P’tit Quinquin

Bruno Dumont s’attaque à la comédie et la mini-série, et réussit à merveille! ♥♥♥♥

Bruno Dumont qui s’attaque à la comédie… Non, vous ne rêvez pas ! Même si l’idée de voir le père du cinéma nord-français, austère et aride au possible, tenter de nous dérider à l’aide de ses visages impassibles légendaires semble saugrenue, elle n’est pas si farfelue qu’elle n’y parait. En effet, il suffit de regarder des personnages aussi uniques et atypiques que  Pharaon dans l’Humanité, film au registre tout à fait opposé, pour penser qu’il ne faudrait que quelques changements scénaristiques pour faire passer cette sombre bonhomie du drame aux éclats de rire. Bruno Dumont a définitivement dû avoir cette réflexion sur son cinéma en s’attelant à P’tit Quinquin, une autre histoire policière sur un ton autrement plus décalé que l’Humanité, qui fit scandale à Cannes il y a maintenant 15 ans.

Une série de crimes étranges se produisent dans un village côtier de France. Le commandant Van der Weyden et son assistant Rudy Carpentier même l’enquête avec leurs méthodes un peu particulières alors que P’tit Quinquin, jeune adolescent vivant au village, décide mettre son grain de sel avec ses amis dans cette enquête

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On retrouve des personnages typiquement nord français dans P’tit Quinquin ; les accents, les mimiques et la gestuelle des personnages sont typiques du cinéma de Bruno Dumont et de son environnement. Aucun de ses modèles ne pourraient être crédibles dans un autre univers que le sien. Il attache un tel soin à leur écriture, que ceux-ci nous semblent aller de soi pour peut que l’on accepte l’idiosyncrasie uniquement de Bruno Dumont.

Ce n’est pas pour rien que Emmanuel Schotté et Séverine Caneele firent scandale à l’époque dans l’Humanité ; difficile d’imaginer un homme à la limite de l’équilibre mental en tant que chef de police sans perdre de la crédibilité. Par contre, dans un contexte aussi burlesque et extravagant que P’tit Quinquin, ces considérations sont secondaires puisque la curiosité des personnages est à la base du film. Pour n’importe quel autre réalisateur, ce serait le village des fous, mais pour Bruno Dumont, c’est son univers. Les gens ordinaires m’ennuient disaient Alejandro Jodorowsky. Bruno Dumont s’est sans doute toujours dit la même chose…

Le rapport au territoire est un aspect primordial chez Bruno Dumont. Film après film, il braque sa caméra sur son coin de pays et, même dans un contexte de comédie burlesque, il filme sa région avec un soin et un amour indéfectible. La représentation du territoire et de ses habitants est essentielle pour comprendre le cinéma de Bruno Dumont et il ne change pas cette formule d’un iota dans P’tit Quinquin. Une autre preuve de la remarquable cohérence de son style; il s’attaque à un tout nouveau genre, mais sa marque de metteur en scène est encore immédiatement reconnaissable. Dans le film, les personnages sont un produit de leur environnement, en symbiose avec celui-ci. Le territoire de Bruno Dumont est plaines, océans, Landes ou villages. À part pour certains segments de Hadewijch, la ville est totalement absente du cinéma de Bruno Dumont.

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À ce niveau, il y a des rapprochements à faire entre Bruno Dumont et les nouveaux cinéastes contemporains québécois. Le rapport au territoire et aux particularités des habitants de celui-ci le lie avec l’approche d’un Denis Côté ou d’un Rafaël Ouellet. Ces deux réalisateurs incontournables braquent leur caméra partout sauf en ville (Côté la fuit même dans la première scène de son premier film), assument pleinement leur québécitude dans leurs dialogues et leurs lieux de tournage. Côté, avec ses thématiques plus lourdes et son approche sans concession, rejoint aussi Dumont à un niveau narratif en plus de que formel.

Ce qui est vraiment fascinant dans P’tit Quinquin, c’est que Bruno Dumont s’éloigne complètement de ses genres de prédilection en apparence, mais demeure totalement dans ses thématiques (modèles idiosyncrasiques au possible, représentation de l’environnement, interactions sociales). Malgré le format choisi (mini-série pour la télévision), aucune distinction de style n’est discernable. Le format aurait tout aussi bien pu être un long-métrage de plus de 3h00 ; c’est plutôt la progression de l’ensemble plus soutenue qu’à l’habitude pour Bruno Dumont qui à une présentation en 4 épisodes. Une variation parfaitement réussie en somme qui nous prouve une fois de plus que nous sommes devant l’un des auteurs les plus pures, les plus audacieux et les plus essentiels du cinéma contemporain.

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