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Tokyo: the city of glass

Pauvre Mishima … – ♣

Étudiant en littérature le jour, Toru tient la nuit un bar à Shinjuku Ni-chome, l’un des plus grands quartiers gais dans le monde. Un jour, il rencontre un Coréen nommé Yeon et tombe amoureux. Mais une enquête pour un homicide datant de 20 ans vient tout changer.

L’homosexualité est encore un tabou au Japon et le réalisateur n’hésite pas à la montre de manière frontale, c’est à mettre à son crédit… mais qu’il le fasse avec talent serait une autre histoire.

Kazuhiro Teranishi signe ici le scenario et la réalisation en ratant magistralement les deux : on ne comprend rien à l’histoire et l’alternance constante des plans entre caméra à l’épaule et plan fixe donnent une impression de téléfilm voire tout simplement mal au coeur. L’impression générale est celle d’un film de deuxième partie de soirée sur une chaîne du câble, surtout lors des nombreuses scènes de lit, aussi excitantes qu’une livre de beurre froid. Tous les personnages, aussi intéressants et profonds qu’une soucoupe, contraignent et limitent très fortement l’expression des acteurs, et on ne croit pas une seule seconde à leurs relations. La faible direction d’acteur  et les limites de jeu des comédiens alourdissent encore le tableau. Le montage (Kumiko Arai) est hésitant voire parfois vraiment douteux (comme le fondu enchainé entre une scène d’amour et la tour de Tokyo par exemple). Les dialogues un peu creux rajoutent encore au ridicule du scenario («Pourquoi cours tu ? Il n’y a pas d’espoir !» etc.). Tout cela fait qu’au premier degré, le film est juste insupportable, mais au second degré, on peut se surprendre à s’amuser malgré toute la bonne volonté de Kazuhiro Teranishi. Les plans américains, les poses statiques des personnages et la musique de synthétiseur cheap (Kumiko Arai) font immédiatement penser à des scènes de Le coeur a ses raisons, parodiant déjà le feuilleton Des jours et des vies. Dans une ultime déraison, le réalisateur insère même dans son film des images qu’il a filmé lors d’un défilé d’une Collection Tokyo hommes, élargissant encore le décalage entre ses scènes et son mode de prise de vues. Les quelques autres aperçus de Shinjuku et de Tokyo ne donnent décidemment pas plus envie d’aller visiter la métropole nippone. Pour essayer de se donner un reste de crédibilité artistique, le réalisateur convoque Mishima avec un cours sur La confession d’un masque et un parallèle de la vie du personnage principal avec L’école de la chair. À ce niveau là, on pourrait quasiment parler d’injure faite à l’une des figures littéraires du XXème siècle. En résumé, le seul challenge sera ici d’arriver à résister jusqu’à la fin du film.

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