Les démons : la fiction aux airs de documentaire

La vraie nature des petits démons ! Après une carrière distinguée dans le documentaire, notamment pour son film Ce coeur qui bat (2010) qui a remporté de nombreux prix aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal en 2010 et récipiendaire du meilleur documentaire aux prestigieux Jutra en 2012, le cinéaste québécois Philippe Lesage a présenté son premier long métrage de fiction, Les Démons, dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma qui a récemment gagné le prix de l’AQCC. ♥♥♥

Félix a 10 ans, il demeure chez ses parents, sa grande sœur et son frère aîné dans un coin tranquille de Longueuil. Le garçon réparti son temps entre son meilleur ami Mathieu, amateur comme lui de films d’horreur, ses sorties à la piscine et ses démarches pour attirer l’attention de son enseignante d’éducation physique. Mais à l’approche des vacances scolaires, Félix se laisse emporter par ses angoisses, suscitées par les querelles entre ses parents, les rapprochements intimes entre son père et la mère de Mathieu, sa sexualité naissante et les légendes urbaines qui habitent les rues. Tandis qu’une série d’enlèvements de jeunes garçons affole le quartier, la frontière entre le réel et l’imaginaire perturbé de Félix s’amincit.

Film de fiction aux penchants documentaires

Les démonsEn faisant mentir l’idée que l’enfance est synonyme d’innocence, le cinéaste fait rimer cette pensée avec anxiété et frayeur dans cette production méditative et légèrement autobiographique ancrée dans une banlieue québécoise vers la fin des années 1980, période faste pour le genre slasher dont semble s’inspirer le réalisateur. Pour faire sentir cette conception inhabituelle, il mixe habilement musique classique affectée et des thèmes se rapprochant du cinéma d’horreur (Poltergeist (1982) est un exemple qui vient en tête). Le documentariste compose dans son premier long métrage de fiction une atmosphère oppressante, et trace une intrigue où la tension est en constante hausse, contaminant les perceptions et attentes du spectateur quant à la progression de la narration. Étrangement, les plans-séquences calmes et précis, auréolés par une photographie veloutée, contribuent à accentuer l’embarras. Par contre, des longueurs obturent la dernière portion du récit compte tenu de sa tournure beaucoup trop descriptive, mais l’œuvre parvient néanmoins à préserver son équilibre entre subconscient psychologique, imaginaire et naturalisme zélé. Doublé par un sentiment compatissant, mais s’autorisant un tableau froid des cruautés de l’enfance, Lesage soutire de ses interprètes, le jeune Édouard Tremblay-Grenier en premier, des performances remarquables et spontanées. Si plusieurs seront déçus par la structure narrative inusitée et nébuleuse, largement inspirée par Laylou (2010), son film contemplatif est malgré tout une œuvre captivante qui récompensera son public au niveau formel.

Auteur: Justin Charbonneau

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