrir un cinéma horrifique réfléchi, abouti et montrer autre chose que des scènes gratuites de coït entre ados  et de démembrements sanguinolents : l’horreur métaphorique. mother! de Darren Aronofsky nous a offert une réappropriation du récit biblique, It Follows de David Robert Mitchell s’est servi d’apparitions fantomatiques étranges pour nous apprendre qu’il faut se protéger lors de relations sexuelles, Jordan Peele a traduit dans le genre le racisme américain dans Get Out et Us, puis finalement, The Babadook nous offre une vision de la maladie mentale avec un monstre issu d’un livre pour enfants qu’aucune école primaire ne devrait laisser en bibliothèque. Le film baigne dans une esthétique très sombre propre à l’horreur gothique. Nous voyons les choses du point de vue d’Amelia (excellente Essie Davis), veuve et unique responsable d’un enfant avec des troubles de comportement. Plus le film avance, plus nous sommes plongés dans la folie du personnage, et plus le personnage perd ses moyens, plus les apparitions du Babadook sont fréquentes. Approché de façon féministe, on y aborde une multitude de sujets assez profonds, dont le manque de satisfaction affective et sexuelle, les relations hommes-femmes, puis, bien entendu, les relations mère-enfant. Ainsi, The Babadook de Jennifer Kent s’avère particulièrement troublant, abouti, et visuellement très beau.

 

 

Cette compilation est une collaboration entre Marc-Antoine Lévesque, Clara Bich, Jules Couturier, François Jaros, Diane Rossi et Loucas Patry.

Ouvoir.ca

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