Tant que j’ai du respir dans le corps : Encore un hiver dehors

Québec, 2020
Note : ★★ 1/2

C’est sous un froid glacial et aride que le réalisateur Steve Patry réalise son troisième long métrage documentaire, Tant que j’ai du respir dans le corps. Récompensé pour ses deux premiers films (De prisons en prisons, 2014 et Waseskun, 2017), le réalisateur aborde cette fois-ci l’itinérance au travers d’une série d’interventions et de tests de santé effectués par les infatigables et persévérants médecins et intervenants de rue.

L’itinérance, l’hiver

Pendant ce périple hivernal où l’on croise plusieurs personnes en situation d’itinérance, on rencontre Gilles, un survivant de la rue, un guerrier trimballant avec lui de multiples blessures psychologiques. « Y’a juste une affaire qui me dérange, c’est le corps de bâtard que chu d’dans. C’est un corps de mangeux de marde de restants de salopes. […] C’est juste bon pour être abusé ces corps-là… » confie-t-il à un intervenant. Ce dernier fait partie d’une équipe constituée d’un travailleur de rue, d’une policière et d’un médecin, qui peinent à le soigner et le raisonner. Le difficile parcours de Gilles a eu pour effet de lui forger une carapace si épaisse, si coriace, qu’elle résiste malheureusement trop à l’aide qui lui est offerte. Plus tard, on rencontre aussi un homme, vulnérable et brisé par la vie, voyant son corps se dégrader lentement, symptôme d’une trop grande consommation d’alcool. Moins combatif que Gilles, mais heureusement moins orgueilleux, celui-ci accepte l’aide de la travailleuse sociale et de la policière qui l’accompagnent dans l’achat de nouveaux vêtements. Parmi les autres rencontres, il y a le touchant témoignage de cet ancien militaire qui, pendant une rencontre avec son médecin, avoue ne pas se laisser le droit de pleurer. Constamment bombardé par des souvenirs horribles de la guerre, il tente de combattre ses réflexes militaires, lui rappelant sa difficulté à vivre en société. Cette série de rencontres avec ces personnes en situation précaire ou d’itinérance nous rappelle que l’hiver n’est pas fait que de ski et de boules de neige. Cette saison est aussi perçue comme un ennemi supplémentaire par ceux et celles qui n’ont plus de toit.

Des éléments manquants?

Par ailleurs, le film aurait certainement gagné à avoir une meilleure cinématographie. En effet, le travail de la caméra n’est pas toujours maîtrisé et le réalisateur aurait pu facilement multiplier les prises de vues pour offrir aux spectateurs un univers visuel plus complexe, reflet de la vie dans la rue. Par conséquent, on a davantage l’impression d’effleurer le sujet, alors qu’on aurait pu y plonger bien plus profondément. Les séquences dans la rue sont trop peu nombreuses, et même si on a parfois accès à des réflexions sur la drogue ou le racisme, ces moments d’errance auraient pu être exploités davantage.

Dans sa noble quête de redonner la parole à ces êtres humains rejetés par la société, le réalisateur Steve Patry affronte lui aussi l’hiver québécois pour servir une thématique qui n’est pas assez souvent abordée.

Bande annonce originale:

Durée : 1h16

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