Camille Claudel 1915

Drame intimiste  –  ♥♥♥½ – Internée depuis 1913 à la demande de sa famille, Camille Claudel est en février 1915 dans l’asile d’aliénés de Montdevergues (près d’Avignon). Elle ne sculpte plus mais garde toute sa lucidité et l’espoir de pouvoir rejoindre sa mère. Elle attend son frère, l’écrivain Paul Claudel, seul lien avec l’extérieur.
Artiste, élève, muse et maîtresse de Rodin, Camille Claudel ressasse son passé pour essayer de comprendre ce qui l’a amené à être enfermée dans un asile, elle qui est encore lucide. Entre appels mystiques et orgueil, tantôt résignée tantôt révoltée, les remous psychologiques de Camille sont très bien rendus, notamment par le traitement des éléments extérieurs, comme le mistral qui balaye Montdevergues (telle une tempête dans un crâne) ou encore le bruit métallique du calcaire foulé lors de sa seule sortie extérieure, celui-ci résonnant comme les maillons d’une chaîne. Entre une patiente (elle se sent persécutée et a peur d’être empoisonnée par les complices de Rodin), une artiste posant un regard extérieur sur ce qui l’entoure et une garde-malade, elle dénote parmi les autres résidents du lieu. Bruno Dumont a choisi d’amplifier encore cela, les patients entourant Camille Claudel n’étant pas des acteurs mais de vrais malades mentaux.
camille-claudel-1915Juliette Binoche est le véritable sujet du film et elle montre ici l’étendue de son talent en incarnant dans sa chair les paroles de l’artiste : « je ne suis plus une créature humaine ». L’enjeu dramaturgique (« Je suis ici sans savoir pourquoi, incarcérée comme une criminelle, privée de liberté … ») prend corps dans le visage de l’actrice où chaque émotion, doute ou sentiment est rendu à la perfection. La scène de la répétition de Don Juan par des patientes est à ce titre admirable en mêlant un comique emprunt de douceur pour les personnages, mais aussi de tristesse (Camille Claudel assiste à la scène et passe du rire au larmes en transposant cette scène à sa propre histoire). Attendu comme son seul espoir de renaître à la vie, Paul Claudel a ici le mauvais rôle. Mystique pris entre miséricorde et cruauté, il la condamne au nom du pêché d’orgueil, de « délires des grandeurs et des persécutions ». Son arrivée à Montfavet est la séquence la moins réussie du film et on hésite entre ennui devant sa bigotterie verbeuse et le ridicule lorsque celui-ci, poseur, s’admire dans une scène nocturne à la signification étrange. L’ensemble de cette œuvre reste au demeurant très intéressant et efficace, mais on en vient à se poser la question du propos : quel est le sujet du film que nous propose Bruno Dumont : est-ce un témoignage sur la vie quotidienne dans un asile d’aliénés, une étude des remous intérieurs d’une artiste privée de sa passion ou une démonstration de l’intensité d’interprétation d’une actrice ?

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