Trou Story

Portrait étonnement subjectif de l’industrie minière depuis sa création (avec un clin d’œil évident à Zola) jusqu’aux conséquences écologiques actuelles…Intéressant ! ♥½

L’histoire :

Dès sa colonisation, la région de l’Abitibi, et son sous-sol extrêmement riche en minerais, ont été l’objet de la convoitise de prospecteurs étrangers à la recherche du prochain gros filon. Leurs méthodes d’autrefois, qui étaient aussi celles que l’on préconisait dans le Far West américain, ont cependant évolué au rythme des différentes révoltes ouvrières pour constituer l’environnement actuel. Mais encore aujourd’hui, le système fait défaut. Les ressources minières sont exploitées par des conglomérats étrangers qui ne sont pas taxés justement et dont les méthodes d’extractions ne sont pas encadrées par des lois sérieusement constituées qui les empêcheraient, non seulement de vider le territoire de ses ressources, mais de le saccager de façon irréversible.

Après L’erreur boréale (en 1999) et Le peuple invisible (en 2007), Richard Desjardins et Robert Monderie nous reviennent avec un portrait très pessimiste de l’industrie minière au Québec. Le film à beaucoup fait parler de lui tellement il prend partie corps et âme « contre » toute idée d’exploitation minière au Québec. Il semblerait que l’objectivité ne soit pas le fort de nos deux cinéastes (à l’humour par ailleurs grinçant).

Dénonçant un ensemble d’injustices réelles, l’auteur-compositeur traite son sujet de manière anti-scolaire…comme un artiste en proie à ses convictions…sans même chercher à entendre de seconde opinion, les aspects sociaux et environnementaux étant clairement évoqués, ceux économiques étant de leur côté complètement occultés (aucun acteur économique sondé ou pris au sérieux : seulement le régulier argument « profit et bénéfices d’abord »)

Mais revenons sur les atouts du reportage.

Les mines, qui œuvrent dans le nord de l’Ontario (Sudbury, Cobalt, Timmins puis Malartic) depuis la fin du 19ème siècle, ont créé de nombreux emplois sous-payés, des villes dortoirs (insalubres et non-gérées) et surtout de nombreux profits tolérés par les gouvernements qui n’exigeaient pas en contrepartie d’impôts ou taxes (à l’époque, difficile également d’exiger des normes sociales de sécurité au travail ou de visite médicales). C’est donc sur une politique de liberté totale qu’on a laissé faire les entrepreneurs successifs au Canada jusqu’à la première guerre mondiale. Le film est composé en deux parties; la première, historique, démontre le laisser-faire des gouvernements face au traitement des ouvriers….bref, un arrière-goût de Germinal.

Au fil des années, la bête humaine s’est heureusement transformé…installant progressivement une modernisation des machines (et par conséquence une réduction des emplois dangereux) pour ne laisser place qu’aux déchets dont va alors traiter la seconde partie. L’engagement est louable mais fort est de constater qu’aucun contrepoids ne vient balancer la parole des riverains, des écologistes ou même des anciens ministres. Grâce à son nom, Richard Desjardins réussit donc à trouver les fonds nécessaire pour monter un film parfait pour diviser les clans politiques.

Il ne cherche pas non plus de solution vraiment et se mêle lorsqu’il s’agit de comparer les données économiques (étonnantes annonces de chiffres d’affaires, profits et bénéfices….est-ce que le cinéaste en fait lui-même le distinguo ?) Construit autour d’images d’archives rares provenant majoritairement de l’ONF, le film s’attarde à exposer de nos jours les dommages environnementaux causés par cette lucrative industrie. Sur cette partie toutefois Trou Story demeure un film important, qui arrive au bon moment alors que la loi sur les mines est en voie de réforme.

Trou Story  réussit son objectif d’informer et de porter à la réflexion; malheureusement il demeure étonnant de voir combien un documentaire peut prendre partie sans jamais tendre le micro à ses opposants; Il était une fois la propagande….

 

 

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