Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne): Summer Breakers

Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne), le premier film de Eva Husson est un amalgame mineur entre Kids (1995) et Spring Breakers (2013). La cinéaste française compose un portrait de l’adolescence vu à travers le prisme d’un érotisme débridé qui ne tient pas les promesses de son canevas provocateur. ♥♥

Il y a des aspects à la fois frais et traditionnels à propos de ce premier long métrage de fiction. Par exemple, la prémisse et l’esthétique n’offrent rien de particulièrement innovant, mais le film de la réalisatrice française est une prise de conscience tactile sur l’éveil sexuel d’un groupe d’adolescents avec trop de temps sur leurs mains pendant un été chaud dans une ville sur la côte atlantique de la France. George. Husson esquisse une représentation intéressante de l’ennui juvénile, autour de protagonistes naïfs en quête de liberté. Malheureusement, le film montre sans expliquer, effleure sans approfondir et laisse sur sa faim.

Le long métrage s’ouvre avec un plan-séquence suffocant qui suit le déroulement d’une débauche. Le martèlement d’une bande sonore électronique accompagne la caméra qui se faufile à travers les chambres d’une maison, en passant par une multitude d’actes libidinaux accomplis par de jeunes adultes désinhibés explorant leur sexualité. Suite à cette ouverture, une voix off introduit les vacances scolaires qui ont mené aux rassemblements charnels en référence au titre du film. « Le tout était apocalyptique » raconte la voix off, se référant à cette période déjantée qui provoquera un scandale plus tard dans le film. À bon escient, la cinéaste parvient à évoquer un sentiment de désespoir auprès de cette génération en perte de valeurs, une fois que les partouzes s’enchaînent.

Bang gang
George (Marilyn Lima) et Gabriel (Lorenzo Lefèbvre)

Bang gang: le jeu qui repousse les limites

La direction photo est signée par Mattias Troelstrup (The Forest) qui capte les corps dénudés dans la somptueuse lumière du soleil. Les gros plans capturent à la fois les couleurs vives et la chaleur rayonnante de la chair fraîche des personnages, mais il y a une sorte d’atmosphère sinistre omniprésente qui règne lors du contact des lèvres; la création et la destruction simultanées de deux mondes distincts. L’effet est le plus vivement ressenti dans le rapprochement romantique entre George (Marilyn Lima) et Gabriel (Lorenzo Lefèbvre). D’ailleurs, George est à l’origine des « bang gangs » — ou comme elle le décrit « vérité ou conséquence avec seulement de l’action ». Comme la jalousie est souvent au rendez-vous chez les jeunes adultes, George se venge sur son ex-copain Alex (Finnegan Oldfield) et sa meilleure amie Letitia (Daisy Broom) qui sont, au moment même, à l’étage du dessus, en train de forniquer. De cette manière, les « bang gangs » deviennent des événements réguliers et bizarrement public dans les internet. Ces orgies ressemblent à des rêves glauques, tournés au ralenti, avec la présence de substances illicites et de sueur nauséabonde. En dehors de ces séquences quasi oniriques, Husson explore la position ultérieure de George comme paria social et les difficultés domestiques chez Gabriel.

Malheureusement, son exploration de la condition juvénile est mise de côté par son manque de profondeur et son dénouement frustrant qui délaisse les véritables questions en faveur d’un propos éthique plus ou moins convaincant. Il est dommage parce que, pour une certaine partie de son temps d’exécution, Bang Gang parvient à être un traitement engagé sur les relations entre les adolescents. Malgré un titre clin d’œil à l’univers de la pornographie et ses prétentions sulfureuses, Bang gang se révèle convenu, aseptisé, mais surtout inégal.

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