Star Wars Episode VII – The Force Awakens : un Star Wars à la sauce d’antan

Ca y est, nous y sommes enfin ! Star Wars Episode VII : The Force Awakens est enfin sorti sur nos écrans et un peu partout dans le monde. Une sortie en grande pompe qui aura généré une attente sans précédents et une vague de records considérables (préventes billets, box-office, etc.) à l’image de la saga initiée par Georges Lucas, il y a près de 40 ans. ♥♥½

 

***Avant d’entrer dans le vif du sujet, cette critique comporte de nombreux spoilers et autres révélations. Si vous n’avez pas vu le film, passez votre chemin.***

N’y allons pas par quatre chemins, ce nouvel épisode de la Saga Star Wars est une déception en demi-teinte. Difficile de l’avouer, certes, même pour le fan de la Trilogie Originelle qui écrit ces lignes, mais c’est bel et bien le cas. The Force Awakens possède des qualités mais également de trop gros défauts :

A commencer par son scénario. Depuis le rachat de la licence par Disney et la mise en chantier d’une nouvelle trilogie, le principal défi de ce nouvel épisode a été la création d’une nouvelle génération de héros par le biais de ceux de la trilogie originelle. L’univers étendu (à travers les livres, comics et autres jeux vidéos) ayant été volontairement oublié, Disney/Lucasfilm et les trois scénaristes rattachés au projet – Michael Arndt, J.J. Abrams et Lawrence Kasdan – ont donc eu comme lourde tâche d’écrire une histoire à partir du seul matériel d’origine. Et curieusement, le résultat final nous semble très familier :

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Star Wars Episode VII reprend toutes les grandes lignes de la structure narrative, les enjeux dramatiques, et les personnages types de Star Wars épisode IV : Un Nouvel Espoir :

Membre de la résistance / l’alliance rebelle, Poe Dameron / Leïa Organa confit les plans pour retrouver Luke Skywalker / pour détruire l’étoile de la Mort au droïde BB-8 / R2D2 avant de se faire capturer par le 1er Ordre / l’Empire. BB-8 / R2D2 s’enfuit sur la planète de sable Jakku / Tatooïne et rencontre une jeune orpheline Rey / un jeune fermier Luke Skywalker (élevé par son oncle et sa tante). Ils croisent la route Han Solo / Obi-Wan Kenobi qui les aide dans leur mission. Sur les traces du fameux droïde, le 1er Ordre / L’empire dirigé par Kylo Ren, Général Hux et le leader suprême Snoke / Dark Vador, Gran Moff Tarkin et l’Empereur utilisent leur nouvelle arme secrète : la base Starkiller / l’étoile de la Mort pour détruire plusieurs planètes de la république / une planète de république. BB-8 / R2D2 parvient à rejoindre la Résistance / la Rébellion et une attaque d’envergure est menée vers la super arme qui s’apprête à détruire ce qu’il reste d’eux.

On pourrait continuer à dérouler le synopsis pour le reste du film, mais l’idée est là. Ce nouvel épisode est en tout point similaire au premier Star Wars, sorti en 1977. La caractérisation de certains personnages va dans ce sens, comme celui de Rey qui fait beaucoup écho à Luke ou encore le personnage iconique de Han Solo :

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Han Solo devient le Obi-Wan de l’épisode IV en servant d’initiateur à la force pour Rey (il lui en révèle l’existence et la conduit à Maz Kanata qui s’occupera du reste). Il « affronte » et perd la vie face à Kylo Ren (son fils / relation Père-Fils) tout comme Obi-Wan fait face à Dark Vador (relation Maître-élève) et meurt sous son sabre.

Cette comparaison permanente entre les deux épisodes constitue le principal et majeur défaut du film. L’originalité a une place extrêmement restreinte, et on nous oblige à revivre un spectacle dont on connait déjà l’issue mais avec plus de péripéties et de personnages. Le film tant à nous le faire oublier en faisant appel à notre nostalgie d’antan. La première apparition du mythique Faucon Millenium, revoir Han et Chewie côte à côte, la première accolade avec Leïa ou encore Luke dans une bure de Jedi, autant de scènes qui provoquent chez tout fan de Star Wars un pincement au cœur et une vive émotion. C’est ce qu’on appelle le fan-service. On peut aimer ou ne pas aimer, mais on ne peut pas nier que son utilisation, tout au long du film, marque la volonté de satisfaire le fan mais l’invite également à revenir en arrière, dans le passé, sans oser la nouveauté.

Ce défaut montre combien une saga comme Star Wars n’est pas épargnée par le modèle de fabrication actuel des blockbusters Hollywoodiens. Disney fait parti de ces studios qui n’osent plus prendre de risque et préfère créer produire quelque chose d’existant déjà dans la culture populaire et notre imaginaire collectif (♫ Marvelerie, nous voilà !♪) pour pouvoir le vendre plus facilement aux yeux des profanes et aux nostalgiques d’une époque révolue.

Parmi les autres défauts on pourra également citer le manque de soin/d’écriture apporté à certaines scènes clés, dont deux liées : la révélation de la parenté entre Solo et Kylo Ren, qui est amenée sans que l’on sente un enjeu en particulier, et la mort d’Han Solo. Cette scène, au delà de son intérêt relatif, est réalisée sans qu’aucune émotion ou tension ne transparaisse. Han Solo meurt de la main de son fils et on reste indifférent. Faire partir un personnage iconique, aimé depuis près de 40 ans, et culte aux yeux de tous, sans que l’on verse une petite larme, il faillait vraiment le faire. Et on ne remerciera pas les scénaristes ou le réalisateur pour ça. La mort de Han Solo n’est pas un problème en soit. Il était déjà supposé mourir dans l’Episode VI : Le Retour du Jedi, mais mourir en sacrifice pour sauver ses amis, assurant une certaine continuité avec le Monomythe de Jospeh Campbell. Le faire mourir de la main de son fils pour justifier la rupture avec le côté lumineux de ce dernier, montre clairement la faiblesse de l’enjeu (et du lien) qu’il y a entre ces deux personnages.

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Le personnage de Finn, interprété par John Boyega, est également un exemple symptomatique. C’est un personnage plutôt intéressant qui ajoute de la valeur aux Stormtroopers, jusque-là jamais humanisé. Pourtant, une fois sa veste retournée, il est impressionnant de voir à quel point le personnage n’apporte rien d’utile à l’intrigue. Les enjeux, le concernant, ont un impact relatif. Il n’est là concrètement que pour deux choses : donner des infos sur la destruction la base Starkiller, et menacer le Captain Phasma de désactiver les boucliers de cette même base.

Pour finir sur les points négatifs, on parlera de la musique. Que serait Star Wars sans ça musique légendaire ? Pas grand chose.

Pourtant, s’il y a bien quelque chose qui manque cruellement à cet épisode, c’est bien sa musique. Hormis le thème d’ouverture et de fermeture, elle ne semble jamais prendre le pas et souligner l’image comme elle le faisait si justement auparavant. John Williams étant toujours aux commandes, il est curieux de voir que le résultat n’est clairement pas à la hauteur de son talent. La faute ? Pour avoir écouté la bande originale à part, je dirai que le problème vient essentiellement du mixage sonore qui laisse beaucoup trop de place au SFX sonores et pas assez à la musique. Comme-ci J.J. Abrams ne faisait pas assez confiance à la composition musicale pour souligner ses scènes. Car même si l’empreinte de Williams est bien présente et que son travail est toujours aussi intéressant, il est tout de même important de noter que les thèmes associés aux nouveaux personnages n’offrent pas l’envolée lyrique du thème de Luke ou encore les frissons de la Marche Impériale.

Star_Wars_afficheAlors, concrètement, que peux-t-on retenir de positif de ce nouveau Star Wars ?

Pour commencer, son esthétique. Toute la campagne promotionnelle a été basée sur la volonté de le faire ce film « à l’ancienne ». C’est à dire, en ré-empruntant des techniques de l’époque (ou du moins peu courante aujourd’hui) tout en utilisant ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle. L’idée était de nous faire oublier les errements technologiques de la Prélogie, dont la quasi-totalité a été faite sur fond bleu/vert, et de nous montrer combien ils comptaient faire un film dans la veine de la Trilogie Originelle. Sur ce point, The Force Awakens marque un point. C’est beau, très beau même. C’est agréable de voir à nouveau des extra-terrestres en chair et en latex, de véritables explosions, de noté le soin apporté aux reconstitutions (taille réelle) des vaisseaux ainsi qu’aux costumes. Les combats spaciaux sont splendides et offrent un spectacle digne d’un Star Wars. J.J. démontre là son amour pour le matériel d’origine, jusqu’à capturer son film sur pellicule.

Le film possède également quelques ajouts qui suscitent notre curiosité quand au devenir de la saga.

A commencer par le nouveau casting. Rey, derrière ses airs de Luke Skywalker, apporte une certaine fraicheur au film. Bien que son réveil de la Force ruine complètement la philosophie et la mythologie de cette énergie, le personnage arrive à se montrer attachant tout en proposant des moments de bravoure comme Luke en offrait en son temps. L’histoire et le mystère l’entourant font parti des éléments intéressant de cet épisode et posent les bases de cette nouvelle Trilogie.
A cela, s’ajoute les nouveaux méchants : Kylo Ren, outre le fait qu’ils soit le fils de Han Solo et Leïa Organa, possède une personnalité brute et non finie. Émotionnellement instable, le jeu et la voix d’Adam Driver dotent le film d’un méchant louable dans un Star Wars. Beaucoup de questions entoure également sa chute vers le côté obscur. Il sera intéressant de voir son cheminement dans les prochains épisodes. Le Leader Suprême Snoke, joué par Andy Serkis, pose un certains nombre de questions : qui est-il ? d’où vient-il ? quel est son pouvoir ? etc.

On retrouve là, les fameuses « Mystery Box », chères à J.J. Abrams, et qu’il place consciencieusement (à commencé par le coffre renfermant le sabre de Luke, qu’il perd dans l’Episode V) pour faire fonctionner nos cerveaux. Qu’on aime ou non, il est tout de même agréable de voir une œuvre sans avoir toutes les clés en mains, surtout aujourd’hui où les films ont tendances à sur-informer les spectateurs, laissant peu de place à l’imaginaire. Reste à voir comment seront développés ces questions dans les prochains épisodes.

Que retenir donc de ce Star Wars Episode VII : The Force Awakens ?

L’idée sur le papier avait tout de réjouissant : une nouvelle trilogie, le casting original, de nouveaux personnages plus ou moins intéressants, le tout dans un film réalisé avec des moyens techniques prochent des premiers films. Avec toutes ces valeurs sûres, et connaissant le succès mondial de la licence, les dirigeants de Disney/Lucasfilm optent pour un film avec une écriture banalisée de bout en bout. Ils offrent un spectacle visuel total et des moments de nostalgie (bienvenus ou pas), mais privent les spectateurs de l’essence même de Star Wars : sa Mythologie et sa Philosophie.

On peut se réjouir des éléments rajoutés et introduisant un gros questionnement autour de plusieurs personnages, mais comment cela va t-il se traduire dans les prochains films ? As-t-on des raisons d’espérer mieux ? Oui et non. L’Episode VIII sera écrit et réalisé par Rian Johnson. Son travail jusqu’à présent est intéressant et on peut supposer qu’il pourra être en mesure de proposer quelque chose de différent (si tenté qu’il en ai la possibilité). En revanche, l’Episode IX sera réalisé par Colin Trevorrow, triste réalisateur de l’insipide Jurassic World.

Verdict ? En dépit d’un manque total d’originalité, le film parvient tout de même à mettre en place des éléments intéressants pour la construction de prochains épisodes. Dommage qu’il faille attendre la conclusion de cette nouvelle Trilogie pour estimer toutes les qualités de ce Star Wars : The Force Awakens.

Auteur: Johann Bel

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Un commentaire

  1. jacquet adeline
    2 janvier 2016
    Reply

    Très bonne critique bravo!
    Déception effectivement que ce soit trop un plagia des précédents…
    J’ajouterai juste une mention spéciale au nouveau personnage Finn qui m’a bien fait rire; bon potentiel comique de l’acteur : )

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