Mon Année 2013 [Ian Oliveri]

Il n’est jamais trop tard pour se poser et regarder un peu en arrière. Les grands prix « officiels » (Oscars, Jutra, César,…) n’ont pas été remis, je ne suis pas encore tout-à-fait out. Cette année en particulier, il me semble que l’exercice de bilan de fin d’année s’est d’abord caractérisé dans les médias en termes économiques, heureusement remis en perspective à travers la loupe créative soulignant la vigueur générale du cinéma québécois en 2013. Dans un « marché » – tel qu’on veut qu’il soit considéré – comme le Québec, je ne pense pas que la priorité soit la rentabilité. Nous ne pouvons pas marchandiser la culture lorsqu’elle intervient de façon si fondamentale à forger une identité tout en luttant contre les dogmatismes et en ouvrant sur d’autres réalités. Le processus de sensibilisation qu’opèrent les films de création est précieux, et ce, quel que  soit le nombre de personnes touchées. S’en suit une contamination positive qu’il faut cependant entretenir minimalement, c’est-à-dire par une masse critique d’œuvres et de connexion avec un certain public. Certes, tous les cinémas nationaux, et le cinéma d’auteur de manière plus délicate, sont confrontés à une baisse de fréquentation mais la donne doit être repensée. À ce sujet, j’invite à relire les propositions de l’association DOC Québec déposées auprès du Groupe de travail sur les enjeux du cinéma québécois.

 

Je sais que des œuvres peu vues telles que le magnifique Météore ont marqué de nombreux artistes du milieu et constituent une porte vers d’autres types de narration, comme le fait Denis Côté depuis quelques années. Il est étonnant – et rassurant – de voir des films intrépides comme L’inconnu du lac et La vie d’Adèle, qui partagent thématique homosexuelle et nudité frontale, rencontrer une telle unanimité – non-réductrice de leur valeur de surcroît. Le premier se déploie, ciselé, comme un thriller du désir dans une quasi unité de lieu, tandis que le deuxième, sur la trame éculée du coup de foudre, retrouve dans un film-fleuve la fraîcheur inouïe du premier amour et traduit une éducation sentimentale en toute limpidité.

 

Malgré tout, mes plus beaux films québécois de l’année (Sarah préfère la course, Le Météore) n’ont pas trouvé d’écho aux Jutra, ni certains des films français les plus surprenants ou les plus beaux (Tip Top, Grand Central, La jalousie) aux César. En même temps, il faut bien que la marge garde son propre espace pour stimuler la masse… pourvu que les frontières d’une part et d’autre ne soient pas closes.

sarah prefere la course

Loin de moi toute pensée élitiste – je n’ai jamais considéré de clivage entre les différentes formes de cinéma – et c’est sans vergogne que je place le dernier Hunger Games dans mon Top 10 pour sa puissance dramatique quasi mythologique. On ne pourra certainement pas mettre dans le même panier Gravity, et dans une moindre mesure le captivant World War Z, avec l’anti-merveilleux Oz the Great and Wonderful ou l’infâme Man of Steel (Bryan Singer pourrait bien se rattraper avec le prochain X-Men). La destruction exploitée dans le dernier Superman est non seulement gratuite, mais plus encore représente une aberration pour le mythique personnage. A contrario, la furie et l’excès du Wolf of Wall Street véhiculent un discours absolument dérangeant mais finalement transcendé (lire à ce sujet la pertinente chronique de David Desjardins dans Le Devoir).

 

Dans mes classements de fin d’année, je prends pour règle de ne pas intégrer les films de mes amis, or je ne pourrai pas m’empêcher de souligner ici l’originalité à la fois référencée et inédite des Rencontres d’après minuit réalisé par Yann Gonzalez, plébiscité tant par Les cahiers du cinéma que par Les Inrockuptibles, ni l’apport sociétal que représente l’éclairant long métrage documentaire de Karen Cho, Status Quo? The Unfinished Business of Feminism in Canada, produit par l’ONF, ou l’imparfait mais prometteur premier film de Frédérick Pelletier (réalisateur des superbes courts métrages L’air de rien et L’hiver longtemps), Diego Star, qui récolte de nombreux prix à travers le monde. Mais surtout, si je me l’étais permis, j’aurais assurément mis dans mon Top 10 le sobre, fluide et magnifique documentaire de Carole Laganière, Absences, malheureusement passé inaperçu en salles, alors qu’il s’agissait du seul documentaire québécois coté 3 (très bon) par l’implacable Mediafilm.

film_en_attendant_le_printemps

Enfin, d’autres documentaires se sont démarqués en 2013 : l’incroyablement exaltant The Square, le rafraichissant My Prairie Home (la chanson I Will Be a Wall de Rae Spoon fait partie de mes chansons de l’année!), le fascinant Finding Vivian Maier, le poétique E Agora? Lembra Me (gagnant international aux derniers RIDM) et l’inventif et touchant court-métrage Une histoire pour les Modlin. Peut-être pourrais-je, me le permettrez-vous?, rajouter le long métrage documentaire En attendant le printemps que je suis tellement fier d’avoir produit et qui vient d’être mis en nomination aux Prix Jutra. Remarquable travail à contre-courant de sobriété par Marie-Geneviève Chabot.
En fin de compte, 2013 aura été une très bonne cuvée de cinéma et j’espère que les nouveaux mouvements qui ont surgi vont creuser plus profondément leurs sillons dans les années à venir.

 

 

Mon Top 20 :

 

1) L’inconnu du lac (Alain Guiraudie)

2) The Square (Jehane Noujaim)

3) Gravity (Alfonso Cuaròn)

4) La Vie d’Adèle (Abdellatif Kechiche)

5) Before Midnight (Richard Linklater)

6) Sarah préfère la course (Chloé Robichaud)

7) La jalousie (Philippe Garrel)

8) The Wolf of Wall Street (Martin Scorsese)

9) The Hunger Games: Catching Fire (Francis Lawrence)

10) Trance (Danny Boyle)

11) The Spectacular Now (James Ponsoldt)

12) Le météore (François Delisle)

13) Frances Ha (Noah Baumbach)

14) Tip Top (Serge Bozon)

15) Le démantèlement (Sébastien Pilote)

16) The Bling Ring (Sofia Coppola)

17) Grand Central (Rebecca Zlotowski)

18) Vic+Flo ont vu un ours (Denis Côté)

19) Zero Dark Thirty (Kathryn Bigelow)

20) Tom à la ferme (Xavier Dolan)

 



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Un commentaire

  1. Michelle Ouellette
    3 février 2014
    Reply

    The Hunt: not a Doc… But Amazing. ?

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