Entrevue avec Patrick Ridremont pour Dead Man Talking

Entretien avec Patrick Ridremont, réalisateur du délirant Dead Man Talking

Syril Tiar: Prix du public au festival de Namur, Patrick Ridremont bonsoir et bienvenue au Québec, tu es aujourd’hui à Montréal et demain à New York, c’est important d’exporter un premier film comme ça ?

 

Patrick Ridremont: Oui, surtout en Belgique francophone où l’assentiment des spectateurs passe par l’international. Je crois qu’en ça on ressemble un peu comme au Québec.

On est obligé d’aller à l’étranger, d’essayer de se vendre et de rayonner et une fois que le public belge a compris qu’on a un impact à l’étranger, alors il est prêt à nous accepter plus facilement.

 

ST: Le festival de Namur n’étant finalement pas un gage de qualité pour le public ?

 

PR: Si quand même, mais pas suffisamment pour les belges francophones.

Il y a plus d’impact sur la presse étrangère quand un film est bon, que sur la presse belge par exemple. La fameuse expression “nul n’est prophète en son pays” se vérifie encore une fois.

 

ST: Par rapport au film, j’ai personnellement adoré tant au niveau de l’écriture du film que de l’esthétisme recherché; je voudrais savoir comment t’était venue l’idée d’un scénario et d’un décalage pareil ?

 

PR: Ca ressemble à la vie, justement !

Dans la vie, on pleure, on rit… souvent les grands drames arrivent après des joies énormes.

Et c’est ce que je voulais ; Dans le film à quelques minutes de la fin il y a une vanne sans doute la plus grosse (Dites à ma femme que je l’emmerde) ; j’adore ce côté là !

 

ST : Très dosé en même temps.

 

PR : Oui bien sûr et progressivement de moins en moins dans le récit.

Mais l’écriture était faite pour être en règle avec ce que je suis moi : je suis violent, je suis naïf, je suis doux, je suis drôle, je suis insupportablement chiant, j’ai tous ces mélanges en moi, j’étais très impliqué làdedans !

C’est insupportable le cinéma où un pianiste va s’exploser la main à la fin alors que tout le film c’est ça : il se lève, sa femme le quitte, son enfant a une leucémie etc.

Je n’aime pas ce genre de cinéma qui fonctionne sur le même ton du début à la fin !

 

 

ST : Le film met plus en avant les seconds rôles ; était-ce un souhait initialement ou es-tu tombé en amour avec tes acteurs et leurs rôles ?

 

PR : Tu as mis ici le point sur un truc très important; ce sont tous des seconds-rôles; c’est une distribution collégiale. Moi j’y ai un personnage central mais pas principal.

J’ai soigné tous les rôles car j’adore les seconds rôles.

La seconde raison c’est qu’on risquait d’avoir peu d’argent pour faire ce film et si je voulais attirer des acteurs qui aient un peu de bouteille, il fallait bien les intéresser avec les rôles. Parce que pour eux, cela vaudrait tous les salaires.

François Berléand n’a pas un très grand rôle mais la qualité de son texte lui a permis de se dire : « je veux le faire ».

Finalement tous les acteurs sont tombés en amour avec leurs personnages.

 

ST : Quel était ton secret pour faire ton premier film ? Écrire au maximum, s’entourer au mieux … ?

 

PR : C’est complètement ça ! Tout était complètement écrit.. Aucune improvisation, je n’ai laissé aucune place à ça !

 

ST : Pourtant c’est le monde dont tu viens !

 

PR : Oui mais justement. J’allais être trapéziste donc il fallait me mettre un filet dans lequel je pouvais tomber et c’était le texte.

 

ST : Combien de temps pour l’écriture alors ?

 

PR : J’ai commencé à écrire il y a douze ans et on va dire que le travail de réécriture, le travail final à partir du moment où l’on avait un scénario a duré réellement deux ans.

Mais pas seulement au niveau des dialogues, j’avais comme un book avec des photos des costumes et des décors…Bref, j’étais complètement dedans.

Il n’y a pas eu de hasard.

 

ST : Après il y a plusieurs écoles, je pense par exemple à Mike Leigh : Il donne une situation à ses acteurs, une thématique et un but et il laisse la caméra tourner jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il cherche.

 

PR : Je devrais peut-être faire ça sur un prochain film… En même temps il y avait de la pellicule, on ne pouvait pas vraiment se le permettre et moi cela me plaisait d’être un peu rigoureux.

 

ST : Pour revenir aux comédiens, j’ai remarqué que les rôles étaient souvent proches de la caricature (sauf le personnage principal), ce qui, je crois était très assumé.

Alors il y avait un risque à cela à savoir de faire tomber le film dans le potache. Comment as-tu réussi à contourner tout cela en en faisant une force de ces personnages ?

 

PR : Parfois lorsque le texte est un peu pauvre, tu as des acteurs poussifs qui en font un peu trop et on tombe alors dans des travers de gesticulation ou de surjeu.

En revanche, quand tu as un texte qui est à la base très écrit, tu comptes sur eux pour ramener un peu de finesse.

Je me disais : « Allons loin et ce sont les acteurs qui vont faire le boulot ».

Le texte que j’ai écrit est un costume qu’il les dépasse largement, ils n’ont plus qu’à le porter.

 

ST : Il y a dans le film un dosage intelligent d’humour et d’émotion; il fallait être habile à ce niveau là, c’est quelque chose qui te caractérise ?

 

PR : Oui ça me caractérise. Avec l’impro, on finit par savoir ce qui est efficace, ce qui fait rire mais je ne crois pas être quelqu’un qui recherche la blague.

Il y a un truc évident dans le film, c’est que la plupart des moments où l’on rit c’est toujours relié à la mort. On ne s’en rend pas forcement compte mais bon…

– j’ai soif !

– Et bien vous boirez après !

 

Le cinéma que j’aime, c’est le cinéma des frères Cohen avec par exemple « Burn after reading » où Brad Pitt se fait pincer les fesses par Clooney dans un placard et deux minutes plus tard il est mort.

Tu ris quand même mais le type est mort !

 

ST : Pour revenir aux acteurs, Christian Marin qui campe un prêtre hilarant nous a quitté dernièrement, as-tu un petit mot sur sa performance ?

 

PR : Ca a été un guerrier, un warrior…. A 82 ans, il refusait les sièges pour se reposer, était toujours souriant. Il était formidable de gentillesse et une véritable encyclopédie…

 

ST : Le cast globalement : Avais-tu des idées au départ ou est-ce que cela s’est construit petit à petit avec le directeur de casting ?

 

PR : Il n’y a pas eu de casting. Ce sont tous des amis ou des choix, voire même des histoires de rencontre en fait. Je les avais tous en tête même si je ne pensais pas à eux en écrivant…

Non au début je jouais tous les personnages moi-même !

 

ST : Le film devrait sortir en France au printemps, es-tu impatient ?

 

PR : Mais vous à Montréal devriez avoir le film avant la France. Si tout se passe bien, il est possible que le film soit lancé

ici en février.

 

 

 

ST : Tout le monde a bien noté le parcours de Rundskop l’an dernier; tout le mal que je peux te souhaiter c’est d’avoir un aussi beau parcours; Est-ce que tu l’imagines ou que c’est hors de portée pour l’instant ?

 

PR : En Belgique c’est pour l’instant hors de portée. Rundskop a fait plus d’un million de spectateurs, C’est énorme !

 

En Wallonie le film peut espérer faire vingt mille entrées mais comme nous disions en préambule, on a besoin de rayonner à l’extérieur donc il est portant d’être vu en France, au Québec voire en Roumanie ou en Allemagne pour que cela fonctionne.

 

ST : C’est tout le mal qu’on te souhaite !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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