France, Canada, 2025
★★1/2
Obsédé depuis toujours par la dépossession du corps, la mort, la mutation et l’érotisme, David Cronenberg récidive dans le même registre avec son plus récent film, The Shrouds. Le long-métrage du cinéaste octogénaire verse peut-être moins dans le registre du body horror que ses œuvres les plus récentes (Crimes of the future semble avoir amplement satisfait les pulsions du réalisateur à cet effet, vous pouvez lire l’article de cinémaniak ici), mais sa nouvelle proposition n’en demeure pas moins une œuvre des plus personnelles. Tellement intime et liée à son propre vécu qu’il aura de la difficulté à en communiquer l’émotion et l’intérêt.
Vincent Cassel incarne Karsh, une version cinématographique à peine dissimulée de Cronenberg, qui dépeint dans l’intrigue de son film le deuil de son épouse, décédée en 2017. Dans The Shrouds, Karsh, possédant sa propre entreprise de pompes funèbres, utilisera la mort de sa bien-aimée pour faire la promotion d’une toute nouvelle technologie : un linceul qui, recouvrant le cadavre des défunts dans leur cercueil, reproduit leur corps en Rayons X, retransmettant l’image précise de leur dépouille à la vue de tous. L’innovation censée repenser la notion de deuil, à la base de la prémisse du film, sera également la source des problèmes de Karsh, alors que des vandales inconnus pilleront bientôt le cimetière, confrontant l’homme dans sa relation avec la technologie, mais aussi à son propre deuil.

Aidé par sa belle-sœur Terry (Diane Kruger qui incarne trois entités féminines à l’origine de la même obsession de Karsh), l’homme tentera de remonter à la source de l’énigme, faisant ainsi face pour la première fois au deuil qu’il repoussait depuis longtemps. Et c’est ainsi que le film, qui débutait pourtant avec un postulat assez intrigant et tout à fait dans les cordes du réalisateur, se perd en circonvolutions confuses, scénarisées maladroitement, avec une palette de personnages fades qui passeront le plus clair de leur temps à se contredire. Et même si l’œuvre a des thèmes et des idées intéressantes et prometteuses, le traitement malhabile (notamment en ce qui a trait à la dystopie liée aux nouvelles technologies, que Cronenberg maîtrisait dans Videodrome, mais où il doit s’admettre dépassé aujourd’hui) a raison de l’œuvre, qui s’oubliera malheureusement aussitôt qu’elle se termine.
Pourtant, The Shrouds présente tout de même les balbutiements de plusieurs concepts ingénieux. Le cimetière en lui-même, avec ses écrans cauchemardesques fixés aux tombes, donnant accès à leur contenu, possède une facture visuelle dont on ne peut nier l’intérêt. On aurait pu exploiter cette fascination de la mort davantage et traiter de l’obsession du protagoniste de manière plus ingénieuse. Mais le cinéaste se contentera malheureusement d’une prémisse prometteuse, l’enrobant d’une intrigue prévisible sans chercher à creuser davantage.
Celleux qui auraient voulu assister, avec The Shrouds, à une renaissance de Cronenberg, pourront au moins profiter de la thématique du film afin d’apprendre à faire le deuil du cinéaste qu’il fût.
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Durée : 1h59
Crédit photos : Prospero Pictures

