De chair et de lait (Meat and milk)

Documentaire mal ficelé – France – ♥ – 104 min. – Étude des rapports entre l’Homme et la vache au travers de la mise en miroir de seize tableaux, pris à travers le monde (France, Brésil, Mali, États-Unis, Suisse, Inde, Algérie…).

En voulant questionner les rapports de l’Homme au bovin, Bernard Bloch présente une série de scènes prises à travers le monde montrant la diversité du propos, dans laquelle il se perd. Certaines approches sont intéressantes mais elles ne sont abordées que très superficiellement, sont trop nombreuses et sans rapports entre elles pour que l’on puisse réellement en tirer une quelconque idée forte. Ainsi sont notamment traités dans le désordre le plus total la sacralité, les croyances, la réification du vivant ou l’anthropomorphisme. On en vient même à douter de l’honnêteté intellectuelle de l’auteur quand il met en opposition élevage bovin des sociétés industrielles et sacralisation de la vache en Inde (très appuyée) : peut-on sérieusement mettre en regard frontal élevage et domestication ? Sans faire un choix dans son angle d’approche mais en voulant trop en montrer, le réalisateur noie totalement son thème de départ pour en aborder d’autres, certains plus éloignés du sujet initial (ex : la déforestation au Brésil pour accroître les superficies allouées à l’élevage). Dans ce fouillis, le spectateur se perd et le propos est disséminé. Ainsi, l’éthologie (étude du comportement animal) aurait mérité d’être un thème à elle seule. La participation de Temple Grandin (docteur en sciences animales et zootechnie), seul entretien permettant recul didactique, est détachée du reste des images et des scènes (sans prise de recul explicite) et semble comme une pièce ajoutée, perdant de ce fait de son intensité. Quand il aborde la complexe question de l’abattage, la caméra se montre tout d’abord pudique au Mali avant de devenir très crue et graphique dans les abattoirs industriels, du Brésil. Très malaisante, cette longue scène n’est accompagnée d’aucune parole mais l’habillage sonore, beaucoup trop insistant voire strident, est très désagréable et son côté artificiel renforce encore l’aspect industriel et déshumanisé de l’entreprise. La limite entre objectivité et point de vue du réalisateur est certes ténue, mais Bernard Bloch la dépasse allègrement, faisant ici preuve d’une subjectivité appuyée à l’extrême sans pour autant être véritablement argumentée. On se perd dans tous les thèmes abordés et cet éparpillement nous fait malheureusement oublier le propos initial.

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