Entrevue avec Yves-Christian Fournier pour NOIR (NWA)

Il y a sept ans, Yves-Christian Fournier réalisait Tout est parfait qui a fait grand bruit partout dans le monde récoltants prix et honneurs dans de nombreux festivals. En ce début 2015, il nous revient avec un second long métrage, NOIR (NWA), qui pose un regard sur l’univers des gangs de rue à Montréal. Entrevue téléphonique avec un réalisateur engagé

Syril Tiar: Sept ans après « Tout est parfait », pourquoi cette longue absence ?

Yves-Christian Fournier: Il y a un projet qui est passé quatre fois aux institutions; il n’a pas trouvé sa place…peut-être trop ambitieux…Quatre années de perdues.

Après trouver les fonds nécessaires pour NOIR a également été difficile…. Ce n’était pas gagné d’avance; au final on a eu moins de budget qu’on pensait mais le film a quand même réussi à se faire.

ST: Est-ce que c’est facile de vivre, sept ans sans projet ?

YCF: Moi j’ai la chance de pouvoir faire du clip vidéo…Pour les autres réalisateurs c’est sûr que cela doit être plus compliqué…

ST: Pourquoi avoir fait appel à Jean-Hervé Désiré pour le scénario ?

YCF: En fait, j’avais engagé une recherchiste pour trouver des romans qui traitaient d’histoires de ghetto. J’étais allé à la Nouvelle Orléans et je trouvais que c’était intéressant de traiter ce type de sujet. Il m’a d’abord envoyé un énorme scénario avec une écriture assez honnête, sobre, presque documentaire…. J’ai trouvé que le match pouvait être intéressant.

Il y avait tellement de matériel qu’on a même considéré faire une série télé pendant un moment.

ST: Quel était l’enjeu, l’écueil à éviter pour un tel scénario ?

YCF: Ce qui m’intéressait vraiment, c’était l’origine des maux, des rages; pas forcement les gangs de rue. Il y a eu plusieurs films dernièrement qui traitaient de la communauté noire (12 years a slave…) ; je me suis posé des questions… Parce qu’il y a de la criminalité dans ces quartiers c’est vrai, mais je crois que c’était important d’aborder ce type de questions en oubliant nos préjugés…

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ST: Contrairement à l’affiche ou au titre, ce n’est pas vraiment un film de gangster en fait…

YCF: Le titre est un titre par défaut….Pour moi, N.O.I.R. voulait dire « fier de soi »…comme « I am »… Après le NWA entre parenthèse…Niggaz Wit Attitudes a été mal interprété…

L’affiche n’a peut-être pas aidé…maintenant c’est lancé comme ça. Mais elle et le film se font séparément.  Et il n’y a pas vraiment de séances de brainstorming pour savoir ce qui est le mieux.

En fait, il fallait quelque-chose qui s’adresse autant aux noirs qu’aux blancs…Il faut le voir au-delà du premier degré.

ST: Pour revenir au cœur du film, la place des femmes en fait un film très équilibré entre violence et quête de futur…c’était primordial ?

YCF: En effet, le personnage de Flor a de l’espoir; Sa trame est sans doute la plus populaire. Dans la communauté haïtienne aussi les personnages féminins sont des femmes fortes. Avec notre écriture « masculine », c’est sûr qu’il fallait qu’on fasse attention aux personnages féminins.

ST: Autre chose qui donne un certain espoir, c’est la photo de Jessica Lee Gagné….

YCF: À la base je n’aime pas beaucoup la caméra numérique. J’aime pouvoir travailler les images; Mon premier film était tourné en 35 mm. J’étais un peu frappé par l’audace esthétique de GET FREE de Major Lazor. Il y a comme une saturation d’images délavées. C’est très très beau…j’avais comme un coup de cœur esthétique. Cette photo allait ajouter un peu de poésie et retirer de la noirceur en effet…

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ST: Deux mots sur le plus gros atout du film, Salim Kechiouche…qui tourne beaucoup en France…Comment a-t-il été choisi ?

YCF: Au départ cela devait être une coproduction avec la France….Mais ils ont voulu reporter le tournage d’un an à un moment et le partenariat n’a pas pu se faire. Eux avaient commencé le travail de recherche. Ils voulaient Tahar Rahim…ou Salim Kechiouche que j’ai pu voir par Skype. Il a été très bon directement et son passage au Québec s’est très bien passé. Quand on a perdu la copro, j’ai préféré le conserver.

ST: Est-ce que le film a été lancé en festival ?

YCF: Pas de lancement en festival, non, en fait, on ciblait juste les gros…

On a été présélectionné à Cannes mais il a été jugé trop commercial…à la fois américain et auteur. Berlin demandait un remontage. Mais moi je n’avais pas le temps avec ça…

Donc c’est pas mal différent de Tout est parfait qui a eu une énorme carrière en festival … mais en même temps le film est peut-être plus commercial…

Chaque film a son parcours.

ST: Comment s’annonce la sortie du film pour vendredi ?

YCF: Il y aura cinq salles à Montréal…peut-être deux à Québec…Il ne devrait pas rester bien longtemps à l’affiche. Le cinéma d’auteur se cannibalise au Québec…C’est un peu un film condamné d’avance…Il faudra que le bouche à oreille soit très bon pour qu’il reste….

@credit photos: Yann Turcotte

Ouvoir.ca

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