Fifty Shades of Grey [Cinquante Nuances de Grey]

Depuis un certain temps, on nous prédisait déjà un navet. Finalement, Fifty Shades of Grey est pire que ce que l’on pouvait imaginer. ♣

Dès la sortie des livres de E. L. James, les spéculations sur la future adaptation cinématographique furent abondantes. Chacune des nouvelles annonces liées au projet (le nom du réalisateur, les principaux acteurs, etc.) sont médiatisée comme jamais auparavant. Depuis des mois et mois, nous sommes constamment submergés par des produits dérivés et des bandes annonces parodiées. Fifty Shades of Grey avant même sa sortie en salle est devenu l’un des phénomènes cinématographiques le plus importants depuis le premier film de la série de Harry Potter, voir même des premiers Star Wars.

Si avec un certain recul, le phénomène va sûrement devenir un cas d’étude intéressant au niveau sociologique ou au niveau du marketing, du point de vue cinématographique, le film est d’une nullité sans nom. Sam Taylor-Johnson est la réalisatrice qui nous avons offert il y a quelques années l’excellent Nowhere Boy sur la jeunesse de John Lennon, nous étions en droit d’attendre d’elle qu’elle trouve des idées de mises en scènes surprenantes, qu’elle soit capable d’aller chercher un deuxième niveau quelque-part dans le discours un peu primaire du film. En vain, chaque plan à la froideur d’une annonce publicitaire bon marché, tout est lice, propre, sans intérêt. La seule façon qu’elle a trouvé pour essayer de mettre un peu de relief dans l’ensemble est de plaquer sur le film l’un des trames sonores les plus insipides que l’on a entendu au cinéma.

Et que dire des acteurs principaux, Jamie Dornan alias  Christian Grey ne fait que poser et réciter monotonement son texte, Dakota Johnson n’est guère mieux, la seule façon qu’elle ait trouvé pour véhiculer ses émotions est de mordiller son crayon et sa lèvre inférieur. Entre les deux, il n’y a aucune chimie, on dirait parfois que les deux jouent dans des films différents. Parmi les acteurs de second plan, c’est très étonnant de voir une actrice aussi talentueuse que Marcia Gay Harden, sous les traits de la mère adoptive de Christian, venir prêter son nom à un tel merdier.

Que dire des scènes «sulfureuses», premièrement on en parle beaucoup, mais elles n’arrivent jamais et quand elles arrivent, nous nous disons «beaucoup de bruit pour rien» (ce n’est pas pour rien que le film est seulement 12 et plus dans certain pays comme en Angleterre). Ceux qui se sont énervés en lisant le livre ou qui sont excités à l’arrivé du film, semblent oublier que le Marquis de Sade, duquel on commémorait le deux-centième anniversaire de décès en décembre dernier, a écrit des trucs tout aussi, sinon plus, sulfureux de Mme James et qu’au cinéma depuis Madam Satan de Cecil B. DeMille en 1930, il y a eu la vague de films de fesses québécois, ceux d’Italie, les Emmanuelle, Belle de JourDeep Throat, Short Bus, Histoire D’O et il ne faut pas remonter à loin, Nymphomaniac date d’à peine un an. Dans tout Fifty Shades of Grey, il n’y a pas une scène qui s’approche un tant soit peu de la puissance dramatique de la fameuse séquence du beurre dans Le Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci, avec moins de «peau» visible à l’écran, il y avait plus de tension sexuelle dans Eyes Wides Shut de Kubrick et il y a plus des scènes de sexe dans un épisode de Game of Thrones quand dans les deux trop longue heures que durent l’interminable film de Sam Taylor-Johnson, qui comble de malchance, sera suivi de deux suites.  Les vrais sado-maso sont ceux qui réussissent à écouter Fifty Shades of Grey jusqu’à la fin.

Ouvoir.ca

Écrit par :

**class!K**

Un commentaire

  1. MartineA
    14 février 2015
    Reply

    Travaillant dans une bibliothèque, j’avoue avoir lu le premier tome (en diagonale, mais tout de même) pour essayer de comprendre l’engouement envers ces livres qui avaient des dizaines et des dizaines de réservations… Et je ne comprends toujours pas… Pour moi, ta critique du film s’applique entièrement au livre, en changeant les mots acteurs par personnages…

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